Un documentaire en deux parties, intitulé « Mao, le dernier empereur », est diffusé sur France 5 dimanche soir. Il est déjà disponible sur france.tv.
Portrait de Mao Zedong
Son portrait trône en majesté depuis plus de soixante-dix ans au cœur de la Cité interdite, sur la place Tiananmen, à Pékin. Toujours célébré par ses successeurs à la tête de la République populaire de Chine et une partie de la population chinoise, Mao Zedong est pourtant le fondateur d’un régime dictatorial totalitaire. Selon les estimations des historiens, la Révolution culturelle qu’il a initiée est responsable de la mort de dizaines de millions de personnes.
Un documentaire révélateur
Un documentaire en deux parties, réalisé par Serge de Sampigny et diffusé dimanche 13 septembre à 21h05 sur France 5, relate l’ascension du « Grand Timonier ». Ce documentaire tente également d’en décrypter ses multiples facettes. A la fois redoutable chef et habile stratège, il gravit les échelons de l’appareil politique communiste, impose son pouvoir sans partage ni merci et lance des réformes considérables, façonnant à marche forcée une nouvelle Chine, puissance militaire et économique. Un « Grand Bond en avant », à coups de purges, de propagande, de censure, de camps de travail, de massacres et d’épuration.
Les débuts du Parti Communiste Chinois
En 1921, le Parti communiste chinois est créé par une petite poignée d’hommes, soutenus par les bolcheviks victorieux des révolutions russes de 1917. Parmi les fondateurs, un certain Mao Zedong, âgé de 28 ans, chef à l’époque d’une province reculée du pays. Au fil des années, et dans la clandestinité, il se constitue une véritable petite armée appelée « les rouges », retrace le documentaire. On y retrouve Liu Shaoqi et Zhou Enlai, qui seront respectivement son futur président de la République et son futur Premier ministre.
Les réformes de Mao
Dans les années 1930, ils s’installent dans les montagnes de la province de Yan’an, dans des habitations troglodytes, qui ont été depuis sanctuarisées, et que l’on peut désormais visiter. C’est dans ces lieux, devenus le centre névralgique de sa révolution, que Mao pose les bases d’une de ses futures réformes phares : la dépossession des terres des riches propriétaires au profit des petits paysans, dont il prône la libération.
« La révolution n’est pas un dîner de gala, c’est le remplacement d’une classe sociale par une autre », selon la formule qui lui est attribuée. À cette époque, plus de 80 % de la population chinoise est rurale, souligne le documentaire. Avant même son accession au pouvoir en 1949, Mao Zedong n’hésite pas à faire assassiner des centaines de notables des campagnes, considérés comme des exploiteurs, et à redistribuer leurs terres aux plus pauvres, s’attachant ainsi une frange de la population qui lui sera pour longtemps redevable.
La mentalité de haine
« La haine et rien d’autre », résume l’ancien communiste et écrivain Wang Ji, aujourd’hui réfugié à l’étranger. « On nous abreuvait de haine de classe (…) À l’époque, on ne pensait pas beaucoup à la bonté de l’humanité. L’humanisme, la bonté humaine, cela a été critiqué tout au long de la période. Toute cette lutte a été bâtie sur la haine et il est très difficile de s’en débarrasser. »
La stratégie de Mao durant la guerre
Aux graines de la haine que Mao Zedong s’emploie à semer parmi ses partisans s’ajoute son sens aigu de la stratégie. À la faveur de l’invasion du Japon en Chine, qui débute en 1937, Mao décide de s’associer à son grand ennemi, Tchang Kaï-chek, dirigeant du Kuomintang, le parti nationaliste chinois, qui contrôle l’essentiel du pays et contre lequel il mène une guerre civile depuis des années. Une alliance de façade, car plutôt que de combattre l’envahisseur nippon avec son principal adversaire, Mao voit dans ce conflit une opportunité d’anéantir les forces de celui-ci et de s’emparer de l’Empire du milieu.
« On peut dire que Mao, pendant la guerre de résistance contre le Japon, s’est arrangé avec l’armée japonaise. L’ennemi de Mao n’était pas l’armée japonaise, mais Tchang Kaï-chek », souligne Endo Homare, historienne japonaise ayant vécu jusqu’en 1953 dans le nord de la Chine. Il voulait vaincre Tchang Kaï-chek, il voulait le pouvoir. » Mao, en fin tacticien, ménage son armée afin qu’elle demeure suffisamment forte pour combattre ensuite son ennemi de l’intérieur, note le documentaire.
La fin de la guerre sino-japonaise
La guerre sino-japonaise prend fin en 1945 avec la capitulation du Japon, à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Mao Zedong, alors considéré comme « le libérateur de la Chine », intéresse les délégations étrangères, et plus particulièrement les Américains, qui se pressent pour le rencontrer et qui l’obligent à se réconcilier avec Tchang Kaï-chek, qui domine toujours le pays. Un rapprochement qui sera de courte durée, car, quelques mois plus tard, la guerre civile entre les deux factions reprend sous l’impulsion de Mao.
La cruauté de Mao
Grâce à Staline, les communistes ont récupéré l’armement des Japonais, confisqué par les forces armées russes qui ont envahi en août 1945 la Mandchourie, et sont bien décidés à utiliser ces armes providentielles afin de faire tomber définitivement les bastions nationalistes. L’extrême cruauté de Mao se fait alors jour en 1948, lors du siège de la ville de Changchun et ses 600.000 habitants. Afin de contraindre la population à se plier à la domination communiste, il décide de l’affamer et d’en faire une ville morte, selon ses propres mots.
L’historienne Endo Homare, qui y vivait enfant avec ses parents, témoigne de l’horreur. « J’étais vivante, mais mon corps commençait à se dégrader, se souvient-elle. Ma chair tombait (…) On a mangé les feuilles d’arbre, et certains ont commencé à manger des écorces (…) Les gens tombaient d’épuisement et alors les chiens les mangeaient. Et les gens mangeaient aussi les chiens. À la fin, il y avait un marché de chair humaine à Changchun. » Entre 100.000 et 200.000 habitants meurent de faim. En 1949, Mao Zedong accède enfin au pouvoir et engage des réformes d’ampleur qui dessineront la République populaire de Chine.
Diffusion du documentaire
La série documentaire Mao, le dernier empereur est réalisée par Serge de Sampigny et diffusée dimanche 13 septembre à 21h05 sur France 5. Elle est également disponible sur la plateforme france.tv.