Ugo Bienvenu vient de remporter deux Césars avec son film entièrement dessiné en 2D. Ce réalisateur français, nommé aux Oscars pour son film Arco, s’alarme du recours croissant à l’intelligence artificielle (IA) dans le milieu cinématographique. « Ce n’est pas un outil », s’indigne-t-il, « c’est comme si on voulait, parce qu’on avait une super béquille, se scier la jambe ».
Publié le 05/03/2026 à 10:47
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À 38 ans, Ugo Bienvenu vient de remporter deux Césars, meilleur long-métrage d’animation et meilleure musique originale. Pour ce dessinateur de BD, très attaché au processus artisanal de la création, l’imagination est « un muscle » capable de se gripper. « Le vrai danger, c’est qu’on (…) s’affaiblisse intellectuellement. Il ne s’agit même pas de nos boulots, il s’agit de ce qui fait qu’on est des humains », explique-t-il à l’AFP.
Cette position va à l’encontre des orientations prises par l’Académie des Oscars, qui a actualisé ses règles l’an dernier pour préciser que l’IA est considérée comme un outil neutre, au même titre que les effets spéciaux. Ainsi, les films qui concourent peuvent l’utiliser, mais restent jugés « en tenant compte du degré auquel un humain a été au cœur de l’initiative créative ».
Cette actualisation a permis d’apaiser une campagne marquée par des débats autour de certains prétendants à l’Oscar du meilleur film, comme The Brutalist, qui a utilisé l’IA pour améliorer l’accent d’un personnage, ou Dune : Deuxième partie, qui s’en est servi pour uniformiser les yeux bleus des Fremen, les nomades du désert de la saga interstellaire.
Le débat est au cœur du film Arco, qui raconte l’histoire d’un petit garçon venu d’un futur où l’humanité vit en harmonie avec la nature, loin des robots et de l’IA. « C’est pour ça que je fais de la science-fiction », affirme le réalisateur. « C’était pour dire à la génération qui est là : peut-être qu’il y a d’autres issues, peut-être qu’il y a d’autres choses à imaginer. »
Lors du déjeuner des nommés aux Oscars début février, Ugo Bienvenu a constaté que l’IA occupait une grande part des conversations. Toutefois, il a noté que « tout le monde est à peu près raccord » sur le sujet. « J’ai l’impression qu’on essaie de nous l’imposer de force, mais dans la salle, ce que je comprends c’est que personne n’a vraiment envie de l’utiliser. »
En janvier, plus de 800 artistes, dont les actrices Scarlett Johansson et Cate Blanchett, ainsi que le réalisateur Guillermo Del Toro, ont publié une lettre ouverte accusant les géants de l’IA de « vol ». Guillermo Del Toro, qui concourt cette année pour l’Oscar du meilleur film avec son Frankenstein, critique ouvertement l’utilisation de l’IA. Dans le domaine de l’animation, il qualifie cela d' »insulte à la vie elle-même » depuis 2022.
En France, quelques jours avant la cérémonie des Césars, 4.000 actrices, acteurs et cinéastes ont également publié une tribune pour dénoncer le « pillage » de leur image et de leur voix par l’intelligence artificielle.
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Ugo Bienvenu partage cette ligne critique. Il craint que l’horizon d’une partie de l’humanité soit borné par les machines, avec du divertissement répétitif créé artificiellement. « Aujourd’hui, il y a des gens qui consomment des fringues faites par des robots et de la bouffe faite par des robots, grosso modo, ce sont les pauvres. Et aujourd’hui, cette caste-là va consommer de la fiction faite par des robots », regrette-t-il.
Il dénonce également le coût environnemental de cette technologie. « Il faudrait taxer l’eau que ça coûte de produire » avec l’IA, juge-t-il. En décembre, une étude publiée par le site Digiconomist estimait que les volumes annuels d’eau utilisés par les systèmes d’IA atteignent, voire dépassent, la consommation mondiale d’eau en bouteille. L’IA, « ce n’est pas gratuit », martèle Ugo Bienvenu. « Ça a des répercussions physiques et sur nos inconscients. »