Dans son premier roman Habibi Beyrouth, publié aux éditions La Tribu, Manal Salamé raconte des décennies de guerres au Liban via le parcours d’une femme. Elle avait quitté son pays par besoin de liberté, elle y revient pour retrouver son identité. Un livre qui, pour son autrice, est aussi un acte de résistance.
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Depuis plusieurs semaines, le Liban est à nouveau plongé dans la guerre. Les échos que Manal Salamé reçoit de son pays l’inquiètent profondément. « Je n’ai jamais entendu autant de fatigue et d’épuisement dans la voix de mes proches. Jusqu’ici, je me l’imaginais comme un pays qui a un genou à terre, aujourd’hui l’armée israélienne s’acharne sur un pays qui a les deux genoux à terre. »
Cette guerre a été lancée par Israël après que le Hezbollah a repris les tirs de roquettes en soutien à l’Iran. Pour Manal Salamé, c’est « la guerre de trop, un suicide dans lequel on a été entraînés ». Depuis sa naissance, le Liban ne connaît que des périodes de répit entre des conflits qui se succèdent.
« Les bombes sont toujours dans la tête. Quand je retourne à Beyrouth, j’entends ces éclats dans ma tête même s’il n’y a pas d’explosions. Même à Paris, les tests de sirènes des pompiers tous les mois provoquent chez moi une paralysie temporaire, alors que je vis en France depuis plus de 20 ans. »
Dans ce roman, Habibi Beyrouth, l’héroïne Amal est une sorte de double de l’autrice. Elle a connu l’exil en Arabie saoudite dans son enfance, pour échapper à la guerre civile. Elle a suivi des études universitaires à Beyrouth. Elle a finalement choisi de s’installer en France pour « s’intégrer, rentrer dans un moule qu’elle imagine, pour être encore plus française ». Cela la conduit à franciser son prénom en Amélie et à rejeter la langue arabe.
Mais on n’échappe pas à son destin. L’explosion du port de Beyrouth, en 2020, crée chez elle une urgence à rentrer au Liban. C’est une quête d’identité, qui passe par la quête de papiers d’identité. Pour y parvenir, elle traverse Beyrouth et sa vie nocturne endiablée, dirige ses pas vers le sud, où l’empreinte du Hezbollah est partout.
Au fil des pages, on mesure à quel point cet accident meurtrier du port de Beyrouth a frappé les esprits des Libanais, qui vivent au pays comme ceux de la diaspora. « Pour la première fois, j’ai entendu des proches me dire : ce pays tient, mais c’est un miracle ; un jour il disparaîtra et personne ne le verra venir. » Cette crainte insidieuse, Manal Salamé ne peut s’empêcher de la ressentir, désormais, chaque fois qu’elle voyage au Liban. Elle dit qu’elle lutte contre, et qu’une « forme d’insouciance reste nécessaire comme un acte de résistance, et l’écriture en est un aussi ».
Manal Salamé, Habibi Beyrouth aux éditions La Tribu.