À bord du MV Hondius, un mystérieux virus a fait son apparition. Le bateau de croisière, censé relier Ushuaïa (Argentine) au Cap-Vert, connaît un premier mort, puis un second. Les autorités refusent de le voir accoster. Puis un mot : hantavirus, et le souvenir éprouvant des prémices du Covid-19. Récit d’une croisière de rêve qui a tourné au cauchemar.
Un voyage qui tourne au drame
« On n’est pas qu’une histoire, des grands titres. On est des humains avec des familles », lance Jake Rosmarin, un passager bloqué à bord du MV Hondius. Le 1er avril, il embarque à bord du Hondius. L’un des 88 touristes prêts à partir pour une croisière de rêve. Plusieurs semaines à la découverte des îles isolées de l’Atlantique Sud, au Cap-Vert. Une croisière au plus proche de la nature. C’est justement de la nature que va venir le danger.
Car à bord, il y a un passager clandestin, invisible, dangereux. Après deux semaines de navigation, le commandant de bord réunit tout le monde. « Un de nos passagers est malheureusement décédé la nuit dernière. Le médecin m’a dit que ce n’était pas contagieux. Nous sommes en sécurité de ce côté-là », assure-t-il. Le passager mort est un Néerlandais de 70 ans. C’est un autre passager qui filme ce moment clé. Ruhi Çenet, réalisateur de documentaires, indique : « Quand un des passagers est mort, après plusieurs semaines, je pensais que c’était dû aux conditions climatiques difficiles, mais la situation était bien pire que ce qu’on nous avait annoncé. »
Le navire continue sa route pour rejoindre l’île de Sainte-Hélène. Le corps est débarqué, son épouse est tombée malade. Elle est évacuée vers l’Afrique du Sud et va mourir 48 heures plus tard. Un couple contaminé, mais par quoi ? Une intoxication, un virus ? La réponse arrive le 2 mai, brutale. Un autre passager meurt à bord, en pleine mer. Diagnostic : syndrome respiratoire aigu, comme les deux premiers morts. Des victimes en série à bord d’un navire de croisière. Impossible de ne pas penser au sort d’un autre bateau, six ans plus tôt, au début de l’épidémie de Covid.
Des souvenirs troublants du Diamond Princess
« Dans la tête de chacun d’entre nous, le Diamond Princess, c’était un naufrage sanitaire. Parce qu’on avait effectivement 3.700 personnes qui sont restées, pour la plupart, quinze jours confinées à bord du bateau. Sur ces 3.700 personnes, il y a 700 qui ont quand même été infectées », rappelle David Lefort, journaliste sciences pour Franceinfo. « Là, ce n’est pas le même ratio. C’est, a priori, sept contaminations, en tout cas moins de dix sur 150. Mais effectivement, ça nous fait penser à ce contexte particulier, à ces contaminations, avec cette promiscuité dans les cabines qui avaient fait tourner le virus de façon conséquente. On se dit que ce sera peut-être le même scénario. Ce n’est pas ce qu’on observe », précise-t-il.
Retour sur le Hondius. Les analyses sur le couple décédé ont parlé. Le 3 mai, l’OMS peut donner officiellement le nom du coupable : « L’OMS est au courant et soutient un événement de santé publique impliquant un navire de croisière naviguant dans l’océan Atlantique. À ce jour, un cas d’infection par l’hantavirus a été confirmé en laboratoire. Des enquêtes détaillées sont en cours. » « Hantavirus », le monde entier va apprendre ce mot en quelques heures.
