Un biais cognitif influence les décisions de Donald Trump, affirme David Rigoulet. El título no





Analyse de la Confrontation entre l’Iran et les États-Unis

Invité de La Matinale de franceinfo, David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique et spécialiste de l’Iran, analyse les ressorts de l’escalade entre Téhéran et Washington. Il estime que les deux pays sont désormais engagés dans une logique de confrontation assumée.

La montée des tensions entre l’Iran et les États-Unis fait craindre une nouvelle phase d’escalade au Moyen-Orient. Alors que le président iranien affirme être en « guerre totale » contre Washington et que le protocole d’accord conclu il y a un mois apparaît désormais caduc, La Matinale de franceinfo reçoit David Rigoulet-Roze pour décrypter les enjeux de cette confrontation.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Analyse des déclarations du président iranien

France Télévisions : Le président iranien dit qu’il est en guerre totale contre les États-Unis. Comment analysez-vous cette phrase ?

David Rigoulet-Roze : C’est un message adressé à sa population. Quand il parle de guerre totale, il évoque une guerre à la fois militaire et toutes les conséquences économiques qu’elle implique. Il prépare sa population à souffrir encore davantage. Il est lucide. Pezeshkian n’est pas celui qui pousse au conflit. Il est contraint par des pouvoirs qui lui imposent un agenda, en l’occurrence les Gardiens de la Révolution. Il sait parfaitement qu’une logique d’escalade est enclenchée et qu’elle sera très difficile à arrêter.

Caducité du protocole d’accord

Il y a encore quelques jours, on disait parfois qu’il s’agissait d’une petite escalade, maîtrisée des deux côtés. J’ai l’impression que c’est de moins en moins le cas. Peut-on dire que le protocole d’accord signé il y a environ un mois ne vaut plus rien aujourd’hui ?

Il est caduc. D’ailleurs, c’est le terme qu’a utilisé le président américain lui-même. De ce point de vue là, oui, il n’est plus d’actualité, c’est le moins qu’on puisse dire. Une logique militaire a été enclenchée.

État de la situation actuelle

Donc, retour à la case départ ?

Pas tout à fait, parce qu’on n’est pas dans la même configuration. Ce n’est pas le même scénario. Il y a manifestement des choix qui ont été faits par le président Donald Trump, qui ne sont pas encore explicites mais dont les conséquences peuvent aller très loin. C’est cela qui est préoccupant, parce qu’il y a une logique d’escalade assumée des deux côtés. On n’est plus dans une logique de réplique, comme cela pouvait encore être le cas il y a une quinzaine de jours, avec un tir suivi d’une réponse. Là, il y a un agenda. Il y a le déroulé d’un scénario, vraisemblablement.

L’agenda iranien et américain

Justement, quel est cet agenda, selon vous, du côté iranien et du côté américain ?

Du côté iranien, ceux qui ont décidé la confrontation sont les tenants de la ligne dure des Gardiens de la Révolution, notamment leur chef, qui considère que l’identité du régime passe par la confrontation et non par un compromis négocié.

Explication du choix de confrontation

Pourquoi ont-ils fait ce choix ?

Parce qu’ils voulaient condamner le mémorandum. En réalité, de manière assez lucide et paradoxale, ce qui perturbe le régime, c’est davantage la négociation que la confrontation. Dans le logiciel des durs, la confrontation permet de différer les problèmes intérieurs, c’est-à-dire les comptes à rendre à la population. À l’inverse, une logique de négociation implique un compromis, avec des conséquences susceptibles de déstabiliser le système iranien. On a d’ailleurs vu que les tensions étaient très fortes. Un journal des Gardiens de la Révolution a récemment critiqué une interview d’Abbas Araghtchi, l’un des négociateurs, en lui reprochant d’avoir révélé des éléments qu’il n’aurait jamais dû divulguer, notamment qu’il n’allait pas rencontrer le Guide. Le journal lui reproche d’avoir donné des précisions qui, sous-entendu, pourraient relever de la trahison.

Évolution de la stratégie américaine

Du côté américain, il y a encore quelques semaines, on avait l’impression que Donald Trump avait besoin d’aboutir à un accord. On disait même, sur ce plateau, qu’il ne pouvait pas être en guerre à l’approche des midterms. Aujourd’hui, ce raisonnement semble dépassé.

Ce n’était pas vraiment les midterms. Le problème tenait plutôt à un calendrier contraint, avec plusieurs échéances. On a parlé de son anniversaire, mais aussi de la séquence de la Coupe du monde de football. Les midterms, c’est plus loin. Et récemment, il a intégré l’idée qu’il pouvait les perdre. Ce n’était donc pas l’élément essentiel. Il existe sans doute un biais cognitif dans les modalités de prise de décision de Donald Trump. J’en veux pour preuve une déclaration de JD Vance, faite récemment dans le podcast The Michael Knowles Show. Il a expliqué : « Je pense que le président nous a demandé d’utiliser le protocole d’accord pour relancer l’économie pétrolière, reconstituer les stocks stratégiques, puis voir où nous en étions. »

Certains diront qu’il y avait évidemment un calcul derrière cette stratégie. En tout cas, les faits sont là : le prix du baril n’a pas explosé, les stocks stratégiques ont été reconstitués et le pétrole iranien extrait n’a pas été vendu. C’est d’ailleurs ce qui explique la logique de confrontation et la frustration iranienne. Environ 65 millions de barils restent en attente, sans être écoulés, en raison du rétablissement des sanctions. En parallèle, il n’y a pas eu le dégel des fonds que le régime attendait. On est donc entré dans une logique de confrontation. Or, dans une dynamique d’escalade, on ne sait jamais où cela s’arrête, ni jusqu’où cela peut aller contre l’Iran.



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