Pour la Chine, mettre Taïwan au cœur des négociations est un véritable défi pour






Analyse de la Visite d’État de Donald Trump en Chine

Invité de « La Matinale » le vendredi 15 mai, le docteur en géographie et spécialiste de la Chine, Emmanuel Veron, décrypte l’issue de la visite d’État de Donald Trump à Pékin. Cette rencontre a notamment permis d’aborder la question sensible de Taïwan, marquant ainsi un retour à la matrice géostratégique chinoise.

Donald Trump s’apprête à reprendre l’avion ce vendredi 15 mai pour Washington après sa visite d’État de 48 heures en Chine. Se faisant accompagner d’une dernière journée de discussions avec son homologue, Xi Jinping, le président américain affirme avoir décroché une offre d’aide pour rouvrir le détroit d’Ormuz et la promesse d’une importante commande de Boeing. Quel bilan tirer de cette rencontre ? Pour en parler, Emmanuel Veron, spécialiste de la Chine contemporaine, est l’invité de « La Matinale ».

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Djamel Mazi : Le président chinois a proposé son aide pour obtenir la réouverture du détroit d’Ormuz. Or, selon Donald Trump, le président chinois a promis de ne pas soutenir militairement l’Iran tout en affirmant pouvoir l’aider à rouvrir le détroit. Cependant, l’Iran permet uniquement le passage de navires chinois. Que faut-il en interpréter ?

Emmanuel Veron : C’est probablement un message envoyé par le pouvoir à Téhéran, signalant qu’il est conscient de sa capacité à exercer une pression. Cela se traduit par le fait que quelques navires d’origine ou avec un pavillon chinois peuvent passer. Cependant, il est essentiel de noter que la Chine n’a pas les moyens de résoudre complètement cette situation ni de rouvrir pleinement le détroit. Téhéran, quant à lui, continue de démontrer son pouvoir de nuisance, un pouvoir que la Chine ne peut pas entièrement maîtriser.

Anthony Bellanger : En Europe, il est difficile de comprendre le type de pouvoir qu’exerce la Chine. Alors que nous observons les États-Unis, beaucoup estiment que la Chine pourrait exercer un pouvoir similaire. Elle possède désormais la première armée au monde, notamment dans le détroit d’Ormuz, et pourrait influencer directement l’Iran pour résoudre ce conflit. Cependant, ce n’est pas dans la tradition chinoise d’intervenir directement. Pourriez-vous expliquer quel type de manœuvres la Chine pourrait envisager pour régler la situation du détroit d’Ormuz sans réelle intervention ?

La Chine pourrait jouer sur deux tableaux. D’abord, sans laisser tomber le régime dans la guerre contre Israël et les États-Unis, elle continue d’affaiblir et de saturer les États-Unis sur plusieurs fronts militaires. Ensuite, elle doit naviguer une situation compliquée puisque cela affecte sa propre sécurité, étant très dépendante du détroit d’Ormuz pour ses importations pétrolières et gazières. De plus, il existe une question d’image vis-à-vis des monarchies du Golfe. Même si la Chine a resserré ses liens avec l’Iran, nombreux sont les pays du monde arabo-musulman, notamment ceux du Golfe, qui demeurent sceptiques concernant cette proximité avec l’Iran.

Un sujet préoccupant : Taïwan

Une question se pose à propos des 48 heures de voyage de Donald Trump : pourquoi la Chine a-t-elle abordé la question de Taïwan en début de rencontre ? Taïwan, qui est un sujet particulièrement délicat, a été traité avec une certaine agressivité. Au cours de ma chronique ce matin, j’ai soulevé ce point et aimerais entendre votre avis.

Vous avez raison de souligner la mention de Taïwan, car cela a été immédiatement un point central des discussions. Les ordres du jour de cette rencontre ne coïncident d’ailleurs pas toujours entre les publications chinoises et américaines. Pourquoi Taïwan ? Parce que cela renvoie à la matrice géostratégique chinoise, priorisant l’Asie. Taïwan est proche de la Chine, et du point de vue du Parti communiste, il est considéré comme une province chinoise, bien que la situation sur le terrain soit bien différente. Ainsi, aborder Taïwan en pleine discussion avec les États-Unis est un moyen d’interféer directement dans leur politique étrangère en Asie, un point qui a été souligné par Nikki Haley, membre du Parti républicain.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité.



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