TÉMOIGNAGES. Lalcool est la seule drogue qui peut conduire à la mort lors du sevrage : des






Centre Louis-Sevestre

À La Membrolle-sur-Choisille, en Indre-et-Loire, le Centre Louis-Sevestre accueille depuis plus de 60 ans des patients venus se sevrer de l’alcool. Chaque semaine, de nouveaux arrivants découvrent ce lieu unique en France, où cure longue, ateliers et suivi médical rythment le quotidien. Élodie, Lilian, Catherine, Philippe et Franck racontent leur descente aux enfers et les premiers pas vers l’abstinence.

Le témoignage des patients

Au Centre Louis-Sevestre, les plus anciens accueillent les nouveaux. Élodie, hospitalisée depuis trois mois, guide Lilian et Catherine, fraîchement sorties d’une semaine de sevrage complet, passées dans une chambre sans pouvoir en sortir. « Ça fait trois mois que je suis ici« , explique-t-elle en se présentant aux nouveaux venus. « Je pars vendredi prochain mais j’ai le plaisir de vous faire visiter les lieux. »

C'est le jour du départ pour Élodie.
C’est le jour du départ pour Élodie. • © Corinne Bian Rosa/ France Télévisions

Elle leur montre le couloir où se trouvent les bureaux des médecins, le réfectoire, les ateliers et la salle commune. Élodie sortira dans quelques jours, après une descente aux enfers.

J’ai fait une tentative de suicide alors que j’étais alcoolisée… et pas qu’une seule fois. Je devenais incontrôlable avec l’alcool.

Élodie, patiente du Centre Louis Sevestre

Les patients viennent ici de leur plein gré, mais doivent participer chaque jour aux ateliers. Philippe, originaire du Sud-Ouest, a choisi la menuiserie.

Philippe en salle de musculation au Centre Louis Sevestre.
Philippe en salle de musculation au Centre Louis Sevestre. • © Corinne Bian Rosa/ France Télévisions

Il raconte son parcours marqué par les rechutes :

La première fois, ça a été une obligation de soin suite à un accident de moto. La deuxième fois, après un licenciement. Et là, pour ma troisième cure, c’est suite à une séparation…

Philippe, patient du Centre Louis Sevestre

Chaque semaine, des groupes de parole sont animés dans les ateliers. Franck, venu d’Angers, travaille dans l’atelier des arts décoratifs où il fabrique des cartes de vœux en papier recyclé, dans lesquelles il insère des graines. Un clin d’œil à son ancien métier de créateur de variétés de fleurs.

Franck à l'atelier arts décoratifs.
Franck à l’atelier arts décoratifs. • © Corinne Bian Rosa/ France Télévisions

Il a mis longtemps à accepter sa maladie.

Moi je buvais en cachette… J’avais de l’imagination. Il y a des jours, je ne me souvenais même plus où je planquais les bouteilles. J’en retrouvais dans les hortensias, sous la tondeuse… C’était ça ma vie.

Franck, patient du Centre Louis Sevestre

L’hôpital Louis-Sevestre compte 110 lits. Les cures durent jusqu’à trois mois, une exception en France. Huit médecins prennent en charge chaque patient individuellement et animent aussi des réunions collectives.

Le docteur Isabelle Gabriel rappelle la réalité des ravages de l’alcool. « Un homme alcoolique fera une cirrhose en 10 ans s’il boit une bouteille de vin par jour« , explique-t-elle. « Une femme, c’est en 5 ans seulement. » Et dissipe une idée reçue : « l’alcool est la seule drogue qui peut conduire à la mort lors du sevrage. Ni l’héroïne, ni la cocaïne. L’alcool, oui.« 

Chaque matin, passage obligatoire à l’infirmerie. Franck rencontre le docteur Gabriel pour son entretien de mi-parcours : il est hospitalisé depuis 60 jours et en est à sa cinquième cure. L’alcoolisme étant une maladie chronique très récidivante, la rechute fait partie du processus de guérison. Tout comme le fait de parler, de verbaliser ce que l’alcool a détruit.

Il a tout détruit : la sphère familiale puisque mes enfants ne veulent plus me voir, ma femme demande le divorce… C’est ma vie qui est gâchée. Je sais que j’ai pris mon dernier verre. C’est malheureux… il faut aller dans le mur.

Franck, patient du centre Louis Sevestre

Élodie termine sa première cure et se prépare à sortir.

Ça me fait peur de sortir. Reprendre une vie normale sans alcool, ça va être une nouvelle vie. Je vais redécouvrir une vie que je n’ai pas connue.

Élodie, patiente du Centre Louis Sevestre

Le matin du départ, sa chambre est remplie de valises. Elle sort une photo prise à son arrivée : le visage bouffi, le teint rouge. Elle la glisse dans un petit cercueil noir réalisé en atelier, comme un symbole.

Dehors, ses parents l’attendent. Ils s’étreignent. Son père lui murmure : « C’est le premier jour du reste de ta vie.« 

L’alcoolisme est une maladie qui touche toutes les catégories sociales, tous les âges et qui continue de faire des ravages à bas bruit, si dramatiquement banale qu’on a fini par s’y habituer. En oubliant presque qu’en France elle est à l’origine de près de 50.000 décès par an.



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