Comprendre le hantavirus
« Il existe beaucoup de formes de virus à hantavirus et, parmi la quarantaine de souches qui existent, il y en a une qui se transmet entre hommes, une fois qu’un homme a été contaminé par un rongeur. Et à ce moment-là, il se trouve que c’est un des taux de mortalité qui est extrêmement important, puisqu’on est aux alentours de 30 à 40 %. C’est ce qui se passe actuellement avec la souche qui a contaminé le bateau, qui est la souche des Andes, et qui est la souche qui se transmet, après morsure, d’homme à homme, avec un taux de létalité de 30 à 40 %. Trois décès sur sept personnes infectées sur le bateau », détaille Philippe Amouyal, professeur de santé publique au CHU de Lille. Un virus mortel dans un cas sur trois. Dix fois plus que le Covid.
Le navire est immobilisé au large du Cap-Vert. Interdiction d’accoster, de poser un pied à terre. Le risque de propager l’hantavirus est trop grand. À bord, les nerfs craquent. Nouvelle impression de déjà-vu avec les combinaisons blanches. Des médecins sont envoyés à bord pour faire des prélèvements. « On n’est pas loin du Cap-Vert. Et le petit bateau à côté, là, ce sont les médecins. Nous avons été surveillés par des drones. Ici, tout le monde va bien. On sait qu’il y aura une évacuation des personnes malades bientôt. Et on se dirigera probablement vers l’Espagne. Mais pour l’instant, on ne sait pas encore », raconte un passager dans une vidéo.
Une situation qui nécessite une vigilance accrue
« Les hantavirus, on les a ‘vus’ dans les laboratoires pour la première fois en 1976. C’est assez récent. Certes, il y a 38 hantavirus aujourd’hui. Ils sont tous dispersés par des rongeurs, que ce soit des rats, que ce soit des souris », explique David Lefort. « La question, c’est la possibilité d’une contamination d’abord à partir du rongeur. On sait que les rongeurs traversent les mers, donc il y avait peut-être des rongeurs dans ce bateau, première hypothèse. Deuxième hypothèse, une personne est montée à bord dans sa phase d’incubation, contaminée sans le savoir, et a amené par la suite le virus sur le bateau », développe Philippe Amouyal.
Mais l’urgence est ailleurs. Retour au 24 avril à Sainte-Hélène. Le jour où le malheureux couple néerlandais, lui mort, elle malade, a été débarqué. Ce jour-là, trente autres passagers ont quitté la croisière. Trente personnes qu’il faut retrouver, avertir, eux et les éventuels cas contacts qu’ils ont pu croiser. « Là, il y a quand même une urgence, c’est de contenir l’infection. C’est une course contre la montre. Il faut collecter les indices, faire en sorte de ne pas déployer plus largement que sur le bateau ce virus, de retracer aussi le parcours de chacune des personnes qui a été infectée, parce qu’on a une période d’incubation sur une à six semaines. C’est-à-dire qu’on doit remonter, pour chacune des personnes qui a été infectée, sur ce qu’elle a fait pendant ces six semaines, qui elle a croisé, où elle est allée. Tout ça doit être renseigné, tout ça doit venir nourrir la démarche. Et on doit protéger aussi toutes ces personnes. Donc c’est ce travail très important qui est à mener là, dans les jours qui viennent, pour circonscrire au maximum cette épidémie qui était en train de naître », décrypte David Lefort.
Ruhi Çenet fait partie de ceux qui ont quitté le navire ce jour-là. « Moi, j’ai débarqué du Hondius au 24e jour. Mais le Hondius a poursuivi sa route vers sa destination finale. J’aurais aimé que l’équipage prenne plus au sérieux la situation et qu’il envisage la possibilité d’une maladie contagieuse dès le premier décès à bord. Mais personne n’a été mis à l’isolement. Tout le monde était ensemble et les activités de groupe ont continué », confie-t-il.
Des mesures drastiques prises
Le 27 avril, nouvel arrêt sur l’île de l’Ascension. Un Britannique a des difficultés respiratoires. Il sera pris en charge à Johannesburg (Afrique du Sud). Le test est formel : il est contaminé par l’hantavirus. Le doute n’est plus permis, le virus passe bien d’homme à homme. Il est certes beaucoup moins contagieux que le
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