« Eugénie sous les bombes » est à la fois un récit familial, un document historique précieux sur la vie quotidienne pendant la Première guerre mondiale, et un parcours de femme très croyante et très libre à la fois.
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Avec Eugénie sous les bombes, Anne Percin donne une forme romanesque aux carnets de son aïeul, et fait de ce livre une histoire d’écriture. L’écrivaine explique qu’il s’agit pour elle de « finir le travail que son arrière-grand-père avait commencé en 1919 ». Il y avait chez cet homme « quelque chose de romanesque à vouloir écrire l’histoire de sa femme et j’avais l’impression d’une sorte de commande un peu fantomatique ».
Ces carnets, en effet, étaient toujours restés dans la famille mais avaient été oubliés. Il paraît logique à l’autrice qu’elle, la professeur de français, prolonge l’écriture de son aïeul maître d’école. Voici donc la vie de Charles et d’Eugénie, enfants de familles très modestes. Ils ne possèdent aucune terre, elle travaille comme bonne chez des ménages aisés. « On a un peu ‘romantisée’ cette profession, regrette Anne Percin, car il s’agit avant tout d’une forme d’exploitation. »
Sa liberté, Eugénie la trouve dans la foi, et Anne Percin en fait un personnage aux allures de Jeanne d’Arc. « Elle avait un côté un peu ‘sainte’ ce qui veut dire aussi un peu folle. Il faut un élément d’étrangeté pour en faire un personnage aussi courageux et aussi frondeur. » Or la religion et la foi rapprochent Charles et Eugénie, deux personnes qui auraient pu rester vieux garçon et vieille fille, et qui vont traverser ensemble avec leurs cinq enfants la Première guerre mondiale.
Charles est mobilisé, comme tous les hommes, même si ce n’est pas au front. Eugénie prend en charge le foyer dans leur campagne vosgienne. « C’est de la survie et du bricolage. Il se trouve que, fort heureusement, elle était aussi une sorte de Mac Gyver et parvenait à s’en sortir et à faire bouillir la marmite. »
Eugénie mène la guerre sur plusieurs fronts puisqu’elle est gravement malade et qu’elle ne trouve pas de médecin pour l’opérer. « Elle a été toute sa vie dans une posture de combat, c’était une femme assez douce par sa gentillesse mais prête au combat de la vie. » C’est aussi pour cela qu’Anne Percin l’admire, tout en refusant de se comparer à elle : « Je ne vise pas la sainteté ! »
Eugénie sous les bombes, d’Anne Percin, chez Buchet Chastel.