Catherine Meurisse explore sa reconstruction à travers les arts dans Le clan de Walden. El






Catherine Meurisse et son oeuvre

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Lundi 28 septembre 2026, la dessinatrice de presse et auteure de bande dessinée Catherine Meurisse. Elle publie Le clan de Walden, aux éditions Dargaud et Catherine Meurisse, le pont des Arts, aux éditions Glénat.

Il y a, chez Catherine Meurisse, des arbres, des livres, des tableaux, des écrivains morts depuis longtemps, avec lesquels elle continue pourtant de converser. Il y a le rire aussi, la beauté, et, depuis l’enfance, il y a le dessin. Une passion qui lui permet de raconter des histoires, de regarder le monde en face et qui, un jour, a aussi failli lui coûter la vie. Elle a effectivement été dessinatrice de presse à Charlie Hebdo pendant 12 ans. Le 7 janvier 2015, elle échappe de peu à l’attentat qui décime une partie de la rédaction, et il faudra alors continuer à dessiner.

Le 18 septembre 2026, elle revient avec Le clan de Walden chez Dargaud. Nous sommes en 1845, Henry David Thoreau, jeune Américain idéaliste, construit sa cabane au bord d’un étang pour vivre au milieu des bois, dans la simplicité, au plus près de la nature. Presque simultanément, paraît Catherine Meurisse, sur le pont des Arts, chez Glénat, un long entretien avec Thierry Groensteen. Pendant trois jours, chez elle et dans son atelier, il lui a fait revisiter sa vie.

franceinfo : Qu’est-ce que ça fait de devenir, à son tour, celle qu’on regarde, qu’on interroge et qu’on raconte ?

Catherine Meurisse : Je ne sais pas si mes anecdotes sont aussi fameuses que celles de Cavanna et de Cabu à l’époque. Je me souviens que Cabu m’avait parlé de sa collaboration avec Jacques Tati. Eh bien, moi, ce que j’ai raconté, c’est que j’ai connu justement ces gars-là, et puis beaucoup de femmes inspirantes aussi, comme Claire Bretécher. Je parle à la fois de mes mentors, les illustrateurs, les illustratrices, Quentin Blake, et puis même des copains, comme Luz. Je parle aussi du travail et ce qui est bien, je crois, dans ce livre, c’est qu’on montre les coulisses de ce métier. Dessinatrice de bande dessinée, c’est vraiment un gros boulot, donc c’est tout ça qui est raconté, avec moult images et croquis. Ce sont vraiment les coulisses de ce métier.

La liberté après l’attentat

La liberté est une notion qui a évidemment changé après le 7 janvier 2015. Vous êtes-vous demandé si elle existait vraiment, cette liberté ?

« Quand l’attentat a eu lieu, le mot liberté, que je confonds parfois avec légèreté, ce terme a été complètement anéanti. »

Catherine Meurisse

à franceinfo

Le terme a disparu, mêlé avec insouciance, indépendance d’esprit, esprit critique. Il a volé en éclats, mais justement, il restait des éclats et je suis partie à la recherche de ces petits morceaux éparpillés. Ça reprend forme, mais il faut du temps, il faut être bien entouré et je l’ai été.

Un changement de rythme

Vous avez fini par quitter progressivement l’urgence du dessin de presse pour le temps long des livres. On découvre les paysages, les arbres, la peinture, et ça prend davantage de place. Après avoir passé des années à regarder le monde arriver très vite, avez-vous eu besoin d’apprendre à le regarder lentement ?

Oui, c’est vrai que le monde qui allait très vite, c’était et c’est toujours l’actualité. J’ai pris énormément de plaisir à travailler à Charlie, presque une douzaine d’années, mais après l’attentat, ce n’était plus possible, en tout cas, pour moi, même si j’ai participé au numéro d’après. Il a fallu se poser, ralentir pour essayer de comprendre, même si je crois que je n’ai jamais compris ce qui s’est passé. Mais en tout cas, ralentir pour essayer de retrouver la capacité à penser. Penser à tout le monde, en fait, disparu ou vivant. Il y avait un besoin vraiment de lenteur et je crois qu’en refermant la parenthèse du dessin de presse, qui était une longue parenthèse que j’ai adorée, j’ai retrouvé mon goût pour la peinture et l’illustration que je pratiquais un petit peu avant d’entrer à Charlie. Au début, je craignais de ne pas pouvoir faire passer les mêmes idées et ce n’est pas vrai. On peut tout à fait être en colère comme à Charlie, mais là, ça va se déployer, ça va se raconter autrement dans une bande dessinée. Maintenant, c’est vraiment le rythme qui me convient parce que je peux aussi être plus attentif au dessin, à ce que je pense, à ce que je dessine, à ce que je raconte, à la matière que j’emploie, aux outils. Ça compose un livre, en fait.

Un retour à la fiction pure

Cette fois, vous ne choisissez pas l’autobiographie. Vous dites avoir voulu revenir à la fiction pure et à la comédie, pour être moins dans la contemplation que dans l’action. Le clan de Walden marque un déplacement chez vous : après avoir dessiné la nature pour la retrouver, vous la dessinez désormais pour la défendre.

Oui, j’ai l’impression que Le clan de Walden, qui parle du vivant, a pour origine, d’abord la légèreté qui raconte ma reconstruction à travers les arts après l’attentat et qui passe par Rome.

« Je voulais aller à Rome, je voulais aller voir les vestiges du forum, voir des ruines parce que j’étais moi-même en ruines intérieurement. »

Catherine Meurisse

à franceinfo

Ensuite, j’ai parlé de mon enfance, dans les grands espaces, dans une maison, une ferme qui était retapée par mes parents, donc une sorte de chantier, où voilà où je pouvais voir la création moi-même. J’étais en chantier, il fallait que je me retape. La jeune femme et la mère, c’est l’album qui a suivi, ça se passe au Japon. J’avais besoin de renouveler ma banque d’images mentales, donc je suis allée très loin de la France pour essayer de retrouver d’autres paysages. Je parlais déjà de la nature et je crois que là, ça y est, j’étais prête à vraiment parler du vivant, de tout ce qu’il y a autour de nous et d’en parler de manière drôle.

Construire votre propre Walden

S’il fallait, demain, construire votre propre Walden, qu’emporteriez-vous dans la cabane ?

Un crayon, un carnet de croquis, un livre et une tablette de chocolat noir 75 %. Enfin une… Plutôt plusieurs !



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