Les Bleus affrontent l’Espagne en match amical au Mans, jeudi à 20 heures. Ce sera la première rencontre avec leur nouveau sélectionneur, Talant Dujshebaev.
Publié le
Temps de lecture : 7 min
/2026/03/18/epaliveeight918944-69bacb7e15ec4483558452.jpg)
Hasard du calendrier, c’est contre son ancienne sélection que Talant Dujshebaev va diriger son premier match en tant que sélectionneur de l’équipe de France, contre l’Espagne, jeudi 19 mars (20h).
Naturalisé espagnol en 1995, le technicien d’origine kirghize, anciennement en URSS, est le premier sélectionneur étranger des Bleus depuis 1958. Cependant, il est un francophile convaincu, au point d’avoir nommé l’un de ses fils « Daniel » en hommage à Daniel Costantini, l’homme qui a élevé le handball français vers les sommets.
« Comme un enfant »
C’est avec cette excitation que Talant Dujshebaev a revêtu pour la première fois les équipements bleus de l’équipe de France lundi, à la Maison du handball (Créteil), en ouverture de son premier rassemblement.
« Ça a été un choc quand Monsieur le Président (de la fédération, Philippe Bana) m’a appelé. Je n’y ai pas cru. C’est un cadeau du ciel. La France est si grande dans le handball que je n’aurais jamais imaginé avoir cette opportunité. C’est un rêve et en même temps une responsabilité. »
De l’humilité, donc, pour celui qui présente pourtant un palmarès impressionnant en tant que joueur (champion olympique, champion du monde, deux fois meilleur joueur du monde dans les années 1990) et en tant qu’entraîneur (quatre Ligues des champions entre 2006 et 2016). C’est pour ces raisons que la fédération l’a choisi pour remplacer Guillaume Gille.
Cette décision a suscité des réactions au sein du groupement des entraîneurs professionnels en France, 7Master, qui a regretté une « absence de dialogue et de transparence ». Ils ont noté que « les entraîneurs responsables des clubs français ayant eu une très forte expérience des compétitions européennes n’ont jamais fait l’objet, depuis 2017, de propositions de candidatures au poste de sélectionneur de l’équipe de France. »
Un choix stratégique
« Il n’y a rien contre les entraîneurs français, » a tempéré Philippe Bana. « Seulement, quand vous voulez gagner les JO en 2028, il faut quelqu’un pour amener de l’électricité dans un groupe arythmique. J’ai eu cette impression au mois de janvier à l’Euro. Je voulais quelqu’un qui soit au cœur du réacteur nucléaire de la haute performance, qui soit immédiatement utilisable pour gagner en 2027, 2028 et 2029, et ça restreint les choix. »
« La possibilité d’avoir Talant Dujshebaev comme sélectionneur, c’est une opportunité difficile à laisser passer. On n’a pas d’équivalence au niveau des entraîneurs français en termes d’expérience, de savoir-faire et de palmarès, » a abondé Jérôme Fernandez, ancien capitaine des Bleus. On aurait pu penser qu’un Patrice Canayer prendrait la suite, je pense que c’était le seul profil français possible, mais il a arrêté sa carrière d’entraîneur. Je pense que c’est le bon moment. »
Jérôme Fernandez a évolué deux ans sous les ordres de Dujshebaev à Ciudad Real (Espagne) entre 2008 et 2010. « À l’époque déjà, avec Luc Abalo et Didier Dinart, il nous disait fréquemment qu’il rêverait d’entraîner la sélection française, » confie-t-il. Son chemin l’a finalement mené vers des postes de sélectionneur de la Hongrie (2014-2016) et de la Pologne (2016-2017), mais Dujshebaev ne veut pas comparer ces expériences avec sa nouvelle fonction. « C’est comme si tu allais en Formule 1 avec une Ferrari ou une Fiat Uno. Je suis très reconnaissant envers les fédérations polonaise et hongroise, mais la France, c’est un autre niveau. »
Une passion pour la France
« Imaginez un enfant qui a grandi en URSS, en République du Kirghizistan, qui aime beaucoup l’histoire de France, qui a lu tous les livres d’Alexandre Dumas, de Maurice Druon, de Guy de Maupassant… Représenter ce pays, c’est quelque chose que personne ne peut imaginer, » a poursuivi Talant Dujshebaev dans sa déclaration d’amour pour la France. « Sa passion de l’équipe de France et du bleu-blanc-rouge nous a beaucoup marqués, » confie Philippe Bana.
Talant Dujshebaev est donc francophile, certes, mais pas encore francophone. Celui qui maîtrise déjà six langues dirige ses séances d’entraînement en espagnol et s’appuie sur son adjoint, Guillaume Joli (champion olympique, double champion d’Europe et triple champion du monde avec les Bleus), pour mieux faire passer ses consignes. Un adjoint qu’il ne veut d’ailleurs pas qualifier d’adjoint, mais plutôt de co-entraîneur.
Devant la presse, Talant Dujshebaev a tout de même tenu à dire son premier mot en français, un simple « bonjour » qui en appelle d’autres, puisqu’il a promis de maîtriser la langue de Molière d’ici le Mondial en 2027. « Il est déterminé à apprendre le français. On a déjà commencé quelques heures de cours particuliers à Kielce, » en Pologne, où il va conserver son poste d’entraîneur, raconte Benoît Kounkoud, qui va donc évoluer sous ses ordres en club et en sélection. « Je pense qu’il va apprendre rapidement. Avec les autres joueurs français là-bas, il nous a pris en tête-à-tête, avec un papier et un stylo. On parlait en polonais, et lui, il traduisait de l’espagnol au français, en écrivant avec la phonétique russe. »
C’est aussi pour ce bagage international et pour ses connaissances des cultures de jeu étrangères que Talant Dujshebaev a été choisi. « Il devrait apporter à la fois ses cultures espagnole et russe, avec un jeu beaucoup plus organisé et collectif, alors que dans notre culture française, on est beaucoup plus en homme à homme, en optimisant les qualités individuelles. » note Jérôme Fernandez.
Cadre des Bleus, Nedim Remili prévient : « Dès le premier entraînement, il a mis l’accent sur certains aspects qu’il a vus ratés pendant l’Euro. Ça prouve qu’il a été très attentif à cette équipe de France ces derniers temps. »