Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina, les deux auteurs de la cabale en ligne contre Samuel Paty, ont été condamnés lundi en appel à dix et quinze ans de réclusion criminelle. La famille du professeur d’histoire-géographie s’est félicitée que cette « fatwa numérique » ait été reconnue et sévèrement punie par la cour d’assises spéciale de Paris.
Le jugement de la cour d’assises
La peine la plus lourde a été prononcée contre le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, aujourd’hui âgé de 66 ans, coupable d’association de malfaiteurs terroriste, comme Brahim Chnina, 54 ans. Ce dernier a vu sa condamnation abaissée à dix ans de réclusion pour avoir été l’autre chef d’orchestre de cette campagne de haine qui ne s’était pas interrompue jusqu’à l’assassinat du professeur par un jihadiste tchétchène de 18 ans, le 16 octobre 2020, près du collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Les réactions des avocats
Les avocats des proches de l’enseignant ont exprimé leur « incompréhension » devant le sort réservé à deux proches de l’assassin, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans. Condamnés en première instance à seize ans de réclusion pour complicité d’assassinat, ils ont cette fois été reconnus coupables d’association de malfaiteurs, mais sans que son caractère terroriste ne soit retenu. Annoncées sous les expressions de joie et de soulagement de leurs proches, leurs peines de six et sept ans de prison devraient conduire à leur libération rapide.
Une décision contrastée
« C’est donc une décision contrastée, mais la sanction criminelle de la fatwa numérique est maintenue et c’est un pas historique pour la justice française », a commenté Thibault de Montbrial, l’avocat d’une des sœurs du professeur, Mickaëlle. Ce verdict « marquera l’histoire judiciaire s’agissant des professeurs et de ce qu’on peut lancer sur les réseaux sociaux », a renchéri Virginie Le Roy, conseil des parents du professeur.
Critiques sur la décision judiciaire
Cependant, cette décision a également suscité des critiques. L’un des avocats, Me Francis Vuillemin, a déclaré qu’elle « condamne toute la communauté musulmane française par une justice discriminatoire ». De son côté, Vincent Brengarth a estimé que la lourde condamnation de son client, alors que celle des trois autres coaccusés a été abaissée, « permettait à la justice antiterroriste de ne pas perdre la face dans ce dossier ».
Comportements divergents durant le procès
Lors du procès, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont adopté des postures divergentes, le premier exprimant sa « honte », tandis que le second restait obstiné dans ses convictions, mettant en avant une lutte contre la discrimination des musulmans, sans jamais reconnaître un rejet du blasphème.
Perspectives d’appel
Pour Me Francis Szpiner, avocat du fils et de l’ex-compagne de Samuel Paty, il est possible que cette différence d’attitude explique la variation des peines entre les deux hommes. Si Brahim Chnina « accepte la peine prononcée », selon son conseil Frank Berton, Abdelhakim Sefrioui, à qui la présidente de la cour d’assises a refusé de donner la parole après le verdict, va se pourvoir en cassation.