Bicentenaire de la photographie : la collection Pinault met en lumière lévolution des images à






Exposition « Remember Me » à la Bourse de commerce

Le territoire de la photographie en deux siècles est immense. Noir et blanc et couleur, documentaire et artistique, argentique et numérique, portrait, nature morte, paysage, figurative et abstraite. En quatre expositions dans un même lieu, la Bourse de commerce expose une vision richissime et un immense panorama de ces 200 ans du médium. Quatre expositions pour quatre manières de capturer ce monde. À partir du 7 octobre.

1. Barbara Kruger investit la rotonde

Avant de pénétrer dans l’exposition, au-dessus des portraits de Richard Avedon et d’Andy Warhol, le visiteur est invité à réfléchir à une citation de Dorothea Lange : « Un appareil photo est un outil qui permet d’apprendre à voir sans appareil photo. » Les 900 images présentées pourraient donc être une leçon de l’histoire du regard, mais paradoxalement, tout commence par des mots.

Portrait d’Andy Warhol par Annie Leibovitz dans l'exposition 'Remember Me'.
« Portrait d’Andy Warhol » par Annie Leibovitz dans l’exposition « Remember Me ». (CHRISTOPHE AIRAUD / FRANCE TELEVISIONS)

Ceux de Roland Barthes, George Orwell et Aimé Césaire rassemblés par Barbara Kruger en ultra grand format dans la rotonde de la Bourse. Deux écrans eux aussi géants projettent des portraits en vidéo qui, lancinants, parlent de désir, de violence et de peur. Matthieu Humery, commissaire de l’exposition, insiste sur une installation, The History of Tears, « qui associe écriture et écrans tel que Barbara Kruger sait comme nulle autre le faire. Elle interroge le pouvoir des mots et des images. » Depuis quarante-cinq ans, l’artiste conceptuelle américaine mêle et détourne les slogans, les injonctions de la société de consommation avec des images publicitaires ou d’information.

"The History of Tears" de Barbara Kruger.
« The History of Tears » de Barbara Kruger. (FLORENT MICHEL)

Le titre de l’exposition Remember Me est aussi tiré de l’œuvre de Kruger. Matthieu Humery laisse le choix de la traduction entre souviens-toi de moi ou te souviens-tu de moi ?. Titre pour résumer la mémoire que porte chaque image en elle. Ce que résume pour Franceinfo Culture, Emma Lavigne : « Je crois qu’il y a quelque chose dans cette collection, chaque image réactive la mémoire. La mémoire, pas uniquement de l’ici et maintenant, mais une mémoire qui est aussi celle des différentes décennies de la vie d’un collectionneur de 90 ans aujourd’hui.« 

2. L’immensité d’Irving Penn

Poursuivons vers ce qui pourrait être la rétrospective Irving Penn, nommée Le Monde selon Penn. Accrochage audacieux pour près de 450 images. Soixante-dix ans de travail sur les murs circulaires de la Galerie 2. Que regarder ? Comment ne pas s’éblouir d’un trop de trop ? Il y a ici Marcel Duchamp photographié comme une nature morte. Des natures mortes composées comme des photos de groupe. Des célébrités, Cocteau, Bacon côtoient des tournesols fanés. Toute l’étendue du talent de Penn finit par surgir des cimaises. Prendre le temps, dans ce fouillis, de déceler l’image qui vous interpelle. C’est une immersion.

"Le Monde selon Penn".
« Le Monde selon Penn ». (FLORENT MICHEL)

Irving Penn, né en 1917, est américain et photographe de mode, portraitiste sobre, maître de la photo de studio, composant ses images avec une acuité rare. Tellement précis qu’il dessinait un croquis avant la prise de vue. Il travaille avec Dior ou Balenciaga, Saint Laurent ou Issey Miyake. L’épure est son style et aucune des 450 images ne déroge à la règle. Le magazine Vogue était son terrain de jeu, il forme un duo avec Alexander Liberman, le célèbre patron du journal. Et quand Vogue l’envoie au Pérou, c’est sur fond neutre qu’il immortalise les vêtements traditionnels des Quechuas.

"Les Enfants de Cuzco" par Irving Penn.
« Les Enfants de Cuzco » par Irving Penn. (IRVING PENN)

Emma Lavigne, directrice générale de Pinault Collection, définit l’imposante présentation de l’œuvre de Penn par ces mots : « Il y a comme une sorte d’histoires, des lignes, des cadrages, des poses, l’émergence de la couleur, la question du portrait, la question de la nature morte. Donc à travers un seul artiste, c’est comme s’il y avait un monde qui était révélé, c’est le titre d’ailleurs : Le monde d’Irvin Penn.« 

3. La France de Depardon

Il faut quitter Penn pour rejoindre Raymond Depardon et sa France. Accrochage élégant pour ses images des villages, de villes moyennes, de ronds-points et de vieux cinémas. Le portrait d’une France d’un autre temps semble flotter dans la galerie 3. Dans les années 1980, solitaire dans son camping-car avec seuls compagnons son immense chambre photographique sur pied et son GPS, il sillonne la France, pour documenter à son rythme le pays.

"La France de Depardon".
« La France de Depardon ». (FLORENT MICHEL)

Raymond Depardon est un photographe qui aime parfois la lenteur, loin de son passé de l’urgence du reportage. Il prend le temps d’observer, de trouver le détail qui illustre sa France. Peu d’habitants apparaissent, mais le portrait est juste et les couleurs apportent une certaine sérénité. Les entrées de ville défigurées sont embellies par son œil, les souvenirs des années 1960 dans ces bistrots ou épiceries a
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