Et une de plus ! Les Misérables de Fred Cavayé, avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, en salles mercredi 14 octobre, viendra compléter la très longue liste des adaptations au cinéma du chef-d’œuvre de Victor Hugo. Chaque époque, chaque génération, a eu « ses » Misérables. La version fleuve d’Henri Fescourt, 8h30 de bobines muettes en 1925 ; les grands succès populaires de Jean Gabin et Bourvil dans le film de Jean-Paul Le Chanois en 1957 ou de Lino Ventura dans celui de Robert Hossein en 1982 ; la transposition au XXe siècle de Claude Lelouch avec Jean-Paul Belmondo en 1995. En tout, plus d’une cinquantaine de films recensés en France et à l’étranger.
Et c’est sans compter, sur les planches, le succès mondial de la comédie musicale d’Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg. Et de nombreuses pièces de théâtre, dont la première dès 1878 par Charles Hugo, le propre fils de l’auteur… Des peintres, des sculpteurs, des dessinateurs se sont aussi emparés de Valjean, Javert et Cosette : devenus des mythes, les personnages des Misérables ont séduit tous les arts. Avec plus ou moins de bonheur… Prestigieuses, mais méconnues, surprenantes ou totalement décalées : florilège des adaptations les plus insolites de la saga hugolienne.
Les frères Lumière, une version expéditive !
Le tour complet des Misérables en moins d’une minute ! La plus ancienne adaptation au cinéma est aussi la plus courte. Et pour cause : en 1897, quand les frères Lumière décident de rendre hommage à Victor Hugo, les pellicules ne permettent de tourner qu’environ 50 secondes de film. La contrainte semble insurmontable pour rendre compte d’un pavé de 3.500 pages !
Les deux frères, qui commencent à filmer des performances artistiques, ont l’idée ingénieuse d’un numéro de transformisme, très en vogue dans les cabarets de l’époque. Derrière la caméra, Auguste Lumière, ou l’un de ses opérateurs, filme donc un acteur qui utilise chapeaux et fausses barbes pour se métamorphoser. D’abord en Victor Hugo lui-même, puis en Jean Valjean, Monseigneur Myriel, Thénardier, et en inspecteur Javert. Et le tour est joué !
Bien sûr, le film Victor Hugo et les principaux personnages des Misérables reste avant tout une curiosité. Mais elle témoigne de l’attrait qu’exerce déjà l’œuvre de Victor Hugo sur un 7e art encore balbutiant. C’est le début d’une très longue histoire. Quinze ans plus tard, Albert Capellani réalisera la première adaptation complète des Misérables : 3.445 m de bandes, un film muet de plus de 6 heures, le plus long jamais réalisé à l’époque.
Jean Valjean au pays du Soleil Levant
Il n’y a pas qu’en France que le cinéma muet se passionne pour Victor Hugo. Avant même le film d’Albert Capellani, une première adaptation voit le jour au Japon dès 1910. Une œuvre aujourd’hui perdue. Mais un autre film, Ah ! Ah ! Mujo (Ah ! Quelle cruauté), réalisé en 1923, montre à quel point la tragédie hugolienne a trouvé très tôt sa place dans une société qui prône la vertu du gaman, littéralement la capacité d' »endurer ce qui semble insupportable avec patience et dignité ». Quelques bobines ont miraculeusement survécu au grand séisme qui a ravagé Tokyo l’année même de la réalisation du film.
Plus qu’une adaptation, c’est une véritable transposition dans le Japon de l’époque. Javert, moustache tombante, y devient un cruel tortionnaire de la police impériale et Jean Valjean, vagabond en haillons, y est incarné par une star du théâtre nippon. Comme tous les films muets projetés au Japon à cette époque, les séances de Ah ! Ah ! Mujo étaient accompagnées par un benshi, un artiste chargé de commenter les images en direct, de lire les intertitres et d’incarner les dialogues de tous les personnages. Au début des années 1920, les benshi étaient parfois plus célèbres que les réalisateurs ou les acteurs eux-mêmes.
Cosette en version Candy ou DaisyDuck
Grand et avantageusement musclé, Jean Valjean, capable de se transformer en lion au besoin, a des airs de Chevalier du Zodiaque. Et les immenses yeux larmoyants de Cosette rappellent forcément les interminables malheurs de Candy. Mais n’en déplaise aux puristes, cette version manga de 2015 en huit volumes signée Takahiro Arai, destinée à un public adolescent et basée sur une traduction japonaise classique, a été unanimement saluée pour son respect de l’œuvre originale. On y retrouve même les diatribes de Victor Hugo contre son temps. Autre preuve de la passion nipponne pour l’écrivain français, Les Misérables ont aussi fait l’objet d’un célèbre animé en 52 épisodes, diffusé en 2007. Mais jamais doublé en français !
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En France aussi, bien sûr, la BD s’est emparée du sujet. De la très fidèle fresque de René Giffe, parue dans l’hebdomadaire Tarzan de 1946 à 1949, à la version plus personnelle d’Eric Salch, le ton est globalement resté plutôt respectueux. Seul Disney s’est permis une version pour le moins décalée. Dans Le Mystère des chandeliers, paru en France en 1991, Les Misérables deviennent une chasse au trésor endiablée, avec une distribution prestigieuse : DaisyDuck incarne Cosette, Riri, Fifi et Loulou sont Gavroche et ses deux frères cadets, Pat Hibulaire fait un Thénardier convaincant et le rapace Oncle Picsou joue le rôle de son ancêtre « Valjeanjean ». Il fallait oser.
Cosette versus Thénardier : fight !
Eponine, Javert ou l’aubergiste Thénardier champions d’arts martiaux ; Cosette enchaînant les « combos » façon Tekken ou Street Fighter. La version baston en bord de Seine des Misérables s’appelle Arm Joe, probable déformation guerrière du titre du roman en japonais, Ah ! Ah ! Mujo !. Passé totalement inaperçu à sa sortie en 1998, ce jeu vidéo indépendant en 2D a été exhumé bien plus tard par des internautes incrédules.
Aux côtés des principaux personnages du roman, comme le révolutionnaire Enjolras devenu « Enjorlas » suite à une faute de frappe, on trouve quelques ajouts hilarants, comme « Robojean », version Terminator de Jean Valjean, ou le lapin Ponpon, jouet en peluche imaginaire de Cosette promu maître de kung-fu. C’est ce qu’on appelle une adaptation libre ! Son auteur, un certain Takase, a passé cinq ans à créer cette pépite parce que, dit-il, « il n’avait pas d’
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