Coup de cœur pour le film Soudain, de Ryusuke Hamaguchi, avec Virginie Efira, en salles depuis mercredi.
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Le film Soudain, en salles depuis mercredi 12 août, a été tourné en France par le Japonais Ryusuke Hamaguchi, avec Virginie Efira. Le film suit la trajectoire de deux femmes a priori assez différentes.
Il nous présente d’abord Marie-Lou, interprétée par Virginie Efira, la directrice épuisée d’un Ehpad atypique appelé « Le Jardin de la liberté ». Elle tente d’y développer le concept d’humanitude, qui, malgré son nom étrange, est une notion qui existe vraiment. Il s’agit d’une approche qui consiste à replacer l’humain et la bientraitance au cœur de l’accompagnement des plus âgés.
L’autre personnage féminin, Mari, jouée par Tao Okamoto, est une metteuse en scène japonaise en séjour à Paris pour sa pièce et qui souffre d’un cancer. La rencontre entre ces deux femmes et leurs deux cultures est ce qui a, entre autres, intéressé Ryusuke Hamaguchi.
Transposé et adapté d’un livre de correspondance entre deux intellectuelles japonaises, le réalisateur explique pourquoi il a voulu tourner en France : « Il y a en France toute cette tradition qui existe, grâce à Jean Eustache ou Éric Rohmer, ces films très verbaux où la parole prime et que ça pouvait être considéré comme un divertissement. Je me suis donc dit que le fait de filmer en France pouvait me donner un lieu, un média qui pourrait porter ça. »
L’excellente performance des deux comédiennes et l’alchimie qui se dégage de leur duo ont été récompensées au Festival de Cannes par un double prix d’interprétation féminine. Il faut reconnaître que voir et entendre Virginie Efira parler couramment japonais pendant une bonne partie du film est assez bluffant. Dans le film, cela s’explique par le master qu’elle a fait au pays du soleil levant. Lors d’une conférence de presse à Cannes, l’actrice belge a parlé de sa préparation pour le rôle et de l’apprentissage de la langue : « Quand j’ai connu tout l’alphabet et tous les sons, j’ai cru que je savais lire en japonais, et on m’a expliqué qu’il y avait plusieurs alphabets. Donc je sais lire comme quelqu’un de 12 ans, c’est déjà quelque chose. C’était beaucoup de travail, mais quelle joie de pouvoir le faire. »
Elle raconte que le travail a été particulièrement difficile, en raison de la longueur des scènes, d’autant plus que le réalisateur reprenait toujours depuis le début quand il fallait refaire.
Soudain parle donc de soin, de vieillesse, de dépendance, de théâtre aussi ou encore des conséquences du néolibéralisme. Mais c’est bien cet établissement pour personnes âgées du « Jardin de la liberté » qui est au cœur du film. On y voit un personnel qui craque, un manque de moyens et l’agence régionale de santé qui regarde ce concept « d’humanitude » d’un œil plutôt dubitatif. Ryusuke Hamaguchi a tenu à montrer ces difficultés, et notamment l’opposition entre Marie-Lou et Sophie, une infirmière très remontée qui n’y croit plus : « Je considère que l’adversité est un procédé efficace, dans une histoire, pour mieux faire comprendre les enjeux qui existent dans ce sujet. »
Après Drive My Car, en 2021, qui lui a valu un prix du scénario sur la Croisette (et plus tard un Oscar du meilleur film étranger), le cinéaste japonais est donc reparti du Festival de Cannes 2026 avec une nouvelle distinction, partagée par ses deux comédiennes, pour le plus grand plaisir de Virginie Efira qui a adoré le projet et cette aventure.
Très long (3 h 16) mais pas forcément trop long, souvent beau et original, Soudain est un film parfois inégal ou légèrement mièvre. Mais sa grande poésie devrait finir par vous convaincre.