Treillis, médailles et Mobut… Comment Kylian Mbappé a conquis le monde du football.. El





Mbappé, le dictateur virtuel

Avant le quart de finale France-Maroc jeudi soir, retour sur le phénomène qui poursuit le capitaine des Bleus depuis des mois. Sur les réseaux, l’attaquant apparaît grimé en dictateur militaire à grand renfort d’intelligence artificielle, le tout sur un mystérieux chant religieux. Histoire d’une blague devenue phénomène planétaire.

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Quand l'intelligence artificielle transforme Mbappé en dictateur (Captures d'écran TikTok)
Quand l’intelligence artificielle transforme Mbappé en dictateur (Captures d’écran TikTok)

Il y a les buts, il y a les records, et puis il y a… le treillis. Depuis plusieurs mois, Kylian Mbappé mène deux carrières en parallèle. Sur le terrain, il empile les réalisations et vise un troisième sacre mondial. Sur internet, il règne en petit tyran de pacotille, casquette d’officier vissée sur la tête et poitrine constellée de médailles. Bienvenue dans l’univers du « dictateur Mbappé », le même qui a colonisé la Coupe du monde 2026, alors que les Bleus affrontent, jeudi 9 juillet, le Maroc en quarts de finale de la Coupe du monde aux États-Unis.

Le principe est simple. À l’aide de l’intelligence artificielle, des internautes fabriquent des dizaines de fausses images du capitaine des Bleus en uniforme militaire, passant ses troupes en revue ou trônant devant une foule en délire. Le tout accompagné, presque systématiquement, de la même bande-son : un nasheed, c’est-à-dire un chant religieux musulman interprété a cappella, sans le moindre instrument.

À l’origine, ce morceau est signé d’un certain Abu Ali, chanteur aussi célèbre qu’introuvable : des millions d’écoutes en ligne, mais pas une photo, pas une biographie. Un mystère qui alimente d’ailleurs la légende. Le titre, déjà culte sur les réseaux, a ensuite été passé à la moulinette de l’IA, version hymne épique de dictateur. La blague, elle, est née chez les supporters du Real Madrid, le club où évolue désormais le Français, avant de déborder très largement.

Pourquoi le surnom « dictateur » ? Tout part d’un surnom que traîne le natif de Bondy depuis 2022 : Mobutu. En référence au maréchal Mobutu Sese Seko, qui a régné d’une main de fer sur l’ex-Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) pendant 32 ans, toque en peau de léopard, culte de la personnalité et répression tous azimuts.

L’idée derrière la comparaison : celle d’un joueur si puissant qu’il ferait la pluie et le beau temps dans son équipe. À l’époque du Paris Saint-Germain, la presse lui prêtait déjà un droit de regard sur les recrutements et les départs des stars. Depuis, la mécanique s’est emballée. Sur les réseaux, on plaisante : d’un simple regard, Mbappé pourrait envoyer un coéquipier en prêt, voire le blesser.

Puis est arrivé le Mondial, et la blague a explosé. Dans les tribunes, des supporters ont brandi de vrais portraits du « général » en uniforme. Surtout, le moindre geste réel est devenu une preuve à charge. Quand un orage interrompt France-Irak et que Kylian descend montrer aux jardiniers comment évacuer l’eau de la pelouse, les internautes y voient un chef passant ses ordres. Quand il confie son brassard de capitaine à l’arbitre, il délègue les corvées. Et quand il descend de l’avion sans porter sa valise, forcément, c’est suspect.

Le plus savoureux, c’est que le vestiaire tricolore a fini par jouer le jeu. Lors d’une séance photo de l’équipe de France, plusieurs joueurs l’ont ouvertement appelé Mobut devant les caméras. En entretien, Ousmane Dembélé avait avoué, hilare, son petit faible pour les documentaires sur les dictateurs, sous les rires de ses coéquipiers Aurélien Tchouaméni et Jules Koundé. Le principal intéressé, lui, n’a jamais réagi publiquement. Un silence de maréchal qui n’a fait qu’épaissir le mythe.

Reste une question : rigole-t-on avec lui ou contre lui ? Pour ses fans, être qualifié de dictateur du foot, c’est presque un hommage. La preuve par les chiffres : sept buts depuis le début du tournoi, en tête du classement des buteurs, et déjà dix-neuf réalisations en Coupe du monde toutes éditions confondues, deuxième de l’histoire derrière Lionel Messi.

Mais tout le monde ne rit pas de bon cœur. Plusieurs voix ont rappelé que le vrai Mobutu, ce n’était pas un gag : c’étaient trois décennies de répression et un pays pillé. Une comparaison de mauvais goût, d’autant que le raccourci est bancal : Kylian Mbappé est d’origine camerounaise par son père et algérienne par sa mère, et n’a donc aucun lien avec le Congo.

Jeudi soir, pour le quart de finale face au Maroc, remake de la demi-finale de 2022, le « dictateur » aura de toute façon d’autres préoccupations que sa légende numérique. Un seul ordre à donner, cette fois : celui d’envoyer les Bleus en demi-finale.


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