À trois jours des Césars 2026 à Paris, au moins 4.000 artistes signent une tribune au sujet des risques de l’intelligence artificielle (IA) sur leur métier. Les IA pourraient mener au pillage ou au clonage de leur voix, créant ainsi des productions artificielles. Deux comédiens doubleurs inquiets partagent leurs préoccupations.
Des artistes préoccupés par l’IA
Patrick Kuban, un comédien basé à Paris, est notamment la voix off d’une chaîne cryptée française historique et d’une radio au son pop-rock. Ce porte-parole de l’association Les Voix et du collectif #touchepasàmaVF est touché de près par la menace que représente l’intelligence artificielle pour son métier. Il témoigne : « J’ai un soupçon de vol de ma voix par un ‘chatbot’. Des amis m’ont alerté, car ils ont reconnu ma voix lors d’appels de démarchage. Je remonte la piste. »
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Voix volées et usurpation d’identité
Joachim Salinger, également comédien et représentant du syndicat français des artistes-interprètes (SFA-CGT), partage un constat similaire. Il rapporte des cas d’artistes victimes d’atteintes à leur identité via des IA. « Des gens pas très bien intentionnés commercialisent des applications qui enregistrent des annonces ou des messages, souvent en utilisant la voix, la photo de l’artiste, sans même leur consentement« , déclare-t-il. Cela constitue selon lui une usurpation d’identité et une contrefaçon.
Depuis trois ans, ces artistes interpellent les décideurs politiques sur les dangers d’effacement de leurs professions. « Ces systèmes sont largement installés aux États-Unis, avec des projets de doublage par IA qui visent à remplacer les comédiens lors de la sortie de films hollywoodiens« , s’inquiète Patrick Kuban. Il ajoute que cela a déjà concerné 12 de ses collègues sur des plateformes comme Fish et VoiceDub.
Menaces de voix synthétiques
La peur d’un remplacement par des voix synthétiques non reconnaissables s’ajoute à leurs préoccupations. Patrick Kuban précise : « Ma voix ne serait pas forcément utilisée, mais l’IA pourrait s’inspirer de mon interprétation pour entraîner des systèmes à créer des voix non liées à un acteur. C’est là le plus grave. » Il évoque des productions fictives générées à partir des voix de milliers de personnes, faisant écho à des cas récents d’actrices synthétiques à Hollywood.
Vers une régulation nécessaire
Face à ces dérives, Kuban prend des mesures de précaution. « Je fais attention aux contrats que je signe et j’exerce un droit d’opposition, via l’association Les Voix, pour m’opposer au moissonnage de nos voix par des robots. Le problème, c’est qu’il n’existe pas de vérification pour garantir que cet ‘opt-out’ est respecté« , relate-t-il.
Les deux artistes s’accordent à dire que le manque de législation sur les intelligences artificielles nécessite un recours à des règles juridiques déjà en place, ce qui reste insuffisant et chronophage. « Les voies de recours actuelles concernent l’usurpation d’identité, la contrefaçon et l’atteinte à la vie privée. Chacune de ces démarches a un coût et nécessite des preuves de dommages« , explique Joachim Salinger.
Aujourd’hui, ces artistes mobilisés appellent à des actions concrètes des pouvoirs publics : « Nous avons besoin de régulation pour protéger l’interprétation humaine. Nous devons être certains que les artistes conservent leur place au cinéma et dans l’audiovisuel, et que les œuvres soient créées par des humains. » Selon eux, il n’y a pas, pour le moment, de position claire du ministère de la Culture ou du gouvernement sur ces enjeux cruciaux.
Cette tribune, dont les signataires reçoivent le soutien de l’Adami, appelle à une réponse politique et réclame un cadre juridique protecteur, clair et ambitieux face à l’utilisation croissante de l’IA dans leurs métiers.