Imported Article – 2026-04-19 04:21:51





Pucci sous la direction de Camille Miceli

C’est une petite maison au sein du groupe LVMH, mais un modèle à part, porté par l’énergie et le bon sens de sa directrice artistique, Camille Miceli. En Sicile, sa collection de l’été 2026, l’Alba, présentée le 17 avril, remet au goût du jour le chic fantaisiste de la jet-set.

Avec son talent et sa bonne humeur contagieuse, Miceli a fait de Pucci une griffe à part dans la galaxie LVMH. Chaque année, elle organise le défilé de la marque florentine dans un très beau paysage de l’Italie. Pour sa collection estivale, elle a donné rendez-vous à Syracuse, dans le sud de la Sicile, à quelques journalistes, créateurs de contenus influents et toute sa bande d’amis qui la suivent à chaque show.

Vendredi en fin d’après-midi, tout ce beau monde prend place face à un plan d’eau sous la Grotta dei cordari à Syracuse. Lumière tombante, musique de Richie Hawtin, la première fille en tee-shirt en tulle stretch imprimé Pucci et pagne de paillettes en forme de plumes s’avance, belle comme le jour.

Une cinquantaine de looks et une soirée électro d’anthologie dans le Castello Maniace plus tard, la créatrice a réussi son pari : remettre au goût du jour l’esprit de fête et les motifs psychédéliques d’Emilio Pucci, l’aristocrate florentin désargenté qui fonda la marque en 1947, habilla Marilyn Monroe, Jackie Kennedy et toutes les vedettes des années 1960-1970 de ses motifs psychédéliques multicolores cultes.

La veille, Camille Miceli revenait sur son parcours atypique, de stagiaire chez Alaïa à chargée de relations publiques chez Chanel, de muse de Marc Jacobs à créatrice de bijoux pour Nicolas Ghesquière chez Louis Vuitton. Depuis 2021 à la direction artistique de Pucci, cette Parisienne pur jus a su tirer son épingle du jeu avec une énergie rare dans l’industrie du luxe.

Comment définissez-vous Pucci ?

LE FIGARO. – En quelques années, vous avez fait de Pucci une marque particulière dans la galaxie LVMH. Comment la définiriez-vous ?

CAMILLE MICELI. – C’est une petite maison à l’échelle du groupe et je trouve bien qu’elle le reste ! Par son histoire et sa dimension, Pucci mérite un modèle différent des autres. Par exemple, pour mettre en avant son art de vivre, au lieu de défiler pendant la Fashion Week, je préfère créer une expérience autour d’une destination. Aussi, nos collections sont vendues en « see now, buy now », ce qui correspond mieux à notre petit réseau de distribution. Et nous ne respectons pas la saisonnalité classique car un maillot de bain, une robe de plage ou une veste Pucci se vend toute l’année, partout où il fait beau.

Quelle est l’inspiration derrière cette nouvelle collection ?

« Alba » veut dire l’aube en italien, c’est le lever du soleil mais aussi la fin de la nuit, la fin d’une fête. D’où ces teintes orangées comme du feu évoquant la diffraction du soleil quand il se lève. C’est cette même lumière vue dans la Grotta Azurra à Capri, qui a inspiré à Emilio Pucci ses premiers motifs. Cette fois, notre défilé a lieu dans une grotte sicilienne ! Je voulais des vêtements faciles, des robes, des blouses et des pièces plus habillées dans des matières comme des jerseys, du Lycra ou de la maille qui ne se froissent pas, qui prennent peu de place et qu’on peut facilement mettre dans une valise et porter immédiatement. Nous avons aussi travaillé quelques effets afin que certains vêtements semblent déjà portés et presque délavés par le soleil.

Pourquoi avoir choisi de défiler à Syracuse ?

J’aime son côté désuet, les vieux palazzo, les balcons ronds pour laisser passer les crinolines d’antan, cette atmosphère hors du commun, digne d’un film de Visconti. Emilio Pucci avait déjà travaillé des imprimés inspirés de cette île dans les années 1950. Je me plonge toujours avec beaucoup de bonheur dans les archives. Je me sens très proche de sa fantaisie, de sa liberté, de sa vision de la beauté des femmes. Au fil des saisons, j’ai fini par me faire ma propre image de sa vie, de son énergie, de sa manière de s’amuser. Pucci est une des rares maisons où le dessin est central, le logo lui-même est un dessin.

L’art comme source d’inspiration

Oui, mon père était éditeur de livres d’art. Nous recevions des artistes à la maison. L’art contemporain m’a beaucoup inspirée tout au long de ma carrière. J’ai eu la chance de travailler avec Marc Jacobs qui partageait cet intérêt. Il avait cette volonté de rassembler les talents. Ses collaborations avec des artistes de premier plan ont façonné l’histoire de Louis Vuitton et de la mode en général. Pour moi, il est un génie de son temps. Quand je suis arrivée chez Vuitton en 1997, je travaillais au service communication, et j’ai fini par imaginer la ligne de bijoux du malletier. C’est un créateur qui vous met beaucoup en avant, vous oblige à réfléchir et vous laisse proposer vos idées. Je lui dois énormément. Il m’a donné ma chance.

Un parcours atypique

Azzedine Alaïa m’a prise en stage à 17 ans et demi ! Il était un ami de ma mère. Enfant, dans le salon familial, je lui disais toujours qu’il ferait ma robe de mariée. C’est assez drôle parce que des années plus tard, c’est en effet lui qui l’a confectionnée. À ses côtés, j’ai appris la rigueur, le respect du travail et l’exigence. Je savais que je voulais travailler dans la mode, sans savoir exactement où. Ensuite, j’ai trouvé une place chez Chanel, au service de presse, mais je faisais aussi les castings, les essayages auprès de Karl Lagerfeld, plus ou moins tout ce qui touchait à la production des défilés. En gros, si quelqu’un ne voulait pas faire quelque chose, moi je le faisais. Ce rôle d’électron libre me plaisait énormément. Puis, je suis retournée chez LVMH, où j’ai eu la chance de travailler avec des designers parmi les plus importants de leur génération. J’ai été directrice des accessoires chez Dior à l’époque de Raf Simons. Chaque expérience a été différente. Ça va faire bientôt trente ans que je travaille dans le groupe LVMH ! (rires)

L’approche créative de Camille Miceli

On ne vit qu’une fois. Je refuse de travailler dans la souffrance. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de stress ou de doute, mais il faut garder le plaisir de faire et de créer. Et je tiens à faire perdurer l’esprit d’Emilio Pucci. Dans nos événements, j’aime que tous les invités, qu’ils soient des amis, ma famille, des VIP ou les journalistes, soient mélangés. Je ne veux pas d’un simple défilé mais d’un moment de partage.



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