Laffaire Lyhanna et les dysfonctionnements du système judiciaire : un révélateur des failles de






La mort de la jeune Lyhanna et le dysfonctionnement de la justice en France

Chaque samedi, l’actualité est remise en perspective grâce à l’historien Fabrice d’Almeida.

Publié le 06/06/2026 à 17:27 | Temps de lecture : 2 min

Des gendarmes près de Puycasquier (Gers) où le corps de la jeune Lihanna a été retrouvé, le 4 juin 2026 (ED JONES / AFP)
Des gendarmes près de Puycasquier (Gers), où le corps de la jeune Lihanna a été retrouvé le 4 juin 2026 (ED JONES / AFP)

La mort de la jeune Lihanna révèle un grave dysfonctionnement de la justice, comme l’a souligné le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Une enquête administrative est ouverte. De tels dysfonctionnements jalonnent l’histoire des crimes en France. Difficile de les séparer de la manière dont sont fixées les procédures. On s’en rend compte en revenant à la première grande affaire de tueur et violeur en série en France, celle de Joseph Vacher, en 1893.

Cette année-là à Baume-les-Dames, dans le Doubs, un soldat, Joseph Vacher, tente de se suicider après avoir tiré trois fois sur la femme de ses rêves, qui avait refusé de l’épouser. Dans son suicide raté, il se loge une balle dans l’oreille droite et une autre dans le cou. Il est désormais frappé d’une demi-paralysie faciale qui lui laisse un œil rouge et plus grand que l’autre. Ce signe distinctif sera plus tard noté par des témoins de ses crimes.

À partir de ce moment, Vacher devient instable, fait des séjours en hôpital psychiatrique et commence à agresser et tuer des personnes seules. Il commence par une femme, Eugénie Delhomme, âgée de 19 ans donc mineure à cette époque, et enchaîne dix meurtres dans les quatre années qui suivent. Il tue des jeunes filles et de jeunes garçons et tente également de violer une enfant de onze ans.

Ses victimes sont retrouvées, parfois même son portrait est donné aux autorités. Mais à cette époque, il n’y a pas de police nationale. La gendarmerie est organisée par département et ne suit pas les enquêtes en dehors de sa juridiction. Or, Vacher est un vagabond qui marche sur de grandes distances, effectuant jusqu’à 60 km par jour et changeant de département. Impossible pour les gendarmes de le suivre, même s’ils l’avaient repéré. C’est l’organisation de la police et de la justice qui rend impossible son repérage, malgré les plaintes et les descriptions du tueur.

Il faut toute l’intelligence d’un magistrat, le juge d’instruction Émile Fourquet, pour qu’il soit enfin arrêté en 1897. Ce juge, tout juste nommé au tribunal de Belley dans l’Ain, a remarqué qu’un homme arrêté ressemblait à la description de l’auteur d’un crime commis deux ans auparavant. Il fait ensuite venir les dossiers similaires des départements voisins et, habilement, interroge Vacher sur ses déplacements. Ainsi, il peut confirmer ses soupçons : l’homme est un criminel récidiviste. À la suite de ce constat, un service d’enquête criminelle national sera créé : le fameux Quai des Orfèvres, la police judiciaire de Paris. On chargera également le fonctionnement des commandements territoriaux de gendarmerie.

En 1976, le cinéaste Bertrand Tavernier s’inspire de cette histoire pour son film Le Juge et l’Assassin, avec Philippe Noiret et Michel Galabru.

Plus récemment, des affaires ont été marquées par des dysfonctionnements notoires, mais davantage liés aux enquêtes elles-mêmes, comme l’affaire du petit Grégory en 1984 ou les recherches sur Estelle Mouzin. Un mélange d’erreurs et de problèmes systémiques.

L’affaire de la petite Lihanna montre aujourd’hui que la question du traitement des plaintes concernant les mineurs n’est pas résolue. Le garde des Sceaux la voulait prioritaire. Le passage dans les faits des
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