Alors qu’on a appris cette semaine qu’il y avait eu plus de morts que de naissances en France en 2025 – une première depuis la Seconde Guerre mondiale – voici un livre qui s’intéresse à la question du désir d’enfants, ou plutôt à l’absence de désir d’enfants chez certaines femmes, et au regard qui pèse sur elles.
L’image de la femme seule avec ses chats
Aujourd’hui encore, ces femmes se voient régulièrement prédire un destin tragique : finir « seules avec leurs chats ». L’expression a été employée par l’actuel vice-président américain JD Vance, il y a 5 ans dans une interview, alors qu’il s’en prenait à ses adversaires démocrates : « Les États-Unis sont dirigés par une bande de femmes à chats, sans enfants, qui ont raté leur vie et qui veulent donc que le reste du pays soit aussi malheureux qu’elles. »
Une dimension politique du jugement
Cette déclaration, citée par Charlotte Debest, montre bien à ses yeux la dimension politique du jugement porté sur ces femmes. Quelle menace peuvent-elles représenter pour susciter une telle haine ? Ce qu’elles menacent, selon la sociologue, c’est d’abord la représentation d’un désir d’enfants qui serait « naturel ».
Les attentes sociétales et la maternité
Des scientifiques, des philosophes, depuis l’Antiquité, s’échinent à démontrer que la maternité est pour une femme « le but suprême de sa vie terrestre », comme le disait un professeur de médecine au XIXe siècle. Cette image est encore très présente. On le comprend avec le témoignage d’une femme citée dans le livre, qui dit se sentir parfois « monstrueuse » aux yeux des autres quand elle déclare ne pas vouloir d’enfants.
Stigmatisation et négligence
D’ailleurs, l’image de la femme seule avec ses chats reflète aussi celle d’une femme qui se néglige, qui est moins douce, moins aimable. C’est une femme « qui ne se met pas en position d’être aimée, protégée par un homme », nous dit Charlotte Debest, et c’est sans doute cela surtout qui lui vaut d’être stigmatisée.
L’illusion du bonheur avec un homme
Ce qui est sous-entendu, avec cette image de femmes qui finiront seules et malheureuses avec leurs chats, c’est que « quelles que soient leurs relations avec leurs amies, leurs collègues, leurs neveux ou leurs nièces », comme l’exprime Charlotte Debest, ces femmes seraient condamnées au malheur par l’absence d’un homme à leur côté.
Une vie pleine en dehors du cadre conventionnel
Pourtant, ces femmes montrent au contraire, selon la sociologue, que « l’on peut trouver un sens à sa vie en dehors du cadre familial conventionnel », celui du mariage et de la parentalité. Et à ceux qui rejettent cette émancipation, elle suggère plutôt de se pencher sur les inégalités sociales et économiques induites par le modèle traditionnel, des inégalités entre hommes et femmes qui peuvent expliquer ce choix d’une vie sans enfants.