Ludivine Sagnier redonne vie à Emma Bovary : Cest une énorme responsabilité, mais aussi une






Ludivine Sagnier dans « Bovary Madame »

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Jeudi 19 mars 2026, l’actrice Ludivine Sagnier, qui incarne Emma Bovary dans la pièce « Bovary Madame », de Christophe Honoré, au Théâtre de la Ville, jusqu’au 21 avril.

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Ludivine Sagnier, à Rome, le 3 avril 2025. (IMAGO/Anna Maria Tinghino / MAXPPP)
Ludivine Sagnier, à Rome, le 3 avril 2025. (IMAGO/Anna Maria Tinghino / MAXPPP)

Il y a quelque chose d’assez rare dans le parcours de Ludivine Sagnier. On a presque l’impression de l’avoir vue grandir à l’écran. Elle a commencé très jeune et depuis plus de 20 ans, elle construit un chemin d’actrice guidé par les rencontres, l’intuition et une vraie curiosité pour les êtres qu’elle incarne. Elle a été révélée au grand public dans les films de François Ozon, notamment Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, puis 8 femmes et Swimming Pool. Jusqu’au 21 avril 2026, elle incarne sur scène Emma Bovary, ce personnage imaginé par Gustave Flaubert, cette femme qui rêve d’une vie plus vaste que celle dans laquelle elle se retrouve enfermée. Dans Bovary Madame, Christophe Honoré revisite ce personnage mythique et c’est elle qui lui prête sa voix et sa présence au Théâtre de la Ville à Paris.

La découverte d’Emma Bovary

franceinfo : Quand on accepte ce genre de rôle et qu’on accepte d’entrer dans la peau d’une femme comme Emma Bovary, qu’est-ce qu’on découvre d’elle et peut-être de soi-même ?

Ludivine Sagnier : C’est une grosse responsabilité d’embrasser Emma Bovary, mais c’est une joie aujourd’hui. C’est même un privilège en fait de relire ce personnage. L’idée qu’on s’en faisait au XIXᵉ siècle, n’est pas l’idée qu’on peut s’en faire aujourd’hui. On a beaucoup condamné ce personnage d’Emma et ce que je redécouvre, c’est que plutôt que d’une femme qui s’ennuie et qui verse dans l’adultère, j’ai plus envie de parler d’une femme qui est assignée à sa condition et qui finalement rêve sans le savoir, d’émancipation.

« À l’époque, on ne parlait pas de désir féminin, mais en fait, il s’agit de ça. »

Ludivine Sagnier à franceinfo

Le parcours d’une actrice

Il s’agit de relire les rêves d’une femme à cette époque-là.

Est-ce que vous vous reconnaissez chez Emma Bovary, avec cette forme d’élan intérieur, cette envie de ne pas se contenter de la vie qu’on lui propose ?

Oui, peut-être. Je ne sais pas si c’était aussi conscient que ça chez moi, mais je dois dire, en me retournant sur ma vie, que c’est vrai que je n’ai pas arrêté d’avancer et que j’avais une nature plutôt aventurière. Je n’étais pas limitée, car j’ai réalisé certains de mes rêves, donc je suis beaucoup plus chanceuse qu’Emma.

Liberté et curiosité

Est-ce que dans votre parcours, vous avez aussi ressenti ce besoin de ne pas vous laisser enfermer dans une seule trajectoire d’actrice ?

On parle souvent du fait que les acteurs sont tributaires du désir des autres, mais ce qu’on dit peu, c’est que les acteurs sont également tributaires de leurs propres désirs. C’est pourquoi je me suis toujours imposé de faire des choses qui stimulaient ma curiosité et qui m’amenaient toujours là où je ne savais pas comment ça allait se passer. C’est-à-dire, privilégier toujours des situations presque inconnues. C’est ça qui a, je pense, gardé mon désir intact.

Est-ce que le fait de suivre cette voie, très tôt et d’une certaine manière, avec cette intensité-là, a été une façon aussi de vous imposer dans ce que vous vouliez réaliser ?

En fait, je pense que je n’avais aucune idée de ce que je faisais, c’est-à-dire que je n’avais absolument pas de recul. J’ai été vraiment poussée par les choses et je vivais au jour le jour. Je n’avais pas de plan de carrière, de stratégie, ni même de conviction, ça s’est dessiné. C’est aujourd’hui, maintenant que je regarde le passé, que je me dis que, peut-être, effectivement, il y avait une volonté de m’affirmer, mais ce n’était pas verbalisée du tout.

Une enfance sensible

Vous avez longtemps raconté que vous étiez un enfant sensible. On a le sentiment que le jeu d’actrice vous a permis justement de travailler sur ces émotions-là.

Oui, bien sûr.

« Il y a toujours un effet cathartique dans la création et ça m’a permis de m’enrichir. »

Ludivine Sagnier à franceinfo

Je ne sais pas si je suis plus extravertie qu’avant, je ne suis pas non plus introvertie, mais en tout cas, j’ai l’impression de comprendre mieux ce que je suis et les êtres qui m’entourent.

Le plaisir dans le théâtre

Il y a cette notion de plaisir dans cette pièce de théâtre. Est-ce aussi ce qui vous a intéressée de pouvoir exprimer le plaisir et le droit de l’exprimer ?

C’est vrai qu’Emma, sans le savoir, elle est à la recherche de volupté. Elle n’est pas suffisamment instruite, suffisamment entourée pour comprendre vraiment ce qui lui arrive. Elle a besoin de vivre ce plaisir, le plaisir charnel, etc., que malheureusement son mari ne lui apporte pas. Et même si elle est pétrie de culpabilité, elle va se faire attraper déjà par un prédateur, qui est Rodolphe Boulanger, qui profite de son innocence pour l’attirer dans ses filets.

Les rêves de l’enfance

Elle rêvait beaucoup et elle refusait d’abandonner ses rêves. À quoi rêviez-vous enfant ?

Quand j’étais enfant, je rêvais d’être une fée et j’ai réalisé ce rêve quand j’avais 22 ans, parce que j’ai tourné dans un film qui était une adaptation de Peter Pan, où je jouais la Fée Clochette. À partir de ce moment-là, j’ai su qu’on pouvait réaliser ses rêves et ça ne m’a pas quittée, cette certitude-là. Donc je continue de rêver jusqu’à mon dernier souffle.



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