Face aux vagues de chaleur, cet accessoire pratique, souvent élégant, voire théâtral, est devenu le meilleur allié des citadins. Témoignages.
Vingt-huit degrés à l’ombre. À l’heure de pointe, le métro parisien manque d’air… mais pas de style. Parmi les brumisateurs frisottant les cheveux, les mini-ventilateurs portatifs des touristes et les chemises largement déboutonnées, on repère le chic parisien à ses éventails. Entre les stations Madeleine et Opéra, Ornella, la trentaine, agite le sien, accordé à son ensemble en lin.
« C’est un éventail que j’ai récupéré d’un mariage d’ami !, nous dit-elle. C’est très français de ne jamais être équipé pour rien. C’est pour ça qu’on pense à s’acheter une clim quand tout est en rupture de stock ! Du coup, on ressort les éventails offerts dans les écoles de commerce ou en souvenirs d’Andalousie. Mais cela nous ressemble bien : on improvise et on reste assez chics.»

Dans la rame, ses adeptes, majoritairement des femmes, racontent volontiers l’histoire derrière l’objet. Comme Cécile, conseillère de vente, qui emprunte les transports matin et soir : « C’est mon fils qui me l’a rapporté du Mexique. Dès que je l’ouvre, je pense à lui. »
La discrétion et l’élégance
Elle y voit aussi un exhausteur de chic, bien qu’il accompagne, en ces temps de grande chaleur, des tenues plus casual que sophistiquées. « J’adore le geste de le déployer d’un coup sec, avec ce froissement du papier ou du tissu, et ce claquement caractéristique, qui fait tellement diva », s’amuse Cécile.
Un avis que partage Yves : « L’éventail, c’est la discrétion et l’élégance. Il n’a besoin ni de batterie, ni de câble comme ces choses ridicules en plastique achetées sur Shein ou à des vendeurs à la sauvette. » Dans les transports, en terrasse comme au lycée, il y a effectivement deux écoles. « Dans ma classe, c’est soit le mini-ventilateur, soit l’éventail, constate Chloé, élève de seconde. Et il y en a autant chez les garçons que chez les filles. »
Avec le réchauffement climatique, le besoin de se déconnecter et l’existence d’un véritable savoir-faire français, l’éventail prend tout son sens. »
Éloïse Gilles, propriétaire de la maison d’éventails Duvelleroy
Éloïse Gilles, qui a relancé en 2010 la vénérable maison d’éventails Duvelleroy (fondée en 1827), a elle-même eu le déclic en voyant un ami en utiliser au bord d’une piscine : « Je me suis dit que c’était l’objet du futur. Avec le réchauffement climatique, le besoin de se déconnecter et l’existence d’un véritable savoir-faire français, il prenait tout son sens.»
Longtemps réduit au rang de simple gadget, un objet promotionnel d’entreprise ou d’école, « il a retrouvé son statut de véritable accessoire, qui remplit une fonction et signe un look de la même manière qu’une paire de solaires. D’ailleurs, on le protège en le rangeant dans un étui comme on le ferait de nos lunettes », poursuit la chef d’entreprise.

« Quand nous avons relancé Duvelleroy, le marché de l’éventail avait presque disparu. Mais l’année d’après, Jean-Charles de Castelbajac a imaginé, pour nous un modèle où étaient inscrits en très grand les mots “Air Conditioning”. Il était vendu, entre autres, chez Colette, il a rencontré un succès fou ! »
Les premières années, Duvelleroy a surtout fabriqué pour les maisons de luxe – ce qu’elle continue de faire, notamment pour Balenciaga à l’occasion du dernier défilé couture de l’été 2025 et Chanel pour le défilé Métiers d’art 2026 à New York. Depuis 2023, elle voit exploser ses ventes aux particuliers.
Le premier prix (67 euros) est réalisé en brins de bois de sycomore et en toile de coton plissée, montés à la main dans un atelier familial en Espagne. Les modèles d’exception (à plusieurs milliers d’euros) sont conçus par un artisan d’art en France.
Un objet de pouvoir
Avant de devenir un accessoire de mode, l’éventail était un objet de pouvoir. Dans l’Égypte antique, le flabellum accompagne les pharaons lors des cérémonies. Plusieurs siècles plus tard, l’éventail pliant naît au Japon, gagne la Chine puis les cours européennes au XVIe siècle, où il affiche autant le rang et la richesse qu’il ne brasse l’air.
Au XVIIIe siècle, sa feuille devient une petite scène tenue dans la main. On y peint des fêtes galantes, des paysages, des épisodes mythologiques ou des événements politiques. Il existe même un « langage de l’éventail » : posé contre la joue signifie « je vous aime » ; tenu devant le visage, « suivez-moi » ; agité rapidement, « je suis fiancée »…

En France, Edgar Degas, Camille Pissarro et d’autres impressionnistes s’emparent de l’éventail, alors en vogue, pour expérimenter de nouvelles compositions. Sa forme en demi-lune les pousse à jouer avec la courbe, le cadrage et l’asymétrie jusqu’à en faire de véritables œuvres d’art.
Cécile en a découvert certains, en mai, dans l’exposition « Fanmania » au Met de New York. &la
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