Le romancier québécois, d’origine haïtienne, est soupçonné d’avoir écrit son roman, « C’était ça ou mourir », avec l’aide de l’intelligence artificielle. Originellement en lice pour le Goncourt, l’académie a décidé de supprimer l’œuvre de sa sélection.
Publié le 26/09/2026 à 08:05
Temps de lecture : 3 min
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À 16h53 le 12 janvier 2010, la terre tremble en Haïti avec un séisme de magnitude 7,3. Thélyson Orélien, qui à l’époque habite Port-au-Prince, la capitale, n’est pas chez lui. Il est chez les sœurs du côté de l’église Saint-Antoine-de-Padoue et, par miracle, il se retrouve dans un bâtiment qui ne s’effondre pas. Il y était venu pour avoir accès à internet.
Ce jour-là, Thélyson Orélien est donc sauvé par internet et par la poésie, car il a sur lui Étincelles et Gerbes de sang, les deux premiers recueils de René Depestre, célèbre auteur haïtien. Sa maison étant détruite, il passe la nuit dehors, devant l’église, le livre entre les mains. La poésie l’aide à « tenir », dit-il, et très vite, il décide de partir.
« J’ai compris que s’il fallait reconstruire les murs, il fallait aussi me reconstruire moi-même. En voyant la réalité, je me suis dit : ‘la reconstruction d’une nouvelle Haïti, ce n’est pas pour bientôt’. »
Thélyson Orélien à France Inter
Il choisit le Canada parce qu’il a de la famille là-bas. Une étape en République dominicaine et le voilà à Montréal, au Québec. En Haïti, il a suivi des études de droit, il poursuit avec de l’économie et de la science politique, et il est déjà écrivain à l’époque. Petit, c’est sa mère, qui est aussi son institutrice, qui l’incite à se lancer. À 19 ans, il remporte, en Suisse, un prix prestigieux de littérature.
Quant à la lecture, elle arrive tôt à la maison, où l’on parle le français et le créole. Le programme imposé par son père est strict, tous les matins, le petit Thélyson lit plusieurs chapitres de la Bible. En 2017, à Montréal, il a 29 ans et il a déjà en tête d’écrire sa propre histoire quand un événement vient tout basculer. Une foule de demandeurs d’asile, en grande majorité d’origine haïtienne, fuient les États-Unis de Donald Trump et se réfugient au Stade olympique de la ville. Devenu journaliste, Thélyson Orélien part à leur rencontre. « Dans un premier temps, je voulais faire un reportage, un reportage qui peut-être allait durer quelques heures, dit-il à Brut. En les écoutant, je me suis dit, ‘il faut créer quelque chose, il faut lier mon histoire aux histoires de ces gens. Pourquoi on part ? On part, parce qu’on ne peut plus rester' ».
C’est l’élément déclencheur. Thélyson Orélien veut se documenter davantage. Il explique avoir traversé la frontière, direction l’état de New York, l’Ohio, le Michigan et l’Indiana pour écouter d’autres réfugiés. Il entame son roman C’était ça ou mourir où il fusionne son histoire à celles qu’il a recueillies.
Jonas Dorléon, le narrateur, jeune professeur d’histoire-géographie, quitte lui aussi Haïti. De la République dominicaine aux États-Unis, en passant par le Brésil, la Colombie et le Mexique, son parcours est semé d’embûches et d’humiliations. Il termine lui aussi au Québec et les deux hommes ont en commun, entre autres, la violence du départ. « C’est mon histoire dans l’émotion, dans ce que moi aussi j’ai vécu, parce que j’ai vécu une sorte d’exil, raconte-t-il sur le plateau de la Grande Librairie sur France 5. J’ai connu cette dépossession, le fait de quitter mon pays parce que l’exil, c’est aussi laisser sa langue, ses habitudes, laisser tout ce qu’on a aimé pour aller vers l’inconnu, faire d’autres choix ».
Quant au racisme, une fois arrivé à destination, l’auteur écrit dans son livre : « À la télé un jour, à Radio Canada, un expert dit : ‘Il faut savoir qui paie pour ces gens-là’. Et j’ai crié dans ma chambre : ‘Moi ! Je paie ! Je paie avec ma honte, mon attente, ma fatigue, mon silence' ».
Thélyson Orélien a-t-il écrit ses lignes ? L’intelligence artificielle a-t-elle travaillé à sa place ? Devant l’ampleur de la polémique, le romancier finit par réagir, dans le quotidien Libération notamment. « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, assure-t-il. Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine ». Il ajoute que depuis qu’il est arrivé en France, il subit « de nombreuses attaques racistes », mais qu’il ne s’attendait tout de même pas à ça.