Bénédicte Dupré la Tour : chacun de nous connaît un complotiste. El título no debe incluir






Zones à Défendre – Bénédicte Dupré la Tour

Dans « Zone à Défendre » publié chez Flammarion, Bénédicte Dupré la Tour ausculte la France d’aujourd’hui, sa polarisation et ses réalités parallèles à travers une famille dont les projets de la fille ingénieure se heurtent au complotisme de sa mère. On pense parfois à Michel Houellebecq, dont l’autrice dit qu’il la fait rire et la choque en même temps, ce qui est pour elle un gage de bonne littérature.

Publié , cet ouvrage offre un aperçu pertinent des tensions sociétales actuelles.

Temps de lecture : 1 minute

Bénédicte Dupré Latour lors de la remise du prix du roman Alpes Isère Habitat 2025 pour son premier livre "Terres promises"
Bénédicte Dupré Latour lors de la remise du prix du roman Alpes Isère Habitat 2025 pour son premier livre « Terres promises » (Ici/Alpes Isère Habitat 2025).

Voilà donc une famille qui est à elle seule l’incarnation d’une société qui peine à se parler : la fille ingénieure très rationnelle travaille dans l’industrie du traitement des déchets, son frère poète rebelle lui reproche d’être complice du système, et sa mère complotiste va devenir l’adversaire numéro un d’un grand projet de l’entreprise où elle travaille.

Si Bénédicte Dupré la Tour a voulu ce grand écart, « c’est pour que ça explose », mais aussi parce que le complotiste n’est jamais bien loin. « J’ai fait le test, en posant la question dans mon entourage, on a tous un complotiste autour de nous. »

La situation est effectivement explosive, et l’autrice que cette polarisation inquiète s’amuse aussi de cette addition des contraires, décrit avec jubilation ces mondes parallèles, et brosse au final un tableau de la France d’aujourd’hui. L’acuité du regard et le désenchantement font penser forcément à Michel Houellebecq. « Ça a été une grande inspiration pour moi, j’ai passé des moments à pleurer de rire en lisant Houellebecq, et en même temps être profondément dérangé. J’aime bien quand on ressent des émotions contradictoires à la lecture d’un roman, c’est toujours plus intéressant que d’être dans des pantoufles littéraires. »

Et de fait, Zones à défendre nous sort de nos pantoufles, de nos zones de confort et nous invite peut-être aussi à penser contre soi-même. « J’éprouve de la tendresse pour tous les personnages, y compris pour la mère complotiste, parce qu’elle est avant tout très seule. »

Bénédicte Dupré la Tour préfère le ton de l’ironie et ouvre ses pages à la poésie et à l’utopie : « La ZAD est fragile, comme toute utopie, mais il faut quand même le tenter pour inventer un monde plus vivable. Les canicules de cet été nous le prouvent, il est urgent de se transformer et la transformation est d’abord intérieure. » Elle est persuadée que la fiction peut alimenter cette transformation du réel.

En cette année présidentielle, elle se dit que « la lecture de ce livre peut être un sujet de discussion en famille. Ça va être très dur, mais je pense qu’on a la force en nous de faire les bons choix, si on fait preuve d’honnêteté intellectuelle, ce qui est pour moi la chose la plus importante. »

Bénédicte Dupré la Tour, Zones à défendre, publié chez Flammarion.



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