Par Le Figaro avec AFP

L’entreprise est actuellement valorisée à plus de 450 milliards d’euros, devenant la plus élevée de Chine. Fondé en 2016, CXMT est le quatrième plus gros fabricant de puces mémoires DRAM. Pékin veut désormais concurrencer Taïwan et la Corée du Sud sur cette industrie en plein essor.
Le champion chinois des puces mémoires, CXMT, a vu son titre flamber de plus de 500 % lors de sa première journée de cotation lundi à Shanghai. Cela a permis à l’entreprise de devenir la première en Chine continentale en capitalisation, nouvelle illustration de la fièvre autour de l’intelligence artificielle (IA). ChangXin Memory Technologies (CXMT) a levé, selon l’agence Bloomberg, 66,6 milliards de yuans (environ 8,6 milliards d’euros) grâce à cette cotation record à la Bourse de Shanghai. Elle entend rivaliser avec les sud-coréens SK hynix et Samsung Electronics ainsi que le géant Micron.
Le contexte est porteur : la course mondiale à la construction de centres de données capables d’entraîner et d’exécuter des technologies d’intelligence artificielle a engendré une pénurie de puces mémoires indispensables à leur fonctionnement, dopant les profits de ceux qui les fabriquent. Dès les premiers échanges lundi sur le marché STAR de Shanghai, dédié aux technologies, le titre de CXMT s’est envolé en flèche, atteignant une capitalisation boursière de 3.500 milliards de yuans (environ 453 milliards d’euros), dépassant la mégabanque chinoise ICBC.
« Pour la première fois, la Chine prend place à la table des champions mondiaux des puces mémoires, au lieu de se contenter d’un rôle d’observateur extérieur », indique Zhang Guobin, fondateur du site web spécialisé chinois eetrend.com. Pour lui, la cotation de CXMT représente un « tournant majeur dans le paysage mondial de l’industrie du stockage et dans la trajectoire de développement du secteur chinois des semi-conducteurs ». De fait, cette introduction boursière en fanfare intervient à un moment où Pékin veut promouvoir les composants électroniques développés localement dans sa bataille avec les États-Unis sur l’IA.
Ambitions Chinoises
Témoignant de son vif succès, il s’agit de la plus importante entrée en Bourse jamais réalisée par une entreprise technologique en Chine continentale, dépassant les 46,3 milliards de yuans levés par le fabricant de semi-conducteurs SMIC en 2020. Les puces mémoire de pointe sont en forte demande à l’échelle mondiale car elles sont des composants essentiels des serveurs d’IA, au même titre que d’autres semi-conducteurs puissants réservés au traitement des données, comme ceux conçus par l’américain Nvidia.
Cet appétit grandissant a engendré une pénurie importante de puces mémoire DRAM, également utilisées dans les ordinateurs, smartphones et autres appareils électroniques. D’après la presse spécialisée, le mastodonte tech américain Apple, confronté à ces pénuries, testerait actuellement les puces DRAM de CXMT en vue d’une utilisation dans ses produits.
CXMT figure sur la liste du Pentagone des entreprises chinoises soupçonnées d’entretenir des liens avec l’armée, ce qui n’empêche toutefois pas les entreprises américaines de faire affaire avec elle. Les tensions sur l’offre de puces mémoires ont provoqué une flambée de leurs prix et une explosion des profits et des cours boursiers des fabricants, à commencer par Samsung et SK hynix. Ce mois-ci, SK hynix, déjà cotée à Séoul, a bondi de 13 % dès son premier jour de cotation à Wall Street, signant l’une des plus importantes introductions en Bourse de l’histoire.
Sa capitalisation boursière sur l’indice sud-coréen Kospi avait dépassé le cap des 1.000 milliards de dollars en mai, un seuil déjà franchi récemment par Samsung Electronics et l’américain Micron. L’IA a propulsé ces trois fabricants de puces mémoire dans un cercle très fermé d’une douzaine de sociétés, presque toutes américaines.