Placée en redressement judiciaire début juin pour la cinquième fois en 20 ans, la verrerie Duralex passe sous le contrôle de l’entrepreneur Cédric Meston, qui a déjà repris Tupperware l’an dernier. Cette nouvelle chance pour Duralex a été officialisée par le tribunal le mercredi 14 octobre. En conséquence, cent cinquante-cinq emplois sont sauvés sur les 220 au total. Connue pour ses verres réputés incassables, l’entreprise avait été placée en redressement judiciaire le 1er juin, moins de deux ans après sa reprise par les salariés réunis en coopérative.
« C’est gagné ! Nous sommes les nouveaux propriétaires de Duralex », s’est félicité Cédric Meston, qui reprend la verrerie via sa holding Tomé. Meston, cofondateur de la start-up HappyVore (substituts végétaux à la viande), souligne la lourde responsabilité qui pèse sur ses épaules : « On fera tout pour être à la hauteur et que la société soit pérenne dans le temps. » Le milliardaire Xavier Niel, à travers sa holding NJJ Capital, est également associé à ce projet de reprise. Une autre offre, déposée par l’industriel stéphanois Carlesimo, proposait de reprendre 129 salariés, mais n’a pas été retenue compte tenu des enjeux sociaux et industriels.
Repositionnement vers de nouvelles gammes
Les 155 emplois repris sur le site historique de La Chapelle-Saint-Mesmin représentent plus de 70 % des emplois en CDI, soutenus par un plan de financement de 16 millions d’euros, dont 6 millions d’euros proviennent de soutiens publics, incluant des prêts des collectivités locales et des financements de l’État. Cédric Meston, âgé de 32 ans, prévoit un redimensionnement de la production et un repositionnement vers de nouvelles gammes « pour mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs ».
Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a salué dans un message « une nouvelle page de l’histoire de cette entreprise emblématique de notre savoir-faire industriel ». Il s’est également engagé à veiller à l’accompagnement des salariés qui ne seront pas conservés : « Pour Duralex, marque emblématique et historique, tout devait être fait. » Le président de la Région Centre-Val de Loire, François Bonneau, a également soutenu « la meilleure offre industrielle et sociale ».
Silham El Kasmi devient la nouvelle directrice générale de Duralex, après 23 ans d’expérience chez Saint-Gobain puis chez Saur. La décarbonation du site, dont la consommation d’énergie représente près de 20 % du chiffre d’affaires de Duralex, est une des priorités pour Cédric Meston. Le plan de la holding Tomé inclut également la conversion d’un four fonctionnant au gaz vers une technologie 100 % électrique d’ici 2029, ce qui devrait permettre de réduire considérablement les émissions de CO2.
Enquête judiciaire sur la précédente gestion
La décision du tribunal de commerce marque la fin du projet de coopérative qui, bien qu’ayant récolté 7 millions d’euros auprès des particuliers lors d’une levée de fonds organisée fin 2025, n’a pas pu assurer la pérennité de l’entreprise. Parallèlement, la société est placée sous enquête du parquet d’Orléans, sans précisions sur les chefs retenus. Des « opérations judiciaires » ont été menées le 3 septembre, y compris des perquisitions au siège de Duralex à La Chapelle-Saint-Mesmin.
L’ancien directeur général de la verrerie, François Marciano, et son fils Antoine, qui était directeur financier, pourraient être particulièrement impliqués dans la procédure. Leur avocat, Me Pierre Lalanne, a affirmé que ses clients « démentent toute implication dans d’éventuelles malversations ».