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Intelligence Artificielle et Écriture

Jusqu’où laisserons-nous l’intelligence artificielle entrer dans nos vies ? Peut-on vraiment distinguer les mots d’un écrivain de ceux d’une machine ? Les logiciels de détection sont-ils fiables ? Pour le découvrir, nous avons réalisé un test en écrivant notre propre chapitre de roman.

Écriture et Création : Un Test d’Intelligence Artificielle

Les mots de l’homme sont-ils différents de ceux de la machine ? Peut-on encore les distinguer ? Pour écrire notre premier roman, nous avons demandé à une intelligence artificielle de s’inspirer d’un auteur qui écrivait au début du XXe siècle sous le pseudonyme de Delly. Notre consigne était simple : « Tu es un écrivain expert dans l’œuvre de Delly. Écris le premier chapitre d’une nouvelle histoire. » Et pour ne pas être repérés, nous avons ajouté : « l’IA ne doit pas être détectée ». Exactement 14 secondes plus tard, nous avions en main une histoire d’une douzaine de pages.

Les Retours des Lecteurs : Une Évaluation Aveugle

À gauche, le livre original. À droite, notre début de roman écrit par l’IA. Des lecteurs avertis sauront-ils faire la différence ? Nous avons soumis les deux versions, à l’aveugle, à des clients d’une librairie parisienne. « Celui-là me semble plus intéressant », juge une première cobaye. Elle choisit l’œuvre de l’IA : « C’est bien fait, en fait ! », s’étonne-t-elle.

« Je pense que l’IA, c’est celui-là. Je le vois aux dialogues. Ce n’est pas très très humain, ça manque un peu de sentiments », tranche d’emblée un autre lecteur, qui a raison. « J’espère ne pas me tromper, mais je dirais que celui-là, c’est de l’IA », affirme un jeune homme. Faux. « Je me suis planté. Bien sûr, c’est triste, parce que je lis beaucoup et qu’on en est là où on ne peut pas distinguer la différence entre une œuvre créée, écrite par un robot ou par un humain », commente-t-il.

Analyse de l’Œuvre : Les Indices de l’IA

Alors, comment distinguer les textes humains des ceux générés par des machines ? Nous avons demandé l’avis de Charlotte Allibert, responsable d’une agence d’autoédition. « Je regarde les dialogues, parce que les dialogues, c’est souvent assez intéressant », explique-t-elle. Et sans hésitation, elle conclut : « Ça, c’est le vrai et ça, c’est le faux ». Notre manuscrit présente effectivement des signes typiques de l’IA, notamment une structure de phrases souvent mathématique.

« C’est Madame la duchesse, dit à voix basse madame Guérin, qui avait suivi son regard. – Elle est morte il y a un an, au mois de septembre, elle n’avait que 26 ans. »

« Là, on se répète un peu. L’IA, elle écrit de façon mathématique. Donc elle n’écrit pas avec des mots, elle écrit un peu avec des chiffres, avec des probabilités. Elle écrit comme ça parce que c’est un rythme qui fonctionne », précise Charlotte Allibert.

Détection et Évaluation des Œuvres

Notre livre, comme tous ceux des auteurs qui en font la demande, a ensuite été soumis à des détecteurs d’intelligence artificielle. Trois logiciels ont analysé le texte pour plus de précision. « On comprend un passage au début, deux passages au milieu, un passage à la fin », indique-t-elle. Le verdict est sans appel : « La probabilité d’IA est très, très, très élevée. »

En conséquence, notre livre ne méritera pas le label « Création humaine ». L’agence est une des rares à garantir cette distinction. Ces contrôles devraient-ils être généralisés pour aider le lecteur à s’y retrouver ? Nous avons posé la question aux plus prestigieuses maisons d’édition. Signe de l’affolement du secteur, la grande majorité a refusé. Une seule a bien voulu nous accueillir : les éditions du Seuil.

Sa présidente dit réfléchir à des solutions, y compris informatiques, mais n’imagine pas une détection systématique. « La parole de l’auteur et l’accompagnement de son processus créatif, le fait que ça se déroule dans un temps long et qu’on travaille les manuscrits à plusieurs reprises, pendant parfois plus d’un an, doit nous aider quand même à éviter ce genre de recours systématique », commente Coralie Piton, présidente des éditions du Seuil.

Mais combien de temps avant que ces contrôles ne deviennent indispensables, si les livres déferlent, écrits par la machine en quelques secondes ?



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