Direction l’île de la Réunion dans le village de Cilaos, un cirque naturel, berceau d’un magnifique vignoble. Olivier et sa compagne, Bordelais et vignerons, ont apporté un souffle nouveau à la culture des vignes.
Un patrimoine viticole renaissant
C’est l’un des endroits les plus célèbres de La Réunion : le village de Cilaos, encerclé par les montagnes et le volcan du Piton des Neiges, point culminant de l’île. C’est dans ce décor à couper le souffle qu’est installé le plus haut vignoble de France : des vignes plantées par les premiers colons il y a environ 300 ans. Il y a encore quelques années, la production viticole de Cilaos était à l’arrêt.
Si les vendanges ont repris, c’est en partie grâce à Olivier Cadarbacasse (vin « Ladilafé »). Le vigneron s’est lancé un défi : faire du vin sur son île natale. « J’ai deux passions dans la vie, mon île natale, La Réunion, et le vin depuis 25 ans, même un peu plus. Donc pour moi, c’était évident de ne pas laisser mourir ce patrimoine-là à La Réunion. Et si on n’était pas revenus, on aurait dû arracher ces vignes, et ça aurait été vraiment une catastrophe« , confie-t-il.
La montée en puissance des viticulteurs
Aujourd’hui, une quarantaine de viticulteurs, comme Jean-Michel Hoareau, peuvent à nouveau récolter et vendre leurs raisins, parfaitement adaptés au climat de Cilaos. « On est à 1 200 mètres d’altitude, donc comme en métropole, il faut une température qui descend pour que la sève puisse remonter ensuite. Historiquement, c’est depuis des années et des années que le vin se fait à Cilaos. C’est une tradition« , raconte le vigneron. Ensemble, ils font revivre ce patrimoine, pour le plus grand plaisir des vendangeurs qui viennent travailler ici bénévolement.
Olivier a quitté Bordeaux (Gironde), où il était installé. Pour le fils de vigneron, ce projet est l’aboutissement d’une vie. « Obélix, il est tombé dans la potion, moi je suis tombé dans le vin. J’ai eu une chance de fou de pouvoir exercer ma passion dans un décor aussi magnifique. D’avoir un bureau comme ça, à ciel ouvert, c’est pas donné à tout le monde« , s’enthousiasme Olivier Cadarbacasse.
Une production en pleine expansion
Le raisin est vinifié au chai de Cilaos. Le bâtiment est d’époque, inauguré pour la première fois en 1992. En 2016, le vignoble ferme pour faute de moyens financiers. C’est là qu’Olivier intervient. Aujourd’hui, le chai tourne à plein régime. Les viticulteurs défilent pour livrer leurs cargaisons. Chaque agriculteur est payé au poids. Le raisin est ensuite trié et pressé. À ses débuts en 2019, l’entreprise produisait 6.000 litres de vin, c’est 50.000 aujourd’hui. « En ce moment, avec les employés, on a quand même pas mal de temps de travail, des grosses journées à se charger, mais bon, on continue à garder le sourire quand même« , lance Olivier.
De ces cuves sortent du blanc, du rouge ou du rosé, vendus dans les restaurants des environs ou dans la cave d’Olivier, qui propose des dégustations aux touristes. Cilaos accueille chaque année 200.000 visiteurs. Ce jour-là, dégustation d’un blanc sec, à 14 euros. « Il est fruité, très fruité. Pas d’acidité, pas trop minéral, moi j’ai un peu de mal avec les vins très minéraux. Et là, je le trouve fruité. On sent le soleil dedans« , confient deux amatrices.
Une aventure familiale
Ce succès, Olivier le doit aussi, et surtout, à sa famille, car il ne s’est pas lancé seul dans cette aventure. Sa compagne, Véronique Bogenezn, codirige leurs deux vignobles à Bordeaux et à Silaos. Une passion pour le vin qu’ils ont aussi transmise à leur fille, qui suit des études d’œnologie. « J’avais pas du tout prévu de faire ça. J’ai vu que c’était vraiment intéressant. Du coup, ça me plaît, et j’adore ça« , dit-elle. « On est vraiment des passionnés. On fait ça vraiment parce qu’on aime ça. Si tes parents arrivent à te transmettre leur passion à leurs enfants, tout est gagné« , se réjouit de son côté sa mère.
La famille a aussi dû convaincre les habitants de Cilaos. À la fin des vendanges, chaque année, un grand repas est organisé pour réunir tous ceux qui contribuent de près ou de loin au projet. « Le vin était mort pendant un temps, et on l’a relancé. Donc c’est une grande fierté« , glisse Véronique. La légende dit que le vin se marierait même parfaitement avec l’un des plats typiques de La Réunion, le cari. Pari tenu pour les vignerons de Cilaos.