Christophe Le Petit décrypte auprès de Franceinfo l’annonce de la Fédération internationale de football, association à but non lucratif, qui souhaite créer une société pour gérer ses activités commerciales et attirer des investisseurs extérieurs. Une décision vivement critiquée par de nombreuses instances régionales du ballon rond.
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Un nouveau projet secoue les différentes instances du football. Mardi 28 juillet, la Fédération internationale de football (FIFA) a annoncé vouloir créer une société qui gérerait ses activités commerciales et attirerait l’intérêt d’investisseurs extérieurs, promettant ainsi une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du football. « L’administration de la FIFA explore l’idée de réunir tous les droits commerciaux – la diffusion, le sponsoring, la billetterie, l’octroi de licences – avec la mise en œuvre opérationnelle de ses tournois à travers la création de la FIFA Forward Enterprise (FFE) », précise le communiqué de l’instance mondiale du ballon rond.
L’annonce de ce projet n’a pas manqué de susciter des réactions dans le monde du football et au-delà, y compris de la part de l’Union Européenne et de l’UEFA. Que pourrait impliquer ce projet, plus critiqué que salué, dans l’économie du football mondial ? L’économiste Christophe Le Petit, responsable des études économiques au Centre de droit et d’économie du sport, décrypte son fonctionnement et ses conséquences auprès de Franceinfo.
Comment s’organisait la FIFA d’un point de vue financier jusqu’à présent ?
Même si elle a officiellement le statut d’une association à but non lucratif en Suisse, similaire à celui du droit français, la FIFA peut réaliser des bénéfices. Ces bénéfices doivent toutefois être redistribués au sein de la pyramide du football, principalement issus de sa « poule aux œufs d’or », la Coupe du Monde masculine.
« Grâce à une édition record de la Coupe du Monde masculine en 2026, la FIFA a généré beaucoup d’argent, en faisant une institution extrêmement rentable. »
Cet excédent d’argent permet de financer en priorité les frais d’administration, de structure, de salaires et les compétitions déficitaires, telles que le Mondial de futsal ou les Coupes du Monde jeunes. Dans un second temps, ces bénéfices permettent aussi de soutenir les différentes confédérations internationales comme l’instance européenne de football (EUEFA) ou la Concacaf, qui concerne l’Amérique du Nord, centrale et les Caraïbes. Ils ne sont toutefois pas reversés sous forme de dividendes aux dirigeants mais grâce à des programmes de solidarité, à l’image du programme FIFA Forward, qui redistribue ces sommes aux fédérations membres et aux confédérations sous forme de « boni », ou bonus, dans le cas précis des confédérations.
Quels changements entraînerait la création d’une société commerciale ?
Pas grand-chose d’un point de vue opérationnel. Avec la création de sa société commerciale, la FIFA veut introduire un système similaire à celui de la Ligue de Football Professionnel en France, comme la création de LFP Media. L’instance dirigée par Gianni Infantino souhaite sortir un ensemble de droits, en particulier d’exploitation commerciale de ses compétitions, notamment de sa compétition phare, la Coupe du Monde masculine, pour les confier à une société commerciale.
Dans la version finale du projet, la FIFA détiendrait encore 80 % des droits commerciaux, tandis que 20 % d’entre eux deviendraient la propriété d’un ou plusieurs investisseurs issus de cette société. Ces 20 % détenus par cette future société commerciale seraient mis sur le marché dans les mois ou années à venir. Cela permettrait de solliciter des investisseurs désireux d’acheter tout ou une partie de ces parts-là, pour des sommes extrêmement considérables, pouvant être de l’ordre de plusieurs milliards de dollars. Ces milliards de dollars pourraient être redistribués, notamment dans l’écosystème du football, une fois que les frais de la société, d’administration et d’exploitation liés aux produits vendus auront été déduits de cette somme.
Quels sont les intérêts financiers pour la FIFA d’utiliser une société commerciale ?
Pour la FIFA, l’intérêt serait de poursuivre cette quête permanente de nouveaux revenus. Cela a été observé de manière concrète durant le Mondial 2026 avec les tarifs élevés liés aux politiques tarifaires de la billetterie. Gianni Infantino et la FIFA cherchent à accroître les revenus de l’institution afin de pouvoir en redistribuer davantage au sein de l’écosystème du football et légitimer leur action.
La FIFA fait face à une pression croissante de la part des fédérations membres, c’est-à-dire des fédérations nationales. Les clubs professionnels mettent également à disposition leurs joueurs pour les équipes nationales durant les grandes compétitions. Un exemple en est la Coupe du Monde des Clubs qui a eu lieu en 2025 et doit encore se poursuivre. Cette pression est exprimée par des demandes de redistribution accrue de fonds.
« Si vous combinez la volonté de la FIFA de légitimer son action et cette pression interne des membres de l’instance pour obtenir plus d’argent, vous vous retrouvez avec des projets qui visent à déclencher toujours plus de revenus. »
Cela se traduit par des tarifs dynamiques sur les billets de la Coupe du Monde, des pauses fraîches avec de la publicité, et une augmentation du nombre de participants au Mondial, passant de 32 à 48 pour la première fois lors de cette édition 2026.
Quels risques pour les compétitions comme la Coupe du Monde ?
Concernant la Coupe du Monde, le risque semble limité, car il y a toujours des garde-fous sur ce que doit devenir le Mondial. Cependant, l’investissement privé peut entraîner des risques. Ces investisseurs, en achetant 20 % des parts de la société, ne seront pas des philanthropes. Ils visent à se rémunérer par le biais des dividendes. Si des bénéfices sont réalisés par cette société commerciale, une partie ira à la FIFA pour les fédérations, mais une autre partie ira également aux investisseurs.
C’est un élément clé : nous aurons des personnes intéressées par la croissance des revenus, en particulier des droits télévisuels, des retombées commerciales et du marketing.
De plus, ces investisseurs pourraient envisager d’acheter des parts en 2026 ou 2027, avec l’espoir que la valorisation de la société s’élève d’ici 2030 ou 2032, leur permettant de revendre leurs parts à un prix supérieur. Cela pose également le problème de la mainmise
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