« Agnès était une prof exceptionnelle, une femme belle, rayonnante et accessible. Vous n’imaginez pas ce que le monde a perdu », confie, ému, son ancien compagnon Stéphan Voirin, au micro de France 2, à quelques jours du procès. L’élève accusé du meurtre d’Agnès Lassalle, cette professeure d’espagnol de 53 ans tuée en plein cours le 22 février 2023 à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), est jugé devant la cour d’assises des mineurs à Pau, du mardi 21 au jeudi 23 avril.
Les enjeux du procès
Les débats, à huis clos, vont notamment se concentrer sur la question de la responsabilité pénale du lycéen de 16 ans, aujourd’hui majeur, et plus précisément sur son discernement au moment du crime. « Ce procès, je l’attends depuis très longtemps. J’espère voir l’accusé faire face à ses responsabilités », ajoute Stéphan Voirin, qui portera durant chaque jour du procès un tee-shirt orné d’une photo différente de celle avec qui il a partagé quatorze ans de vie. Il avait ému l’opinion publique en entamant des pas de danse, seul, sur un air de Nat King Cole, lors des obsèques de l’enseignante à Biarritz.
Les circonstances du drame
Le 22 février 2023 à 9h45, le cours d’espagnol d’Agnès Lassalle au collège-lycée privé Saint-Thomas-d’Aquin, à Saint-Jean-de-Luz, est brutalement interrompu. Selon les éléments du dossier consultés par Franceinfo, le lycéen entre dans la salle de classe avec un couteau de cuisine dissimulé dans du papier essuie-tout. Il verrouille la porte de la salle avant de commettre son acte. La professeure, qui enseignait dans l’établissement depuis 1997, est poignardée à la poitrine, d’un coup unique porté au niveau du cœur. Elle meurt sur place.
D’historique est décrit comme « sidéré », le lycéen se rend alors dans une salle de classe voisine, où deux autres enseignants parviennent à le convaincre de déposer son arme. C’est là qu’il aurait affirmé, selon l’ordonnance de mise en accusation à laquelle Franceinfo a eu accès : « J’ai ruiné ma vie, tout est fini. » Après son interpellation, le lycéen est placé en garde à vue et mis en examen pour assassinat.
Au moment de sa garde à vue, le jeune suspect exprime le sentiment « d’avoir quelqu’un d’autre en lui ». Un être qu’il décrit comme « égoïste », « manipulateur », lui ordonnant « de tuer, de faire mal ». Pour expliquer son acte, il raconte aux enquêteurs une dispute survenue la veille des faits avec un ami et dit avoir « perdu le contrôle », que cet « autre » voulait qu’il « assassine quelqu’un ».
Les expertises psychiatriques
Selon des propos « un peu fluctuants » tenus devant le médecin auteur d’une première expertise, il « aurait voulu commettre les faits en présence de ce garçon (…) comme pour le punir », mais a reconnu aussi « une forme d’animosité » à l’égard de sa victime, possiblement liée à de mauvais résultats dans sa matière, a précisé le procureur de la République de Bayonne, à l’époque des faits.
« Le discernement de l’accusé sera au cœur des débats », estime l’avocat du jeune homme aujourd’hui âgé de 19 ans, Thierry Sagardoytho, auprès de Franceinfo. En droit français, une personne « atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes » n’est pas « pénalement responsable » de ceux-ci, détaille l’article 122-1 du Code pénal. C’est en vertu de ce principe que la question de l’état psychiatrique de l’adolescent se pose.
Au total, quatre expertises psychiatriques, l’une pendant la garde à vue et les trois autres durant l’instruction du dossier, ont été effectuées pour éclairer le profil du jeune homme et permettre de déterminer sa responsabilité pénale. Leurs conclusions se sont révélées « diamétralement opposées », souligne l’avocat. La justice a néanmoins estimé qu’il existait des charges suffisantes pour qu’un procès ait lieu.
Selon les éléments consultés par Franceinfo, la première expertise, menée durant la garde à vue en février 2023, conclut à la responsabilité de l’adolescent, relevant une « anxiété réactionnelle » mais pointant une absence de maladie mentale au sens pénal, telle que la schizophrénie ou l’état maniaque. Le deuxième examen, effectué pendant l’instruction du dossier, en mai 2023, élimine aussi tout « trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli ou altéré son discernement ou le contrôle de ses actes ».
Même constat pour la troisième expertise, en avril 2024, qui relève une « légère altération de son discernement » mais « aucune justification d’une abolition du discernement et du contrôle de ses actes ». Le dernier examen a en revanche livré une analyse totalement différente : « Il était, au moment des faits, atteint d’un trouble psychique sévère ayant aboli son discernement et le contrôle de ses actes », conclut cette expertise, menée en novembre 2024, évoquant un trouble anxieux sévère, des antécédents suicidaires et l’existence d’un épisode psychotique. Le lycéen, suivi depuis quatre ans par un psychiatre au moment des faits, était sous traitement médical pour des troubles psychologiques.
« La prise en charge antérieure au drame était-elle satisfaisante ? Aurait-elle pu l’éviter ? »
Thierry Sagardoytho, avocat de l’accusé
à Franceinfo
Les attentes face à la justice
« La question de l’élément intentionnel sera évidemment au centre des débats. On va entrer dans une discussion approfondie, notamment avec les différents experts. Mais il y a aussi un point essentiel : la gravité des faits. L’attente judiciaire est forte », insiste auprès de Franceinfo Sébastien Binet, l’avocat de Stéphan Voirin. « J’ai confiance en la justice, en son impartialité », estime l’ex-compagnon de l’enseignante au micro de France 2.
La famille d’Agnès Lassalle, par la voix de son avocat, Nicolas Rothé de Barruel, évoque auprès de Franceinfo un deuil « impossible », aggravé par la violence du crime et sa médiatisation. Elle dit attendre « un procès respectueux », permettant de « comprendre les faits, de vérifier les éléments constitutifs de l’assassinat et de débattre de la responsabilité pénale de l’accusé ».
« Aujourd’hui, j’attends que justice soit faite et dite. J’attends la reconnaissance de cet acte horrible et j’attends d’être entendu. J’attends aussi des excuses et des réponses sincères de l’agresseur à certaines de mes questions. »
Stéphan Voirin
à France 2
Le huis clos et la discussion d’une société en crise
Pour ce genre d’affaires impliquant un mineur, le huis clos est automatique. « C’est la loi, même si nous le regrettons. Cette affaire a pris une dimension de fait de société, il aurait pu être utile d’ouvrir les débats, notamment aux journalistes ou aux sociologues, car c’est tout le corps professoral qui est touché
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