Trois ans après le mélancolique Maigret de Patrice Leconte, avec Depardieu dans le rôle-titre, Pascal Bonitzer signe une nouvelle adaptation de cette saga policière signée Georges Simenon, devenue culte. Maigret et le mort amoureux sort dans les salles le 18 février 2026.
Dans cette affaire, un ambassadeur à la retraite, Monsieur Berthier-Lagès, est retrouvé mort, dans son bureau, au petit matin, par sa gouvernante. En raison de la profession de la victime, le commissaire est convoqué au Quai d’Orsay, où on lui précise tout de suite que ce meurtre n’est lié à aucune affaire d’État.
Chez l’ancien ambassadeur, Maigret découvre une armoire remplie de milliers de lettres d’une correspondance amoureuse. Monsieur Berthier-Lagès entretenait depuis un demi-siècle une relation passionnée, mais platonique avec la princesse de Vuynes. Curieux hasard, son mari, le Prince de Vuynes, a lui aussi trouvé la mort deux jours plus tôt.
Le commissaire entame une enquête dans ce milieu d’aristocrates, essentiellement composé, bougonne-t-il, de « vieillards ». Il interroge les membres des deux familles. La princesse dans son hôtel particulier, un neveu de l’ambassadeur, antiquaire et austère, son ex-femme, qui en fait un portrait inquiétant, ou encore le fils de la princesse, qui cache lui aussi des secrets inavouables.
Peu à l’aise dans ce milieu qui lui est étranger, Maigret est moins embarrassé avec la gouvernante, une femme dévote, énigmatique, qui ne lâche rien. Perdu dans des conjectures qu’il partage le soir en rentrant avec sa femme Louise, le commissaire finit par découvrir la vérité, presque par surprise. Mais est-ce vraiment la vérité ?
Imaginé sous la plume de Georges Simenon, le personnage de Maigret est, entre 1929 et 1972, le héros de 75 romans et d’une trentaine de nouvelles. Simenon lui a même écrit des Mémoires, publiés en 1951. Maigret est ensuite devenu, très vite, un héros de cinéma et de télévision, porté à l’écran en France, mais aussi à l’étranger, de l’Allemagne à l’Italie, en passant par les États-Unis ou le Japon.
Le voilà de retour. Dans cette nouvelle adaptation, on retrouve l’univers, le rythme (tranquille), et tous les marqueurs des aventures et du personnage : les silences, les formules du commissaire, sa pipe, les bons petits plats de sa femme… C’est confortable, ça pourrait être ennuyeux.
Mais le réalisateur a effectué quelques pas de côté qui donnent au commissaire, pourtant entouré de vieillards dans cette enquête, un petit coup de jeune. Pascal Bonitzer a d’abord choisi de situer l’action dans un temps que Maigret n’a pas connu. Malgré ce saut dans le temps, le film garde une tonalité désuète – soulignée par la lumière, les couleurs – qui sied à Maigret. Ce mariage entre une certaine nostalgie et une note de modernité, discrète mais suffisamment présente dans les décors et les costumes, installe cette enquête dans un temps suspendu.
Cette transposition dans le temps souligne également le décalage avec leur temps des aristocrates croqués par Simenon. « Il y a une sorte de feuilleté des temps, des époques, qui fait que le spectateur peut avoir le sentiment de l’intemporel, de quelque chose qui s’éternise et en même temps, de quelque chose qui change, sans qu’on sache trop quoi », estime Denis Podalydès dans un entretien à franceinfo Culture.
L’autre bonne idée est d’avoir choisi pour incarner ce personnage iconique un comédien qui n’a pas du tout le physique du personnage. On est loin de ce Maigret « massif », « énorme et osseux », « des muscles durs » qui « déforment ses pantalons les neufs ». Après Pierre Renoir, Michel Simon, Charles Laughton, Jean Gabin, Jean Richard, Bruno Cremer – tous des armoires à glace – c’est Denis Podalydès, de la Comédie-Française, qui enfile à son tour le pardessus et fume la pipe de Maigret.
Dépourvu d’embonpoint, le comédien s’empare du rôle avec d’autres atouts. Débarrassé de sa carrure, le personnage peut révéler plus clairement son tempérament, taiseux, à l’écoute mais opiniâtre, sensible mais autoritaire, et « cette façon bien à lui de se camper quelque part ».
Denis Podalydès apporte à Maigret sa fantaisie, sa malice, et une note discrète de second degré et d’autodérision, offrant une version tendre, moins chargée en testostérone, plus moderne, du personnage. La carrure de Maigret n’est d’ailleurs pas totalement gommée, suggérée par la prestance imposante de son adjoint Janvier, incarné par Manuel Guillot.
Louise, l’épouse du commissaire, personnage central des romans de Simenon, revisité par Irène Jacob, apparaît sous un jour plus sexy. Moins convenue, plus équilibrée, décoincée, cette relation de l’inspecteur avec son épouse donne elle aussi une couleur inédite au personnage de Maigret.
Le casting est complété par Anne Alvaro, dont l’interprétation à l
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