Rentrée littéraire 2026 : les dix coups de cœur de franceinfo Culture. El título no debe






Selections Littéraires de Franceinfo Culture

Y a-t-il un Goncourt ou un Renaudot dans cette sélection? L’essentiel est ailleurs, dans le plaisir de la découverte et de la lecture. Au-delà des prix d’automne, franceinfo Culture vous propose sa deuxième sélection de romans parmi les 461 nouveaux romans parus entre mi-août et octobre.

« Nous aussi » d’Anne Godard : la construction de soi par la démolition du narratif familial

C’est l’histoire d’une amnésie qui aura duré trente ans. Dans cette grande famille de la haute bourgeoisie du Quartier latin, « on » vit tous ensemble depuis des lustres à chaque étage d’un vaste immeuble cossu « où même l’odeur de poussière du tapis est à nous ». Dans un sentiment grisant d’appartenance à une élite patrimoniale, « du bon côté, celui de la culture et de la liberté ». Parvenus au sommet par la grâce de la méritocratie républicaine. L’été, tout le monde s’installe au cœur des Alpes dans le château médiéval acquis par l’arrière-grand-père auprès d’un vieux comte désargenté. Le bel édifice familial va dangereusement se fissurer quand l’un des adolescents se défenestre à 17 ans. Il est le frère de la narratrice qui revisite cette histoire à hauteur d’enfant, puis d’adolescente et enfin d’adulte. Privé de l’un de ses membres, le grand corps familial commence alors à boiter. L’organisme, « le magma » ainsi qu’Anne Godard le décrit, se dérègle, amorçant une lente implosion à mesure qu’émergent à la surface des souvenirs qu’on aurait préféré oublier pour toujours. Nous aussi figure dans la première sélection du prix Goncourt et pour le Femina. Du grand art.

Nous aussi d’Anne Godard, éditions Actes Sud, 240 pages, 20 euros.

« C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien : dans la peau d’un migrant

C’est au son d’une détonation et d’un fou rire nerveux qu’on entre par effraction dans le récit. Jonas Dorléon s’apprête à corriger ses copies d’histoire-géo quand un gang d’adolescents armés jusqu’aux dents débarque dans son quartier pauvre de Port-au-Prince, ouvrant le feu sur tout ce qui bouge. Après l’embrasement de la capitale, il comprend très vite qu’il va devoir quitter Haïti sans tarder s’il tient à rester en vie. Point de départ d’un périple dantesque qui va durer des semaines, Jonas entame alors une odyssée de sang, de sueurs et de larmes jusqu’à la frontière américaine dans l’espoir d’atteindre un jour le Canada. Journal de bord d’un exilé en lutte permanente pour sa survie, le livre est d’abord une formidable démonstration de ce que la migration fait aux individus. À l’aide d’une langue foisonnante, contrastée, débordante d’aphorismes, Thélyson Orélien donne une couleur à l’exil, une vibration. C’était ça ou mourir, un roman bouleversant, figurant dans la première sélection du prix Goncourt et du Femina, Thélyson Orélien, candidat sérieux pour la saison des prix.

C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien, éditions Grasset, 272 pages, 20 euros.

« À voix haute » de Polina Panassenko : sur la trace des victimes du Goulag

Une jeune femme de 20 ans, d’origine russe, rêve de devenir actrice. Elle a grandi en France entre son père, veuf, et Nicole, une voisine, militante communiste et fumeuse de Gauloises qui a su prendre le relais. Pour réaliser son rêve, la jeune fille choisit l’École du théâtre national de Moscou. Elle réussit les épreuves et s’installe à Moscou, chez son grand-père. À partir de quelques bribes lâchées ici et là par le vieil homme qui fait preuve d’une discrétion maladive, la jeune femme se lance dans une enquête familiale qui va la conduire sur les traces du grand-père de son grand-père, jamais rentré du goulag. Avec ce nouveau roman, Polina Panassenko sonde le passé, pour mieux saisir le présent, avec les silences d’une population toujours sous l’emprise d’une histoire marquée par la terreur. D’une plume vive et limpide, où pointe un mélange de mélancolie et d’ironie, elle s’intéresse une nouvelle fois aux mots, et aux noms, à ce qu’ils portent, et à ce qu’ils cachent. Cette fois, l’autrice de Tenir sa langue s’arrête sur ceux qu’on ne prononce pas dans une famille marquée par un drame. Un silence ici scellé par l’histoire d’un pays. À voix haute, sélectionné pour le prix Femina. Grand coup de cœur pour ce roman d’une infinie tendresse.

À voix haute de Polina Panassenko, éditions L’Olivier, 320 pages, 21 euros.

« La solitude des professeurs est infinie » de Yannick Haenel : quand l’enseignement cessera-t-il d’être un sport de combat ?

Au début des années 1990, jeune professeur stagiaire de français de 22 ans, Jean Deichel (alter ego de Yannick Haenel) débarque dans un collège de Mantes-la-Jolie, fleur au fusil et vocation en bandoulière. Si sa première année se déroule dans une sorte de béatitude un peu foutraque malgré les angoisses et les mises en garde de l’entourage pédagogique (« si vous leur souriez, ils vous boufferont »), bien vite l’épuisement et le sentiment d’abandon le submergent, laissant place à une féroce dépression. Il faut dire qu’au cours de ses premiers mois d’enseignement, le jeune prof un peu fantasque ne s’économise pas. Tentant l’impossible pour façonner un cours où la littérature n’est pas transmise comme une langue morte. La solitude des professeurs est infinie, en sélection pour le Femina, est aussi et surtout un fantastique récit d’initiation. Déclaration d’amour à tous les passeurs d’enthousiasme, les fous de littérature, les jamais rassasiés qui peuplent encore les classes avec l’idée saugrenue de « changer ce monde« . Une ode à la littérature et à la transmission.

La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel, éditions Gallimard, 320 pages, 21,50 euros.

« Baignade surveillée » de Laura Kasischke : le drame d’un enfant noyé au fond d’une piscine

16 juillet 1969, alors que des hommes, à bord d’une fusée, sont prêts pour mettre le pied sur la Lune, Richie, 5 ans, n’a qu’une obsession : aller à la piscine avec sa mère et son petit frère. L’événement se déroule dans l’Amérique de la fin des années 1960, en plein développement économique, sur fond de pain de mie Wonder Bread et de guerre du Vietnam. La population immigrée de la vieille Europe vit l’apothéose du « rêve américain ». À cause de son travail, Richard, le père de Richie, est souvent absent. Il aspire à un meilleur statut social, tandis que Marie, sa femme, reste cantonnée au foyer, et supporte sans broncher les remarques humiliantes de son mari. Le choix d’un cercueil, un costume trop petit, deviennent sous la plume de la romancière les témoins d’enjeux familiaux, économiques, sociaux. Comme souvent dans les romans de Laura Kasischke, presque tous adaptés à l’écran, le drame sert de point de départ à l’exploration d’une société humaine, à travers l’histoire et la psychologie de ses personnages. On est dans la tête du petit garçon. Un des romans étrangers de la rentrée littéraire 2026 à ne pas rater.

FONTE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *