ENTRETIEN. Je trouve noble de donner vie à lidée de quelquun dautre : Pierre. El título no






Valette Studio : Réinvention de la Mode Masculine

Le crédo du créateur Pierre-François Valette est de réinterpréter le vestiaire masculin tout en respectant une construction classique, assouplie pour une allure plus contemporaine.

Après un début de carrière dans la musique classique et des collaborations avec le chef William Christie et l’artiste William Kentridge, Pierre-François Valette a étudié le droit avant de se tourner vers la mode. Passionné par le vêtement, il a suivi les cours de la Chambre syndicale de la couture parisienne, aujourd’hui IFM. À l’issue de son master en 2018, il fait un stage chez Saint Laurent, où il participe au Saint Laurent Couture Institute, un programme de formation de découverte de la maison. Il remporte un concours en 2019, ce qui lui ouvre les portes de la Paris Fashion Week où il présente sa deuxième collection en janvier 2021 et enchaîne avec le showroom Sphère en juin 2021 pour sa troisième collection.

Fondateur de la marque Valette Studio, lancée en 2020, Valette a présenté sa douzième collection, intitulée Les Nouveaux Romantiques, dans le calendrier officiel de la Paris Fashion Week masculine automne-hiver 2026-2027 en janvier 2026.

Le créateur, qui disposait de son atelier pour mettre au point et produire les collections de sa marque éponyme, a créé Valette Atelier. Ce dernier permet à d’autres marques et créateurs de bénéficier de ses services de bureau d’études et de production en petites séries. Le styliste modéliste a ainsi bousculé les codes du milieu de la mode.

Interview : L’ADN de la Marque et Évolution

Franceinfo Culture : Lors de notre rencontre en 2023, vous disiez que votre ADN, c’était Paris et votre identité de marque, le tailleur cool par la matière, la coupe et l’allure. Cette proposition a-t-elle évolué ?

Pierre-François Valette : Non, cela n’a pas évolué. Cet ADN, que j’avais avant de lancer ma marque, s’est perfectionné, amplifié, diversifié. Mon tailleur est unisexe : j’ai toujours cru à une silhouette homme et à une silhouette femme, car les corps sont différents, surtout pour les vêtements ajustés. J’ai toujours eu une coupe masculine et une féminine, avec des petits ajustements qui ne se voient pas à l’œil nu mais au porté.

Valette Studio réinvente les classiques en conservant l’ADN « evening », rock, et sexy. Ma femme porte des robes très sensuelles, c’est un peu l’apologie du corps avec des matières techniques modernisées. Je fais attention à ce que l’homme reste prépondérant, qu’il ait un vrai discours : je défile à la Fashion Week masculine !

En tant que marque créateur, je vends autre chose que le vêtement : j’ai décidé de faire de la mode pour habiller un corps humain en mouvement au cœur de notre période.

Un Modèle de Création et de Production

Si votre identité de marque n’a pas changé, qu’en est-il de votre mode de travail ?

Mon deuxième axe de création est le savoir-faire et la belle façon. Quand on parle de durabilité, cela inclut à la fois les matières et le vêtement que les gens achètent pour porter toute une vie. Développer des collections en interne, produire sur commande de manière efficace et ne pas être dépendant d’une usine à l’autre bout du monde, c’est mon modèle de création, mon modèle économique.

Lors du défilé de ma dernière collection, celle de l’automne-hiver 2026-2027, en janvier dernier, j’ai présenté mon manifeste pour l’unité de la création et de la fabrication. Je pense qu’on ne peut pas créer sans fabriquer et vice versa. Les deux sont liés : en parallèle de Valette Studio, j’ai développé Valette Atelier, qui m’a permis de me perfectionner techniquement avec des machines performantes.

La Génèse de Valette Atelier

Comment est né Valette Atelier ?

Ce n’est pas une naissance au sens traditionnel, cela s’est préparé et pensé. C’est arrivé naturellement, il y a environ trois ans. Pour Valette Studio, de l’idée jusqu’au défilé, je gère des petites productions que je transmets ensuite au commercial. J’avais des ateliers en interne mais sans une main-d’œuvre fixe que je souhaitais fidéliser.

À cette époque, un ami ne trouvait pas où produire 15 chemises en commande. En tant que petite marque, qui n’a pas besoin d’une grosse production, c’était un problème que je connaissais également. Pour éviter qu’il annule sa commande, je lui ai proposé de les produire.

Personne ne se rend compte des réalités sur le terrain : par exemple, en Roumanie, le minimum de production est de 200 chemises, au Maroc c’est 1.000. Cela génère des stocks, dont les surplus restent dans des cartons, ce qui n’est pas viable pour toutes les marques.

À l’Atelier, on nous demande de la création (développement, prototypage), de la production mais aussi de répondre à des missions de style. Cela a été très intéressant de développer des moodboards pour une marque de petite maroquinerie qui souhaitait cinq modèles de prêt-à-porter, réalisés en France avec des matières européennes de qualité. Certains clients apportent des vêtements déjà patronnés, d’autres arrivent avec des dessins. Je comprends cette diversité, car j’en ai moi-même fait l’expérience.

Un Engagement pour le Savoir-Faire Local

Vous avez dit : « Donner vie aux idées qui ne sont pas nôtres est un geste capital ». Pourquoi cela vous tient-il à cœur ?

Je suis en perpétuel apprentissage et je considère cela comme la définition de la vie. Le geste capital, c’est fabriquer. Je trouve noble de donner vie à l’idée de quelqu’un d’autre. Le créatif, lorsqu’il a une idée, pense souvent qu’elle est unique. Oui, c’est précieux, mais confiez-la-moi et je saurai la réaliser sans l’altérer.

Le Made in France en Pratique

Vous défendez donc le « made in France » ?

Dans les faits, c’est en effet ce que nous faisons, mais ce n’est pas le cœur de mon sujet. Prenons l’exemple d’un étudiant designer à Parsons à New York, qui souhaitait développer cinq pièces en France. Il est plus simple de venir me consulter que de s’embarquer dans la gestion des problèmes à l’international, comme les douanes.

Nous avons internalisé notre production et acheté du deadstock via la plateforme Nona Source. Cela nous permet de mieux gérer nos tissus, une tâche immense que j’ai dû apprivoiser depuis mes débuts, où je stockais mes tissus sous le lit.

À l’Atelier, nous offrons davantage que du vêtement, c’est aussi le savoir-faire. Les clients apprécient l’expérience, la tranquillité ainsi qu’un véritable outil de fabrication. Je milite pour que les jeunes collégiens apprennent des compétences de base, comme faire un ourlet, en utilisant divers types de tissus. Le désert de main-d’œuvre actuel nécessite de meilleures formations pour préserver la qualité.

Votre Clientèle

Vous êtes faïonnier pour quels types de marques ?

Nous avons une diversité de clients : des sociétés à la recherche de bureaux d’études pour développer le style ou un prototype, et des marques créateurs émergentes. Certaines d’entre elles sont présentes dans des showrooms comme Sphère ou aux Ateliers de Paris. Nous avons, par exemple, collaboré avec 2 Mai, Cachi, lauréat du Prix de l’Entrepreneuriat AMI x IFM 2023, et plusieurs autres marques de mode contemporaines.



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