Le 14 juillet 2016, un camion fonçait sur la foule rassemblée sur la promenade des Anglais après le feu d’artifice, faisant 86 morts et plus de 400 blessés. Cette tragédie continue de marquer les esprits et les cœurs des victimes et de leurs familles.
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Les familles des victimes sont « complètement ignorées » et « l’attentat est complètement oublié », estime Anne Murris, présidente du Mémorial des Anges, affirmant ce constat sur franceinfo, alors que la ville de Nice commémore jusqu’à mardi l’attentat du 14 juillet 2016. Pour marquer le dixième anniversaire de ce tragique événement, des associations de victimes organisent une marche solennelle le long du parcours emprunté par le camion de 19 tonnes, peu après le feu d’artifice de la fête nationale.
Emmanuel Macron est attendu sur place mardi. En 2017, un an après l’attentat, le président de la République avait assuré : « L’État ne vous abandonnera jamais. » Cependant, Anne Murris réagît en disant : « Je pense que c’est une promesse qui est très légère. » Elle ajoute : « Certes, nous avons la présence du président de la République ce 14 juillet, mais le soutien est quand même assez flou. » Elle évoque un sentiment de manque de soutien.
« Nous sommes un attentat qui est complètement oublié. Mais nous, au quotidien, nous voyons les manques, les trous de nos vies, la vie volée de nos enfants et nos vies complètement estropiées. »
Cette marche, à la veille du dixième anniversaire du drame, est « très importante », souligne Anne Murris. « Dans cette tragédie, qu’est-ce qui nous unit ? C’est l’humanité et ces rassemblements de masse. C’est l’humanité qui nous relie et qui fait front à toute cette violence sociétale. Ça fait du bien. La compassion, c’est un sentiment qui apaise et qui vient souvent soulager les personnes directement impactées dans la tragédie. »
Malgré ce rassemblement et cette compassion, Anne Murris reconnaît avoir encore du mal à retourner sur la Promenade des Anglais. « Je suis revenue la première fois en 2022, lorsqu’il y a eu l’inauguration de la stèle, l’Ange de la Baie, et je suis rentrée par des chemins détournés. J’ai commencé à longer la Promenade des Anglais cette année, lors d’un travail que nous faisons avec des enfants dans les écoles, puisque nous sommes la première association de victimes du terrorisme à intervenir au niveau des écoles primaires. Nous avons ce que nous appelons ‘le chemin de la mémoire’, qui nous fait passer par la Promenade des Anglais. »
Depuis dix ans, les familles attendent le procès des autorités qui ont validé le dispositif de sécurité sur la Promenade des Anglais. « C’est un poids qu’on porte encore », confie Anne Murris, qui partage ses « grosses interrogations » : « Comment se fait-il qu’au bout de dix ans, nous n’ayons pas encore une instruction qui soit achevée ? » Elle sera partie civile dans ce procès, tout comme son association. « Nous souhaitons qu’il y ait des mises en examen pour pouvoir avoir un procès », ajoute la présidente du Mémorial des Anges. « La justice est réparatrice, il faut qu’elle passe et qu’elle fonctionne. »
L’association demande aussi qu’une minute de silence soit observée mardi, avant le coup d’envoi de la demi-finale de la Coupe du monde de football entre la France et l’Espagne. Éric Ciotti, le maire (UDR) de Nice, a également écrit à la Fédération française de football et à la FIFA pour faire la même requête. « Cette Coupe du monde se passe aux États-Unis, il y a trois victimes américaines qui sont décédées », rappelle Anne Murris. Elle souligne également qu’il y a eu des « victimes belges qui sont décédées lors de l’attentat, et l’Espagne compte des victimes psychologiques. Sans compter qu’il y a eu 46 nationalités impactées. »