Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Mardi 8 septembre 2026, la romancière belge Amélie Nothomb publie son nouveau livre, L’adolescence du perroquet, aux éditions Albin Michel.
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Amélie Nothomb est l’une des voix les plus singulières de la littérature francophone depuis la parution d’Hygiène de l’Assassin en 1992. Elle construit une œuvre aussi foisonnante qu’inclassable où se mêlent l’enfance, le Japon, la mémoire, la faim, l’amour, l’exil et la famille. Avec Stupeur et tremblements, Métaphysique des tubes, ou encore Premier sang, couronné par le prix Renaudot, elle a fait de sa vie une matière littéraire, sans jamais renoncer à la pudeur.
Le 19 août 2026, elle publie son 35e roman L’adolescence du perroquet. Ce livre est décrit comme un conte aussi déroutant que bouleversant, porté par cette phrase qui résonne longtemps après l’avoir refermé : « L’amour n’est pas un dû. » En regardant la couverture, un sentiment étrange émerge, son chapeau semblait dire : « Regardez mes livres, mais ne me regardez pas moi. »
Une acceptation du regard des autres
franceinfo : Aujourd’hui, vous regardez le lecteur droit dans les yeux. Est-ce qu’à 60 ans, on accepte enfin d’être regardé ?
Amélie Nothomb : Oh mon Dieu ! Je crois que je me suis habituée à l’idée d’être regardée. C’est moins douloureux qu’au début. Finalement, les gens me regardent avec un bon regard, je ne sens pas d’hostilité de leur part, donc peut-être que c’est pour ça que j’accepte plus facilement le regard des gens.
Un rapport complexe avec soi-même
Est-ce que ce n’est pas dans votre regard que les choses ont changé ?
Mon regard sur moi-même reste très difficile. Il paraît que quand je me vois dans un miroir, j’ai tout de suite un regard extrêmement différent et beaucoup moins agréable que celui que je peux avoir pour vous, par exemple.
La fascination pour les oiseaux
Un oiseau, ça a des ailes, ça vole, c’est libre. On sent que vous êtes attirée par ça.
« L’oiseau est un double idéal puisqu’il est plus libre que nous. »
Il a cette possibilité de voler qui me fait terriblement rêver. Pourquoi est-ce que je ne vole pas ? Je me pose cette question tous les jours. En plus, il est le génie de la phonation, aussi bien du chant que dans certains cas du langage. Le perroquet est aussi un chanteur. Quand un perroquet veut chanter, ça peut être absolument magnifique ou d’une laideur infinie. Est-ce que nous ne voudrions pas tous avoir ce pouvoir de voler, mais aussi de moduler notre chant ?
Acceptation de la vulnérabilité
Longtemps, vous avez donné le sentiment de protéger une part de vous derrière un personnage avec ce fameux chapeau. Aujourd’hui, j’ai l’impression que vous acceptez davantage votre vulnérabilité.
Vous avez tout à fait raison. Je crois que je commence à accepter mes limites. Dernièrement, je me suis autorisée à montrer à certaines personnes que je ne les aimais pas. C’est une chose que je n’aurais jamais crue possible, même il y a un an.
Un regard doux sur ses parents
Depuis Premier sang et les livres consacrés à votre mère, j’ai le sentiment que vous ne racontez pas seulement votre histoire, mais aussi celle de vos parents avec une immense douceur.
Oui, c’est certain. Je ne me rendais pas compte à quel point je ressemblais à mes parents. On m’avait tout le temps dit que j’étais le sosie de mon père, cela m’agaçait. Mais en fait, j’ai découvert que je voulais ressembler à ma mère. Cela m’a fait du bien de voir qu’elle vivait aussi en moi.
L’évolution des thèmes dans l’écriture
Vous avez souvent écrit sur la faim, le désir et le manque. Aujourd’hui, vos livres parlent davantage d’apaisement.
Il y a toujours la faim, il y a toujours le manque. Mes démons sont toujours là, mais je commence à bien les connaître.
Les peurs et les espoirs
Qu’est-ce qui vous fait peur alors ?
L’état du monde me fait peur. L’évolution globale du monde, aussi bien à petite échelle qu’à grande échelle, me fait peur.
Alban a cette tendresse, ça dépasse les blessures. Est-ce aussi une façon de garder espoir ?
C’est une façon de garder espoir. Alban l’exprime très clairement, il faut préserver son âme. C’est un message très important pour moi.
« Certaines personnes n’ont pas l’air de comprendre que la vie telle qu’on la vit aujourd’hui met gravement en danger notre âme. »
Il s’agit de ne pas gâcher son âme et de ne pas prendre des voies violentes qui pourraient nous empêcher de nous regarder dans un miroir un jour.