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Antoine Verglas et les Epstein Files


Le nom d’Antoine Verglas apparaît des centaines de fois dans les « Epstein Files ». Expatrié aux États-Unis, ce Français a réalisé des shootings pour le financier américain. De quoi remplir les dossiers du prédateur sexuel qui utilisait ces photographies de femmes comme outil de domination.

Après publication, nous avons ajouté, à sa demande, deux citations du photographe Antoine Verglas, qui souhaitait préciser la nature de sa relation avec Jeffrey Epstein, « exclusivement professionnelle », et affirmer qu’il n’avait « jamais présenté ni mannequins, ni jeunes femmes à M. Epstein ».

« Voici quelques clichés pour vos dossiers. Si vous souhaitez des tirages, faites-moi savoir ce que vous préférez. » Cet e-mail, adressé à l’assistante de Jeffrey Epstein en 2013 et rendu public par la justice américaine, est signé Antoine Verglas, un photographe français bien connu dans le milieu de la mode. En objet : « LittleStJames_JPEG », du nom de l’île privée où le multimillionnaire américain est accusé d’avoir agressé sexuellement de nombreuses femmes et filles mineures, de 1998 à 2019, année de son arrestation.

Dans les années 1990, Antoine Verglas – né à Paris en 1962 – s’installe à New York et se lance dans la photo. Le Français connaît un succès fulgurant et immortalise les mannequins les plus célèbres de l’époque : Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Naomi Campbell ou encore Linda Evangelista. Ses portraits sont publiés dans les magazines les plus prestigieux : Elle, Vogue, GQ. Sa signature ? La photographie de nu. Il est notamment l’auteur des emblématiques clichés de Melania Trump dénudée à bord du jet privé de Donald Trump en 2000, ainsi que ceux de Laury Thilleman sur l’île de Saint-Barthélemy publiés en 2012 dans Paris Match, qui ont valu à la Miss France 2011 d’être suspendue de son titre. Carla Bruni, Angelina Jolie et Monica Bellucci ont également posé dénudées ou en sous-vêtements devant son objectif.

Mais au-delà des célébrités imprimées sur papier glacé, Antoine Verglas réalise à plusieurs reprises, dans les années 2010, des séances photos de femmes pour le compte de Jeffrey Epstein. La collaboration entre les deux hommes est confirmée par les 614 citations du nom d’Antoine Verglas dans les « Epstein Files », ces millions de documents divulgués par le ministère de la Justice américain en janvier 2026. « À aucun moment je n’ai eu connaissance, ni participé à une quelconque activité illégale. Mon comportement a toujours été professionnel et de bonne foi », assure Antoine Verglas à franceinfo. « Je regrette de ne pas m’être plus penché sur le passé de Monsieur Epstein et d’avoir été aussi stupidement naïf », reconnaît-il. Contacté, le parquet de Paris affirme ne pas avoir ouvert d’enquête à l’encontre du photographe.

Pour comprendre comment Antoine Verglas s’est retrouvé en contact avec Jeffrey Epstein, il faut remonter au mois d’octobre 2008, lorsqu’apparaît la première trace de transaction financière entre les deux hommes dans les « Epstein Files ». À cette date, le prédateur sexuel purge une peine de prison de dix-huit mois pour « sollicitation de prostitution » et « incitation de mineur à la prostitution ». Le photographe affirme ne pas avoir eu connaissance de cette condamnation à l’époque. Un mémo à l’attention de la banque du pédocriminel, J.P. Morgan, est alors envoyé par l’avocat de Jeffrey Epstein. Il est demandé de faire un virement de 10 837,50 dollars à la société d’Antoine Verglas, probablement pour une séance photo.

Un nouveau shooting est programmé quelques années plus tard, en août 2012. Le criminel sexuel est à ce moment-là sorti de prison. Il charge alors une personne, dont le nom est caviardé, de commander à Antoine Verglas une photographie de « quatre filles en noir et blanc en manteaux puis nues ». L’inspiration : un cliché du photographe Helmut Newton, connu pour ses nus féminins. Dans les dossiers Epstein, Vanity Fair a d’ailleurs retrouvé une photographie du « Newton Bar », dont les murs sont recouverts de clichés de femmes dénudées en talons hauts pris par Helmut Newton.

Photographie du "Newton Bar" figurant dans les "Epstein Files". (MINISTÈRE DE LA JUSTICE AMÉRICAIN)
Photographie du « Newton Bar » figurant dans les « Epstein Files ». (MINISTÈRE DE LA JUSTICE AMÉRICAIN)

Antoine Verglas propose pour la séance un « tarif journalier forfaitaire de 10 000 dollars ». Contacté, le photographe français assure qu’il ne s’agissait que d’un simple « portrait de groupe des assistantes de Monsieur Epstein ». Une affirmation impossible à vérifier, ces photographies n’ayant pu être retrouvées par franceinfo dans les documents révélés par le ministère de la Justice américain. Antoine Verglas affirme, de son côté, avoir détruit les fichiers après le shooting.

La confidentialité des photographies était une obsession de Jeffrey Epstein. Dès le lendemain de la séance organisée avec le photographe français, le multimillionnaire écrit à son assistante Sarah Kellen : « Assure-toi que je suis le seul à avoir accès au lien de Verglas, PERSONNE d’autre que moi », insiste-t-il. Le photographe français confirme, en octobre 2012, « que les fichiers contenant les photos que nous avons prises dans mon studio les 20 et 21 août ont été supprimés » – et donc que Jeffrey Epstein est bien le seul à les avoir en sa possession. « Quand vous réalisez des portraits privés, c’est une pratique courante que le client réclame soit les négatifs, soit la destruction du fichier original pour éviter la diffusion sur internet, vente en galerie d’art ou parution en magazine », assure aujourd’hui Antoine Verglas.

Ces photographies sont venues remplir les dossiers déjà bien fournis de clichés de jeunes femmes que Jeffrey Epstein accumulait et transformait en véritable outil de domination. Elles sont au nombre de 180 000 dans les « Epstein Files ». Parmi elles, des clichés de jeunes femmes dénudées, en sous-vêtements ou dans des positions suggestives. On y trouve également le shooting d’une modèle à l’apparence juvénile, cheveux tressés et ours en peluche dans les bras. Les fichiers publiés par l’administration Trump ne laissent entrevoir qu’un aperçu de la collection de photographies de Jeffrey Epstein, car la plupart des images à caractère sexuellement explicite ont été retirées.

Cette relation privilégiée entre Jeffrey Epstein et le célèbre photographe de mode a manifestement été pour le criminel sexuel un levier de pouvoir sur des mannequins en quête de contrats. « Hier, tu m’as demandé ce que je voulais faire. Je veux vraiment rencontrer ton ami Antoine, le photographe de nus. Je veux faire des photographies avec lui », lui écrit-on en juin 2013. En août de la même année, il annonce à une femme qu’il a « organisé » [pour elle] une journée avec Antoine Verglas ». En décembre, il demande à quelqu’un d’autre de lui envoyer « sa photo la plus sexy » pour le photographe français, qu’il présente comme « un bon ami ». Une relation amicale qu’Antoine Verglas dément catégoriquement, dans un message envoyé à franceinfo après la publication de cet article. Il assure que ses échanges avec le multimillionnaire « se sont inscrits exclusivement dans un cadre professionnel ».

Jeffrey Epstein l’aurait également utilisé pour renforcer son réseau de rabatteurs, composé entre autres d’agents de mannequins. Le fonctionnement de ce réseau était simple : grâce à ses nombreuses relations haut plac
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