Le Tour de France Femmes : Un événement en pleine transformation
« Ce n’est plus le Tour de France femmes, mais juste le Tour », a répété à l’envi Marion Rousse, tout au long de la 5e édition de la course, entre Lausanne et Nice. « On a su amener la magie du Tour qui fait que c’est bien plus qu’une course de vélo, qui passionne les suiveurs mais aussi le grand public », ajoutait la directrice du Tour quelques heures après avoir donné le grand départ en Suisse, dans une forte émotion collective.
Emotion et recrudescence de l’intérêt
Grandes favorites cette année, et déjà présentes il y a cinq ans, Demi Vollering et Marlen Reusser n’avaient pu retenir leurs larmes sur le podium signature de la 1re étape, à Lausanne. « Il y avait énormément de monde, et beaucoup d’émotions, parce que c’est fou le chemin qu’on a parcouru en cinq ans », ajoute Marion Rousse, qui dresse pour Franceinfo:sport le bilan du Tour de France femmes après cinq ans d’existence.
Évolution du public et des infrastructures
Entre le grand départ donné du Trocadéro en 2022, et celui de Lausanne en 2026, ce qui saute d’abord aux yeux, c’est le public. D’épreuve confidentielle qui attirait puristes et quelques curieux en 2022, le Tour de France femmes s’est imposé comme l’autre rendez-vous de l’été entre public et cyclistes. Ce qui a eu pour conséquence le développement express de la flotte qui entoure la course. Caravane publicitaire, journalistes, bus des équipes : tout a augmenté, pour se rapprocher des proportions de la course masculine.
En 2022, les camping-cars modestes des petites équipes côtoyaient les premiers motor-homes rutilants. Cinq ans plus tard, ces derniers sont devenus la norme. « Pour tout le monde, le nerf de la guerre, ce sont les sponsors, qui n’ont un intérêt à venir au soutien des équipes que si les courses sont médiatisées, ce qui est le cas si le public s’y intéresse », explique Marion Rousse. Des médias, en effet, bien plus nombreux : en 2025, 80 journalistes étaient accrédités sur la course contre 150 en 2026.
Une dynamique médiatique croissante
L’essor de personnalités appréciées dans le peloton, et les scénarios de course plus débridés accentuent cette dynamique. « On voit les pancartes avec les noms de plus en plus de coureuses différentes. La première année, les championnes étaient méconnues car on ne les voyait pas à la TV. Depuis, les gens ont adopté les coureuses, et s’identifient. Il y a eu un avant et un après Tour de France femmes », se réjouit Marion Rousse. Un sentiment confirmé par les audiences TV, en hausse continue depuis 2022.
Le calendrier et la professionnalisation
Autre évolution : le calendrier de la course. De 2022 à 2025 (sauf en 2024, à cause des JO de Paris), le Tour de France femmes s’élançait lors du dernier week-end de la course masculine, pour bénéficier de son élan. « C’était cohérent pour rappeler aux gens que le Tour se prolongeait avec les femmes. Maintenant, on a une notoriété, le cyclisme féminin fonctionne toute l’année, le rendez-vous est pris. Les gens sont au rendez-vous, le Tour de France femmes s’émancipe un peu », explique Marion Rousse.
Désormais, cinq jours séparent les deux Tours de France. « Les infrastructures ont aussi évolué, c’est aussi pour ça qu’on a cet écart maintenant. L’épreuve a pris tellement d’ampleur que pour nous c’était compliqué d’avoir les deux courses sur le même week-end », justifie Marion Rousse, heureuse que la course soit passée « de huit à neuf jours de course après trois éditions », et qu’on lui « reproche que ce soit trop court », là où certains s’interrogeaient sur la faisabilité et le niveau des coureuses en 2022.
Enjeux et défis à relever
« Il y a 5 ans, les filles n’étaient pas toutes payées. Il faut y aller prudemment, on n’est pas du tout au même stade que le cyclisme masculin. Dans une équipe masculine, 30 garçons sont payés, contre une douzaine chez les filles. Donc si tu fais deux semaines de course sur le Tour, tu mets qui sur les autres ? Neuf jours, pour l’instant, c’est un bon format qui permet d’avoir du suspense. On ne se met pas de barrière, on continue d’évoluer », promet Marion Rousse, soucieuse que la locomotive Tour de France ne fasse pas dérailler le train du cyclisme féminin.
« Le Tour, c’est le sommet de la pyramide. Mais à la base de cette pyramide, c’est toujours hyper compliqué d’organiser une course. L’équilibre de cette pyramide est très fragile. »
Marion Rousse
à Franceinfo: sport
Des progrès notables, mais une situation précaire
Si le Tour de France femmes a contribué à la professionnalisation express du peloton ces dernières années, la prudence reste de mise, alors que trois équipes ont mis la clé sous la porte l’hiver dernier. « Quand je courais, on n’était pas payées, on ne nous voyait pas à la TV, on mangeait à la cantine du lycée du coin, on dormait dans des casernes. Ce n’était pas du tout professionnel. Il nous fallait cette course référence, comme le Tour, qui passionne des gens qui ne regardent pas le vélo le reste de l’année. Il fallait que ça marche, sinon c’était terminé », rejoue Marion Rousse.
Un avenir prometteur pour le cyclisme féminin
Impressionnée par la vitesse du développement du peloton féminin, la directrice du Tour ajoute : « En 2027, on va faire un contre-la-montre par équipes dans les rues de Londres, devant tous les monuments, alors qu’on ne parlait pas de nous il y a cinq ans ! Ça a pris une dimension que je n’imaginais pas. Ce qui est fou, c’est la vitesse. Chaque année, tu passes trois paliers ».
C’est l’autre principal changement depuis cinq ans : le niveau du peloton féminin. Là où Annemiek van Vleuten et quelques exceptions vivaient de leur sport et écrasaient la concurrence en 2022, elles sont aujourd’hui plusieurs dizaines à pouvoir remporter une étape du Tour de France. « Le niveau est de plus en plus homogène, toute l’année. Grâce aux championnes, on arrive à passionner les foules ». Conséquence : le parcours se complexifie. En 2022, la Super Planche-des-Belles-Filles était le sommet du Tour. Depuis, le peloton féminin a défié le Tourmalet, l’Alpe d’Huez, le col de la Madeleine et le mont Ventoux.
« Je ne conçois plus mes parcours en fonction de si c’est trop dur ou pas, les filles sont capables de tout monter. On ne se pose plus de question », ajoute Marion Rousse, « Le niveau est de plus en plus haut et homogène, ça roule de plus en plus vite donc on n’a plus de limites sur le parcours. L’an passé on dessinait des étapes où l’on pensait voir 5-6 filles jouer la gagne, et le jour J elles étaient 30 ». Particulièrement coriace, le tracé de 2026 a toutefois fait grincer des dents en queue de peloton, certains staffs estimant discrètement que le parcours n’était pensé « que pour les favorites, et pas pour l’ensemble du peloton ».
Vers une médiatisation renouvelée
Autre critique récurrente : le fait que six des neuf étapes ne soient pas diffusées intégralement, contrairement à ce qui est le cas sur le Tour de France masculin depuis 2017. « On diffuse déjà 2h30 par jour, et on a trois étapes intégrales. On y va là aussi pas à pas. Le Tour masculin a longtemps été retransmis ainsi, mais nos étapes
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