L’envol attendu a bien eu lieu. Mais il a eu lieu bien plus tôt que prévu. À un peu moins d’un mois de la fin de la saison régulière, le 13 avril prochain, les San Antonio Spurs présentent le deuxième meilleur bilan de toute la NBA (51 victoires pour 18 défaites), talonnant les champions en titre, le Thunder d’Oklahoma City (54-15). Une progression fulgurante pour une équipe qui avait terminé la saison dernière à la 13e place (sur 15) de la Conférence ouest, et 14e la saison précédente, pour la première année de Victor Wembanyama en NBA.
Les Clés du Succès des Spurs
Si les arrivées de la star De’Aaron Fox, des remplaçants Julien Champagnie et Luke Kornet ainsi que la progression des jeunes Stephon Castle et Dylan Harper font partie intégrante de cette réussite, c’est bien le sceau de « l’alien » français de 2,24 mètres qui s’applique en premier sur cette ascension. Déjà excellent individuellement l’an passé, le français de 22 ans avait conclu sa saison prématurément après 46 matchs joués (sur 82 au total) en raison d’une thrombose veineuse. Sans lui, les Spurs avaient périclité avec 19 défaites sur les 30 derniers matchs.
Une Année de Progrès
Cette année, le natif du Chesnay (Yvelines) a joué 55 des 68 matchs des Spurs. Cela lui permet d’enchaîner les rencontres et de maintenir du rythme soir après soir, dans un calendrier très exigeant. « La chose principale pour un joueur comme moi, c’est la condition physique », estimait-il en conférence de presse le 9 mars. « Si tu te reposes suffisamment, que tu fais les bonnes choses et que tu prends soin de ton corps pendant la saison, alors ta condition n’est pas censée empirer, elle s’améliore », expliquait celui qui joue régulièrement plus de 30 minutes par match depuis un mois, juste au-dessus de sa moyenne annuelle (29,3).
Adaptabilité et Améliorations
Mais « Wemby » ne se contente pas d’être disponible, il a gommé rapidement les griefs qui lui étaient reprochés l’an passé. Lui qui avait tendance à trop camper derrière la ligne à trois points s’est largement rapproché du cercle cette saison (de 8,8 tentatives à trois points par match à 5,5), pour une meilleure réussite (35,9% contre 35,2%). Le dossard n°1 des Spurs a également corrigé un autre péché mignon, les pertes de balles, lui qui en concédait beaucoup pour un intérieur : de 3,2 par match l’an passé, il est passé à 2,5.
Enfin, sa jeunesse et son caractère calme incitent certains défenseurs à lui faire subir un impact physique, pas toujours à la régulière. Là-dessus aussi, l’intérieur français a passé un cap, avec 6,9 fautes subies par match, contre 4,1 l’an passé. « Avant, je n’étais tout simplement pas très bon pour punir les comportements un peu irréguliers sur le terrain, » a-t-il expliqué après une grosse victoire face à Detroit, première équipe à l’Est, le 6 mars. « Même si ce n’est pas dans ma nature de chercher la faute, c’est en fait le meilleur moyen de punir l’adversaire quand il fait quelque chose qu’il n’est pas censé faire. J’ai beaucoup travaillé là-dessus. »
Impact sur le Jeu
S’il fait moins de passes (2,9 contre 3,7) et réalise moins de contres (3 contre 3,8) que l’an passé, Wembanyama trouve d’autres moyens de rentabiliser son temps sur le parquet. « J’ai l’impression de pouvoir passer quatre minutes sans toucher le ballon, et de trouver quand même des moyens d’avoir un impact », assure le grand favori au titre de défenseur de l’année.
« J’essaie toujours de m’adapter à ce que la défense propose. L’objectif est de devenir, en quelque sorte, indéfendable. »
Victor Wembanyama
après la victoire face à Boston, le 10 mars
Des Progrès Remarquables
Car tout ce qui a été précisé concerne principalement l’attaque. En défense, sa dissuasion reste terrifiante et « l’alien » continue à martyriser les courageux qui viennent s’attaquer au cercle des Texans. De plus en plus complet, il est même le meilleur joueur de la NBA au net rating, soit l’efficacité offensive et défensive cumulées.
L’Équipe et le Titre NBA
Tous ces progrès ont propulsé les Spurs dans un tourbillon de victoires, avec un mois de février immaculé (11 victoires). De quoi passer dans une dimension où peu les voyaient au lancement de la saison : parmi les favoris au titre. Bien sûr qu’on joue le titre. L’histoire dit que c’est presque quasi tout le temps les premiers ou deuxièmes du classement de la saison régulière qui gagnent le titre. On est clairement dans cette course-là, » avançait, sans trembler, le Français dès février.
Mais cette progression ne peut être imputée qu’à « Wemby » seul. Aux Spurs, le danger vient de partout, et le jeu léché en attaque rappelle parfois le « Spurs Basketball » des grandes heures, au début des années 2010. Entouré de De’Aaron Fox, Devin Vassell, Stephon Castle et Dylan Harper, Victor Wembanyama n’a pas besoin, chaque soir, de se démener pour maintenir le bateau stable.
Gestion du Talent
L’intérieur peut se permettre de sortir des « petits » matchs (comme mardi 17 mars face à Sacramento avec 18 points et huit rebonds en 22 minutes), ce qui arrive de moins en moins, son équipe gagne quand même. Un atout précieux pour le staff, qui reste prudent quant à la gestion du Français afin de l’avoir à son plein potentiel en playoffs. « Les équipes ont du mal à s’adapter à nous. On est sur une belle dynamique, nos gars ont tous confiance,” apprécie celui qui a été formé à Nanterre, au micro du diffuseur NBC le 9 mars.
Étoiles Montantes et Récits Émotionnels
Élu joueur du mois en février, la deuxième fois seulement pour un Français dans l’histoire après Tony Parker en 2012, Victor Wembanyama marque aussi les esprits car il cartonne face aux rivaux pour le titre en mars : 38 points face à Detroit, 39 face à Boston ou 27 face aux Los Angeles Clippers, “peut-être le match le plus difficile de ma vie,” disait-il, épuisé et en larmes, à ESPN. “On n’abandonne rien, ni personne. Tout le monde se couvre mutuellement. C’est pour ça que j’ai une confiance aveugle en ces gars. Je les aime tellement. C’est un plaisir de jouer avec eux, et de les voir tous les jours,” expliquait, dans L’Equipe, celui qui a instauré le « clapping » à San Antonio, en bon chef de meute qu’il est devenu.
Un Avenir Prometteur
À moins d’un mois de la fin de la saison régulière, les Spurs sont déjà assurés de continuer la saison au moins en play-in (mini-tournoi avant les playoffs). Mais, sauf catastrophe improbable, ils seront directement en playoffs, une première pour eux depuis 2018. Ce qui pourrait ouvrir à Victor Wembanyama le titre de MVP de saison régulière, où il vient de passer 2e dans les projections de la NBA, distinction qu’aucun Français n’a jamais remportée en saison régulière. < FONTE