Dix ans après l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, les blessures psychologiques restent profondes pour de nombreux enfants qui ont vécu l’attaque. Grâce à un accompagnement de longue haleine, certains parviennent peu à peu à se reconstruire, tandis que d’autres poursuivent encore leur combat contre le traumatisme.
Une lutte quotidienne contre l’angoisse
Dompter ses angoisses et revenir sur la promenade des Anglais. Pour Rose, 11 ans, et sa mère, il est impensable de déserter cet endroit qu’elles aiment tant et de laisser le souvenir de l’attentat l’emporter. Aujourd’hui, la petite fille surmonte le traumatisme. « Avant, c’était difficile de gérer le stress, mais maintenant, ça va mieux », assure-t-elle. « Il y a dix ans, elle avait beaucoup de colère. Aujourd’hui, c’est une jeune fille qui a grandi, qui est apaisée, qui a davantage de sérénité », explique Marjorie, sa maman.
Les effets traumatiques de la violence
Ce 14 juillet 2016, à la fin du feu d’artifice, Rose est endormie dans sa poussette. Quand le camion fond sur la promenade, la panique s’empare de la foule. Plusieurs passants qui cherchent à fuir trébuchent sur la poussette et tombent sur la petite fille. Rose a trois ans lorsque nous la rencontrons pour la première fois. Depuis l’attaque terroriste, elle est victime d’angoisse et sujette aux colères. Elle ne grandit pas sereinement. À l’hôpital Lenval, l’équipe pédo-psychiatrique l’accompagne pour que le stress post-traumatique ne prenne pas le pas sur son développement. « Les symptômes sont simples. Des troubles du sommeil, c’est omniprésent. Des besoins d’avoir une maman collée en permanence. Des difficultés pour un enfant à mettre en place le langage. Des difficultés à la découverte et à l’exploration du monde », détaille le docteur Michèle Batistta, psychiatre. En 2022, Rose a grandi, mais elle vient toujours une fois par mois pour son suivi à l’hôpital. Et les interrogations sont nombreuses. À sept ans, elle ne comprend pas pourquoi le terroriste a été abattu.
Un bilan tragique
C’est à Nice que l’enfance a payé le plus lourd tribut à la barbarie terroriste. Sur 86 morts, 13 étaient des petits ou des adolescents. De nombreux enfants ont été blessés ou endeuillés. L’hôpital Lenval a réalisé l’urgence de prendre en charge ces jeunes victimes. 10.000 patients ont été reçus. Plus de 1.000 ont été suivis régulièrement pendant dix ans. C’est le cas de Léna. Elle avait 13 ans au moment de l’attentat. Elle a perdu sa meilleure amie ce soir-là. Avec les commémorations qui s’annoncent, elle ne trouve plus le sommeil. « Ces derniers temps, c’est comme si j’avais peur de fermer les yeux. J’avais peur de m’endormir et de ne jamais me réveiller. La nuit, je cogite trop. Et là, mon anxiété, je sens qu’elle peut revenir, mais à vive allure », confie-t-elle.
Un chemin difficile vers la guérison
Au lendemain de l’attentat, Léna, en état de choc, a dû être hospitalisée deux semaines. Après plusieurs années de suivi régulier, elle a réussi à aller mieux. Mais depuis un mois, elle se sent vaciller. « Je ne suis plus la même. C’est clair. J’en ai marre d’inquiéter les gens autour de moi. Et j’en ai marre qu’on pense à tort que je suis quelqu’un qui, possiblement, est faible », déplore-t-elle. Mettre des mots sur ces émotions fortes qui, parfois, envahissent Léna, endeuillée par la mort de sa meilleure amie. « Je pense que quand on a vécu ce genre de choses, la première chose qu’on recherche, c’est l’apaisement et la sérénité. Tout ce que je fais au quotidien dans ma vie, c’est pour atteindre ce rêve. D’être sereine », souligne-t-elle, émue. « C’est un travail sur l’attachement, sur comment on gère le manque derrière, comment on peut renouer des relations quand on a été de manière précoce exposé au décès de quelqu’un qu’on aimait », analyse Morgane Gindt, psychologue – coordinatrice au Centre d’Évaluation Pédiatrique du Psychotraumatisme à l’Hôpital Lenval.
Regarder vers l’avenir
Pour l’instant, Léna éprouve encore le besoin d’être accompagnée psychologiquement. Rose, elle, a eu son dernier rendez-vous. Sa psychiatre estime qu’elle est prête à s’en sortir par ses propres moyens. « Elle m’a dit que je devais accepter ces émotions-là, que je devais avancer avec et que je devais avancer seule », explique la fillette. « Ça a été difficile de se dire : ‘Comment on va faire et quel va être l’après ? Et est-ce qu’il va être aussi beau que l’avant ?’. Et finalement, on y arrive », se réjouit sa mère. Désormais, regardant loin pour grandir forte et sereine.