Depuis la séparation de One Direction en 2015, le chanteur britannique de 32 ans, qui vient de sortir son quatrième album, Kiss All The Time. Disco, Occasionally., a réinventé sa musique et son image.
Un Retour Spectaculaire
Quatre ans après Harry’s House, qui lui a valu le Grammy Award de l’album de l’année, Harry Styles s’offre un retour spectaculaire. Son quatrième album, disponible depuis vendredi 6 mars, se classe numéro 1 en France, selon les chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique relayés par Pure Charts. En une semaine, Kiss All The Time. Disco, Occasionally. s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, d’après The Hollywood Reporter. Un record pour le chanteur britannique qui, en une décade de carrière solo, n’a cessé de se défaire de son passé au sein du boys band One Direction.
Une Superstar de l’Adolescence à Aujourd’hui
A seulement 32 ans, Harry Styles a été une superstar la moitié de sa vie. Le chanteur, originaire d’une petite ville du nord-ouest de l’Angleterre, n’a que 16 ans lorsque le public britannique découvre son visage d’ado souriant et sa tignasse brune dans le télécrochet X Factor. La production l’associe alors avec quatre autres candidats, Niall Horan, Zayn Malik, Liam Payne et Louis Tomlinson, pour former ce qui deviendra le boys band le plus populaire des années 2010.
Avec sa pop adolescente et son image millimétrée, One Direction génère un engouement alors comparé à la « Beatlesmania ». Les jeunes garçons remplissent des stades dans le monde entier et vendent plus de 50 millions d’albums en cinq ans d’existence. En 2015, quelques mois après le départ d’un des membres, le groupe se sépare. Tous se lancent dans des carrières solos, avec plus ou moins de réussite. Aucun n’atteint la reconnaissance critique et commerciale d’Harry Styles.
Harry Styles : Une Évolution Artistique Marquée
Pour exister en dehors de One Direction, le chanteur est celui qui s’est le plus éloigné des sonorités du boys band. Après la disparition du groupe, il se souvient : « J’ai essayé d’explorer ma propre musique, mais à ce moment-là, je sentais que beaucoup de gens croyaient en moi et je ne voulais pas les décevoir. » En 2017, Harry Styles sort son premier single, Sign of the Times : une ballade au piano et aux accents rock de près de six minutes, qui puise davantage son inspiration dans ses premières idoles, de David Bowie à Fleetwood Mac, que dans le registre commercial de One Direction.
Comme le rapporte The New York Times, « L’identité de Styles en tant qu’artiste solo ne s’est pas construite d’emblée ; elle s’est forgée au fil du temps, d’expérimentations et d’un perfectionnement constant. » En 2019, Harry Styles s’essaye à des mélodies plus dansantes. Watermelon Sugar, single funk-pop et métaphore sexuelle dont le chanteur ne fait pas mystère, remporte le Grammy Award de la meilleure chanson pop.
La Consécration et Une Nouvelle Direction
La consécration arrive en 2022, avec Harry’s House. La sortie de ce troisième album est propulsée par As It Was. Le titre aux airs de synthpop des années 1980 se classe au sommet des ventes dans 35 pays, dont la France, s’impose comme la chanson la plus écoutée sur Spotify de l’année, cumulant plus de 1,5 milliard de streams. « La chanson parle de métamorphose, d’acceptation du changement et de l’ancien soi, de changement de perspective, » explique-t-il lors d’une interview.
Avec Kiss All the Time. Disco, Occasionally., Harry Styles poursuit sa mue et opte pour des productions plus électroniques et pointues, inspirées des clubs de Berlin, où l’album a été en partie enregistré, et de la dance-punk des années 2000 de LCD Soundsystem. Décrit comme « tantôt délicieux » et « tantôt obscur » par certains critiques, cet album a le mérite de permettre à l’artiste de « sortir de sa zone de confort pour remettre en jeu son titre de pop star masculine, » souligne Le Monde.
Réinvention d’Image et de Style
En dix ans, le Britannique a aussi réinventé son image. Pour rompre avec la figure du minot de boys band, Harry Styles se met au cinéma. Il joue un soldat de la Seconde Guerre mondiale dans Dunkerque (2017) de Christopher Nolan et interprète un époux des années 1950 dans Don’t Worry Darling (2022) d’Olivia Wilde.
Surtout, le chanteur s’est construit un personnage à travers sa garde-robe. Exit le look de lycéen modèle. Harry Styles s’entoure de stylistes de grandes maisons de luxe. Mini-jupe à sequins et polo en perles colorées pour le magazine Rolling Stone, chemisier en mousseline transparente au Met Gala, justaucorps à paillettes bariolées aux Grammy Awards, manteau en plumes roses sur scène… L’artiste ne craint ni d’être excentrique ni de casser les codes vestimentaires.
En 2020, il pose en robe en dentelle en couverture de Vogue et devient le premier homme à apparaître seul en une du magazine américain. A l’image de son parcours musical, son look évolue. Depuis la promotion de son dernier album, Harry Styles a troqué les costumes à la Elton John pour un style que le magazine Dazed qualifie de « mamie Chanel », autour de vestes de tailleur cintrées et de gilets courts en léopard.
Une Nouvelle Masculinité
« Harry Styles s’inscrit comme un héritier de Bowie dans son questionnement sur l’identité. Il évolue effectivement en hystérisant un peu les codes du féminin, tout en les mélangeant à ceux des années 1970 et à l’univers du sportswear, » analyse Alexandre Samson, conservateur au Palais Galliera, musée de la mode à Paris, auprès des Echos.
« Aujourd’hui, il est plus facile d’exprimer sa masculinité de multiples façons, » clame-t-il encore lors d’un entretien au magazine i-D aux côtés de l’acteur Timothée Chalamet, autre visage de cette génération à laquelle on attribue une nouvelle forme de masculinité.
« Je pense qu’il y a une grande part de masculinité à être vulnérable et à s’autoriser à être féminin, et je suis très à l’aise avec ça. »
Harry Styles au magazine « i-D »
« Harry Styles a présenté très tôt des formes de masculinité qui ne sont pas habituelles dans les codes des pop stars, surtout pour un chanteur venu d’un boys band censé s’adresser à un public féminin et incarner une certaine hétérosexualité, » analyse Déborah Gay, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Toulouse. Pour la chercheuse, « c’est cette non-conformité » qui lui a valu, dans les médias et sur les réseaux sociaux, « des accusations de queerbaiting », c’est-à-dire une stratégie d’appropriation des codes de la communauté LGBT+, sans dire s’il en fait partie ou non, dans le but de toucher un public plus large.
Harry Styles a déclaré début mars dans l’émission humoristique Saturday Night Live : « Les gens semblent accorder beaucoup d’importance à mes vêtements, et certains m’ont accusé de faire du ‘queerbaiting’. Mais est-ce que
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