C’est l’histoire d’un violon rendu à une famille, 86 ans après avoir été volé par les nazis. La restitution aura lieu demain, mercredi 7 octobre, à Paris. L’instrument avait disparu en 1940, dans un château de la Marne. Il a été retrouvé avant une vente aux enchères, identifié grâce à son numéro de série. Il a ensuite fallu retrouver les héritiers de son propriétaire.
Un instrument égaré, une vie retrouvée
Quand un violon n’a pas joué pendant longtemps, il risque de s’endormir. « Paris 1905, numéro 152 », lit Sarah Dayan, violoniste : celui-ci s’est assoupi il y a 86 ans. Volé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, il vient d’être retrouvé. La musicienne est la première à le réveiller. « Savoir que cet instrument sera joué par des musiciens qui vont pouvoir le faire sonner et le faire entendre, je trouve ça très beau », confie-t-elle.
Il a pourtant failli terminer dans les oubliettes de l’histoire. Sa nouvelle vie a commencé lors d’une vente aux enchères, sous le marteau du commissaire-priseur Étienne Laurent, spécialisé dans les instruments de musique. C’était il y a deux ans. Le violon lui a été apporté par un antiquaire. « Il l’a acheté un matin, sur une brocante, comme ça se fait beaucoup en France : pas de cordes, pas de chevalet. Donc, il est vraiment dans l’état dans lequel il a trouvé. On imagine que l’instrument est resté pendant de nombreuses années, peut-être dans un grenier », raconte-t-il.
Pas d’informations sur sa provenance. Pour vérifier qu’il n’a pas été volé, Étienne Laurent consulte une base de données spécialisée. Surprise : le violon apparaît sur le répertoire des biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale. « Violon de marque Caressa, fabriqué en 1905, numéro 152. » Les mêmes détails figurent sur une étiquette à l’intérieur du violon. « Avec ça, je me dis qu’il y a quand même de très fortes chances que l’instrument qui a été volé en 1940, [soit] l’instrument que j’ai dans les mains », se dit alors le commissaire-priseur de Vichy Enchères.
Une recherche passionnée pour l’histoire familiale
Immédiatement, il est retiré de la vente. C’est là qu’intervient Pascale Bernheim, de l’association « Musique et spoliations », spécialisée dans la recherche d’instruments spoliés. Elle enquête sur la piste du violon. En 1940, les Allemands occupent l’est de la France. C’est dans un château de la Marne qu’ils ont volé le violon. Ses propriétaires étaient une famille de mélomanes. « Tout à coup, à travers un morceau de bois ressurgit l’histoire d’une famille. Je trouve ça très beau et pour moi, c’est ça la récompense, quelle que soit la valeur de l’instrument », souligne-t-elle.
Les recherches mènent à Eugène Choubry, jeune prodige de la musique. Le violon spolié était à lui dans les années 1910. Parmi ses descendants, une arrière-petite-nièce, Clémence Houdart. Elle le connaît comme « ce grand-oncle un peu lointain, celui qui jouait du violon. » « J’ai appris plus en détail son histoire. Le fait qu’il était premier prix du conservatoire, qu’il était amené à avoir une grande carrière de musicien… », raconte Clémence. Une carrière brisée par la Première Guerre mondiale, Eugène meurt en 1917. La musique l’a accompagné jusqu’au bout. « Ce qu’on raconte dans la famille, c’est qu’il jouait de la musique dans les tranchées, pour ses camarades, entre deux assauts », explique-t-elle encore.
Après la mort d’Eugène, le violon est resté dans la famille avant d’être volé, puis oublié. Mercredi 7 octobre, il sera restitué aux descendants, pour qu’il résonne encore.