En août, le trafic avait été suspendu après la découverte d’un drone équipé d’un engin explosif sur le tarmac, près d’un avion de la compagnie ukrainienne Antonov Airlines. Publié le , cet incident a provoqué des tensions croissantes en Europe.
Des accusations graves de Berlin
Le ton monte en Europe, après les accusations de l’Allemagne contre la Russie. Mardi 1er septembre, Berlin a désigné Moscou comme responsable de l’envoi d’un drone chargé d’explosifs le 9 août à l’aéroport de Leipzig-Halle, dans l’est de l’Allemagne.
Un acte de terrorisme soutenu par un État
L’attaque représente « les caractéristiques d’un acte de terrorisme soutenu par un État », a estimé Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, tandis qu’Emmanuel Macron a critiqué la « guerre hybride » menée par la Russie contre les Européens. Cette indignation, qui a entraîné la mise en place de nouvelles sanctions par l’Allemagne contre la Russie, n’est pas surprenante, tant l’aéroport est devenu un lieu stratégique pour l’Ukraine et l’OTAN depuis le début de la guerre avec la Russie en février 2022.
Un aéroport essentiel pour l’Ukraine et l’OTAN
Situé en Saxe, à un peu plus de 200 km de la frontière polonaise, l’aéroport est d’abord un site majeur pour le transport de marchandises en Europe. Il abrite le centre de tri européen de DHL Express, une filiale de la Deutsche Post. En 2025, près de 1.400.000 tonnes de fret y ont transité, selon les chiffres de son gestionnaire.
Mais l’aéroport est surtout très important pour Kiev, alors qu’une « grande partie du soutien militaire à l’Ukraine transite par l’aéroport de Leipzig », souligne le chercheur en sécurité Peter Neumann, professeur au King’s College de Londres. Le site est devenu ces dernières années l’une des bases d’Antonov Airlines, importante compagnie de fret ukrainienne. Au début de l’invasion russe, l’entreprise y avait déplacé cinq de ses AN-124, de très gros avions-cargos, pour éviter qu’ils soient détruits, selon Interfax. Un « nouveau hangar de grande capacité » est d’ailleurs « en construction » dans la capitale de la Saxe, d’après la chaîne Euronews.
Un hub logistique clé pour l’OTAN
L’aéroport est aussi un hub logistique crucial pour l’OTAN. Il joue un rôle central dans le transport de biens militaires, notamment ceux de l’armée allemande et de ses alliés depuis les années 2000. Lors de la guerre en Afghanistan, des centaines de soldats américains l’utilisaient comme aéroport de transfert. Pendant ce temps, l’armée allemande a investi le lieu pour transporter de l’équipement militaire.
Depuis 2006, l’aéroport de Leipzig-Halle est le centre opérationnel du programme de pont aérien Salis (Strategic Airlift International Solution), géré par l’OTAN, permettant à neuf pays, dont l’Allemagne et la France, de disposer d’avions-cargos AN-124. Le dispositif peut parfois être utilisé pour des missions humanitaires, comme lors de la pandémie de Covid-19 en 2020 pour le transport de matériel médical, rapportait à l’époque l’OTAN.
L’aéroport a gagné en importance après le déclenchement de l’invasion russe. « Du point de vue de l’acheminement rapide de matériels militaires importants, Leipzig est un point central pour les livraisons en provenance d’Allemagne ou transitant par l’Allemagne », résume Ralf Thiele, ancien colonel de la Bundeswehr, au média public SWR.
Un intérêt stratégique pour Moscou
La position stratégique de l’aéroport explique l’intérêt que Moscou pourrait y porter. « Il pourrait effectivement être dans l’intérêt de la Russie, à l’heure actuelle, de frapper ici la logistique ukrainienne », déchiffre Hans-Jakob Schindler, directeur principal du Counter Extremism Project, auprès du magazine Focus.
D’autant que l’épisode d’août n’est pas une première. Deux incidents de sécurité concernant l’aéroport de Leipzig-Halle ont déjà été rendus publics ces derniers mois. En juillet 2024, un colis a pris feu dans le centre DHL avant son transport prévu en avion. Le patron des renseignements intérieurs allemands avait ouvertement accusé Moscou d’être derrière cet incident.
En septembre 2025, une ressortissante chinoise a aussi été condamnée pour espionnage pour avoir fourni à l’ex-collaborateur d’un député d’extrême droite des informations sur des vols, des cargaisons et des passagers. Les données concernaient notamment le transport de biens militaires et des personnes « ayant des liens avec une entreprise allemande d’armement », selon l’accusation.