Il est l’un des grandes interprètes du piano français et une figure du festival de Pâques qui fête ses trente ans. Rencontre, entre nostalgie et passion, avec un artiste ravi de se remémorer ses émotions de jeunesse à Deauville.
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Il y a vingt-cinq ans déjà que le jeune prodige du piano de Toulouse s’est imposé sur la scène classique nationale et mondiale. Son jeu virtuose, puissant et lumineux à la fois a fait de Bertrand Chamayou l’interprète subtil de Liszt, Franck ou Ravel, autant que de Messiaen, Dutilleux ou Kurtag. Le festival de Pâques de Deauville a fait partie de son éclosion et de son itinéraire. C’est avec émotion qu’il retrouve ces lieux, une salle initialement dédiée aux chevaux de course, et une atmosphère de franche camaraderie, voire d’amitié.
Au programme du concert de clôture du festival qu’il assure avec le violoncelliste Edgar Moreau et le violoniste Renaud Capuçon, le trio n°1 de Mendelssohn, ainsi qu’une très célèbre sonate de Fauré.
Franceinfo Culture : Le festival de Pâques fête aujourd’hui ses trente ans, une aventure que vous avez rejointe peu après ses débuts…
Bertrand Chamayou : Oui, au bout de deux ou trois ans. C’étaient mes débuts aussi. Et c’est pour ça que c’est si important à mes yeux. Je n’avais même pas 18 ans, ça fait partie des quelques endroits où j’ai commencé, avant même de faire des concerts à Paris.
Quels souvenirs en gardez-vous ?
D’abord, je me souviens de la toute première fois que je suis allé à Deauville. Ça devait être la deuxième édition, je ne jouais pas, j’étais invité. Il y avait Marc Minkowski qui dirigeait l’orchestre des jeunes et Renaud Capuçon qui était tout jeune. J’avais pas mal d’amis du conservatoire, et donc j’étais venu voir ce qu’il se passait. Pour moi, ça a d’abord été l’excitation de l’ouverture à un monde que je ne connaissais pas, celui des concerts. Et puis, très vite, ça a été l’influence de cette programmation – celle d’Yves Petit de Voize –, ça a été vraiment quelque chose pour moi et je pense que je ne suis pas le seul dans ce cas. Chacun y a puisé quelque chose en fonction de sa personnalité propre.
En quoi ça a été si important pour vous ?
Ça a été l’ouverture à énormément de choses. Je connaissais déjà bien le répertoire, j’étais ouvert au contemporain, j’avais plein d’envies… Mais cette émulation était incroyable : on lisait des partitions tout le temps, on dévorait de la musique, on jouait en duo, en trio, en quatuor, en quintette, etc. On faisait des petits orchestres, on avait des jeunes chefs – c’étaient par exemple les débuts de Jérémy Rohrer… On était dans une approche expérimentale et on avait envie d’en découdre (rires) ! Et puis, il y avait cette idée de se coopter aussi.
La fameuse cooptation des musiciens, devenue l’une des signatures du festival de Deauville…
Oui, au début c’était l’idée d’amener un copain… Et après, quand on a grandi, c’était coopter de plus jeunes générations. On était vraiment dans une idée d’initiative. Qu’est-ce qu’on voulait programmer ? Yves Petit de Voize nous disait certes : ça, c’est bien, ça, ce n’est pas bien. Mais il nous incitait à découvrir des choses, à programmer nous-mêmes. Et en fait, cette attitude-là, ça a changé vraiment ma vie parce que j’ai compris que le métier d’artiste n’était pas simplement être un interprète et un exécutant, passivement, mais c’était prendre des initiatives, être à l’origine de ses projets. Et je crois que tous les musiciens qui sont nés de ce festival – comme les frères Capuçon – ont le même sens de l’initiative.
Qu’y avait-il à Deauville qu’il n’y avait pas dans d’autres festivals ?
C’est lié à une personne, à Yves Petit de Voize. Avec quelqu’un d’autre à Deauville, ça aurait été très bien aussi, mais différent. Cet état d’esprit de partage, de curiosité – on a fait des choses assez délirantes musicalement – est beaucoup lié à sa personnalité, à ses goûts musicaux et à sa vision de ce qu’est le métier de musicien.
Que vous inspire la salle Elie de Brignac–Arqana, la salle où se déroulent les concerts, si singulière, qui est habituellement une salle de vente de purs sangs ?
J’adore cette salle. Aujourd’hui, elle a été refaite, elle s’est un peu modernisée, elle sonne mieux et est beaucoup plus confortable. Mais il est vrai que j’ai une tendresse pour l’ancienne, on était dans le jus. C’est très difficile d’être objectif par rapport à cette salle quand on a tellement de souvenirs, d’une période cruciale, celle du jeune adulte que j’étais, des souvenirs marquants et constitutifs d’une personnalité même. Alors quand je viens jouer là, évidemment il y a une dimension émotionnelle. Mais au-delà de ça, j’aime beaucoup ces lieux qui ne sont pas à l’origine destinés à la musique et on découvre qu’il y a une acoustique, et éventuellement même une magie dans leur configuration qui nous transporte dans un contexte un peu différent.
Samedi vous allez jouer avec le violoncelliste Edgar Moreau, mais aussi avec Renaud Capuçon, avec qui vous avez partagé de nombreuses fois la scène de Deauville. Qu’est-ce que ça vous fait ?
Là c’est vraiment l’idée d’un hommage. C’est la clôture de la 30e édition. Je ne dis pas que c’est une page qui se tourne, mais en tout cas il y a quelque chose de hautement symbolique et je pense qu’on voulait être ensemble pour cette occasion.
Au concert vous allez jouer la « Sonate n°1 » de Fauré pour violon et piano ainsi que le « Trio n°1 » pour piano, violon et violoncelle de Mendelssohn. Pourquoi ce choix ?
Pour cette célébration, on a choisi quelque chose d’assez sobre et assez classique. Des choses qu’on a déjà faites dans le passé, et qui ont été des œuvres emblématiques de ces époques pour nous. Cette première sonate de Fauré est probablement la sonate que j’ai le plus jouée avec Renaud. D’une certaine manière, c’est rendre un hommage et faire un
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