Me Mourad Battikh, avocat de la famille de Delphine Jubillar : On a confisqué le corps et par la






Interview de Me Mourad Battikh sur l’affaire Delphine Jubillar

Me Mourad Battikh, avocat de la famille de Delphine Jubillar, était l’invité de La Matinale de Franceinfo vendredi 17 juillet.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

France Télévisions : Quelle est la réaction des proches de Delphine Jubillar alors que des ossements, qui pourraient être ceux de Delphine, ont été retrouvés ?

Me Mourad Battikh : Ils sont parfaitement atterrés et anéantis. Il y a une forme également de soulagement à l’idée de pouvoir se recueillir sur une sépulture, de pouvoir parler à Delphine, de pouvoir dire au revoir à Delphine, de pouvoir pleurer devant une sépulture digne de ce nom. Et évidemment, il y a la colère, la colère de ne pas avoir eu ces réponses alors que Cédric Jubillar pouvait les donner depuis presque maintenant six ans. On a confisqué le corps de Delphine et par la même occasion, on a confisqué un deuil qui était nécessaire pour la reconstruction. Donc une forme de soulagement, mais qui n’enlève rien au crime odieux qui a été commis.

Il y a aussi les deux enfants du couple. Quel âge ont-ils aujourd’hui et sont-ils informés des développements de cette affaire ?

Alors ça, je ne peux pas me prononcer dessus, je ne suis pas l’avocat des enfants. Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est que ce que je vois depuis [jeudi 16 juillet] du côté de Cédric Jubillar où l’on parle de découvertes historiques, où l’on parle de moments de réconciliation, il n’y a pas de notre côté de moments de réconciliation et nous ne sommes pas gargarisés d’une espèce de moment historique. Nous sommes atterrés face à celui que je nomme et que je surnomme le « maître des horloges » et à aucun moment il n’y a une réconciliation de prévue. Je crois que le mot qui a été utilisé de la part de la défense de Cédric Jubillar est parfaitement inapproprié compte tenu de ce que l’on vient de découvrir et des circonstances dans lesquelles nous les découvrons. Évidemment, je m’inscris parfaitement en faux avec cette idée de communion, de réconciliation ou de moments historiques.

C’est un soulagement parce que ça va permettre aux proches de Delphine Aussaguel d’aller se recueillir. Pour vous, ça n’est pas une surprise.

Vous saviez, vous l’aviez dit lors du procès, vous aviez la certitude que Cédric Jubillar avait tué dans la nuit du 15 au 16 décembre Delphine Aussaguel et qu’il avait fait disparaître le corps. C’est enfin le dénouement de quelque chose que vous et les personnes que vous défendez saviez au plus profond de vous-même.

Depuis le premier jour où j’ai ouvert ce dossier, où j’ai été désigné, je savais que Cédric Jubillar était impliqué dans la mort de Delphine. Évidemment, nous le savions. Du côté de la défense, le jeu était d’expliquer que c’était un dossier vide, que nous commettions une énorme erreur judiciaire à laquelle, évidemment, je participais. Et pourtant, nous n’avons pas lâché, nous avons tenu le cap de ce que nous pensions être juste. Et évidemment, aujourd’hui, cinq ans plus tard, l’histoire nous donne raison. Est-ce que c’est un soulagement ? Évidemment que c’est un soulagement de retrouver le corps. C’est une torture supplémentaire qui a été infligée à la famille que de confisquer le corps. Et évidemment, aujourd’hui, nous sommes satisfaits, mais c’est une satisfaction tout à fait relative et presque morbide.

Il y aura normalement un nouveau procès en appel de Cédric Jubillar prévu en septembre.

Je dis « normalement » parce qu’il n’y a pas forcément de certitudes aujourd’hui. Avec les aveux de Cédric Jubillar et probablement la découverte du corps de Delphine, vous en attendez quoi de ce procès ? Qu’il parle enfin ?

Oui, qu’il parle, qu’il communique, qu’il dise enfin la vérité, qu’il cesse les mensonges, mais sur ça j’ai très peu d’espoir. En réalité, c’est quelqu’un qui manipule, qui est dans une forme de perversion, qui est très content, qui est très satisfait de pouvoir maîtriser la façon dont les choses se passent. Nous souhaitons des réponses. La plupart des réponses, nous les avons dans le dossier. Nous manquons les détails de cette nuit sordide et morbide et nous espérons que Cédric Jubillar aille jusqu’au bout de sa démarche et nous explique ce qui l’a poussé à ôter la vie de cette jeune femme qui était belle comme le jour et qui n’avait rien demandé à personne, sinon d’être un petit peu heureuse.

Cédric Jubillar a été condamné à 30 ans de prison en première instance.

Est-ce que vous voyez derrière ses aveux une forme de stratégie en espérant obtenir une peine moins lourde ? Il avait pu notamment être sanctionné durement parce qu’il était enferré dans ses dénégations. Si vous avez un accusé qui se présente devant la cour d’assises en disant ‘je reconnais les faits, je permets à la famille de Delphine de retrouver le corps’, est-ce que pour vous, ça justifierait une peine moins lourde en appel ?

À mon sens, ça ne justifierait pas une peine moins lourde. Évidemment que derrière tout ça, il y a une forme de stratégie grossière dont les fils sont évidents, de vouloir atténuer la peine en passant aux aveux et en donnant ce que la famille réclame depuis longtemps, c’est-à-dire d’expliquer la culpabilité de Cédric Jubillar et de rendre le corps à la famille. Il n’empêche qu’à mon sens, priver la famille du corps pendant cinq, six années, laisser le corps et la dépouille pourrir dans un champ sans y accorder une sépulture… Je vous rappelle que même dans le droit de la guerre, on n’a pas le droit de confisquer le corps de l’ennemi. On a été au-delà de ce que l’on pratique en temps de guerre. Donc à mon sens, tout cela revêt évidemment la volonté d’atténuer la peine et d’une forme de stratégie. J’espère bien que la Cour d’appel ne sera pas dupe sur ce que tentent de faire Cédric Jubillar et sa défense.

Avec les aveux de Cédric Jubillar et ce qui se passe en ce moment, est-ce que vous pensez que ce procès en appel qui était prévu en septembre pourra se tenir finalement ?

Je souhaite qu’ils se tiennent, je souhaite que nous ne nous fassions pas dicter le rythme et l’agenda par la défense de Cédric Jubillar. Depuis le début, j’explique que Cédric Jubillar tente de prendre la main sur l’agenda, sur la maîtrise du tempo, sur la maîtrise du temps, sur la maîtrise de l’horloge. Évidemment, il va tenter une énième pirouette pour faire en sorte que ce procès soit décalé. Je souhaite que nous procédions à toutes les investigations techniques et scientifiques le plus rapidement possible, de sorte à pouvoir tenir les délais avec l’ouverture du procès au 21 septembre, si je ne me trompe pas.



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