Perles Boivin, Lalanne, Dubuffet… La collection éclectique de la princesse Jeanne. El título






La collectionneuse Jeanne-Marie de Broglie

La collectionneuse Jeanne-Marie de Broglie. Christie’s

Elle avait dirigé, durant vingt ans, sa branche française : la maison de vente annonce, ce 30 septembre, la dispersion exceptionnelle de sa collection, soit 150 lots dont l’éclectisme, l’originalité et le classicisme sont à l’image de cette figure du marché de l’art et parente des Radziwill, disparue en septembre 2025.

Des bijoux aux souvenirs d’une vie artistique

La parure, estimée à 20.000 euros, est composée de deux colliers de perles et maillons d’or pavés de diamants, pouvant se porter ensemble ou séparément, et d’une broche en or, perles et diamants sertie d’une topaze gravée aux armes d’une des plus importantes familles de la noblesse lituanienne et polonaise : les princes Radziwill.

La princesse Guy de Broglie qui commanda ces joyaux chez Boivin était née Jeanne-Marie de Maillé de la Tour Landry. Elle appartenait à une des plus anciennes familles de France. C’est de sa mère, la princesse Anne-Marie Radziwill, épouse du cinquième duc de Maillé, qu’elle tenait cette topaze et peut-être les perles…

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Parure transformable topaze, perles de culture et diamants
Parure transformable topaze, perles de culture et diamants, de René Boivin. Christie’s

150 bijoux, mais aussi tableaux, objets d’art et souvenirs provenant de la collection de la princesse disparue en septembre 2025, seront mis en vente par Christie’s le 30 septembre à Paris, pour une estimation de deux à trois millions d’euros.

Tout le monde chez Christie’s et dans le marché de l’art connaît Jeanne-Marie de Broglie. En 1968, elle avait été choisie par Londres pour ouvrir le premier bureau de représentation de la célèbre maison de ventes britannique à Paris. « Demander à une femme de diriger le premier bureau de Christie’s à l’étranger était une décision sans précédent », se souvient François Curiel, président de Christie’s Europe.

« Nous ne faisions pas de ventes en France à l’époque mais Jeanne-Marie tenait un rôle essentiel. Elle repérait les objets, organisait les rendez-vous des experts qui venaient de Londres pour un ou deux jours. Elle allait les chercher à l’aéroport et les emmenait dans des tournées mémorables. 100 kilomètres pour aller voir un tableau, 100 de plus pour un meuble. Le soir, ils rentraient épuisés à Paris et elle lançait : “Maintenant nous allons aller dîner !” Et ça recommençait le lendemain. »

Broche croix de malte diamants
Broche croix de malte diamants fin du XIXe siècle. Christie’s

Bien sûr, ses origines aristocratiques avaient pesé dans sa nomination. Son nom ouvrait les portes. Fille du duc de Maillé, elle avait épousé le 24 septembre 1949, au château de Châteauneuf-sur-Cher dans le Berry, le prince Guy de Broglie. Leurs ancêtres s’étaient croisés maintes fois au cours de l’histoire de France. Les Radziwill, sa famille maternelle, étaient alliés à plusieurs familles royales européennes.

Mais Jeanne-Marie de Broglie ne vivait pas dans ses souvenirs. Aussi illustres soient-ils ! Femme de tête, elle avait présidé pendant vingt ans aux destinées de Christie’s en France et se rendait toujours présente aux ventes de Genève et Monte-Carlo. Son regard bleu en imposait, mais elle avait un contact aisée : « Elle savait beaucoup de choses, et elle en parlait bien. Avec tous. »

Elle côtoyait le Gotha, les plus grands collectionneurs et aussi les artistes qui lui offraient un autre regard sur le monde. Au début des années 1960, elle avait acquis une toile de Jean Dubuffet, le théoricien de l’art brut, La Physique du sol, estimée entre 200.000 et 300.000 euros. Sa collection comprend aussi un Degas Sur la Falaise dont les experts espèrent 200.000 euros. Dans son appartement des Champs-Élysées, autour de ces deux œuvres, les murs alternaient les signatures de Chagall, David Hockney et Dante Gabriel Rossetti.

Jeanne-Marie de Broglie avec Yves Saint Laurent
Jeanne-Marie de Broglie avec Yves Saint Laurent dans les années 1970. Christie’s

À côté de ses fauteuils Louis XV, elle installait des meubles modernes. Au début des années 1980, Diego Giacometti créait pour elle un exemplaire unique de sa table berceau en bronze patiné, ornée de quatre têtes de chiens à l’effigie de Séraphine, sa petite chienne. Ce meuble rare est estimé entre 400.000 et 600.000 euros. En 2000, elle s’offrait un lustre pièce unique de Claude Lalanne, Structure Végétale (estimé 200.000 €). Sa collection, éclectique, originale et classique à la fois, lui ressemble.

En décembre 1960, en pleine Guerre Froide, elle avait traversé toute seule la Russie pour se rendre de Moscou à Pékin : neuf mille kilomètres et une semaine en train. Elle avait raconté son expérience, exotique à cette époque, à la télévision française dans un petit film disponible sur le site de l’INA.

Chignon impeccable et multiples rangs de perles autour du cou, Jeanne-Marie de Broglie répondait avec un brin d’étonnement et beaucoup d’aplomb aux questions convenues du journaliste. Elle racontait avoir passé une soirée entière à la frontière chinoise en compagnie d’un fonctionnaire russe communiste qui avait appris le français tout seul : “Il m’a parlé pendant des heures de tous nos grands classiques.”

Collection Jeanne-Marie de Broglie, vente le 30 septembre. Christie’s, Paris.



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