Neuf œuvres sont réparties principalement dans les 15e et 16e arrondissements, dans le cadre du programme public de la célèbre foire.
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Sur le parvis du Grand Palais, les couleurs d’un totem recouvert de mosaïque, signé Niki de Saint Phalle, tranchent avec la grisaille parisienne. Galeristes, collectionneurs et curieux fourmillent entre les œuvres exposées dans le cadre du programme public d’Art Basel Paris. La grand-messe de l’art contemporain investit Paris du vendredi 23 au dimanche 25 octobre. Si la verrière accueille les professionnels, le programme public d’Art Basel parsème les œuvres en dehors du Grand Palais. Disséminées dans neuf lieux de la capitale, elles sont accessibles gratuitement à tous. Retrouvez notre sélection de trois installations, dont le coup d’œil – et le message – valent le détour.
I Lay Here for You (2018), I Followed You to the End (2024) et I Will Not Be Alone (2025) de Tracey Emin, au parvis des droits de l’Homme
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« Oh mon Dieu, c’est dégoûtant ! » s’exclame Nelly, touriste américaine venue admirer la tour Eiffel. « Moi, je trouve ça plutôt intriguant ! » affirme Marie, étudiante en histoire. L’objet du débat ? Trois sculptures monumentales en bronze, représentant trois corps féminins qui se contorsionnent. L’installation est signée Tracey Emin, enfant terrible des Young British Artists, devenue figure majeure de la scène britannique. Sur l’esplanade du Trocadéro, ces corps géants sont impossibles à louper. Presque vivants, l’un dans une position de combat, l’autre allongé, et un dernier assis. Le bronze n’est pas parfaitement poli, il présente des irrégularités. Dans l’un des endroits les plus visités au monde, on se sent presque seuls avec Tracey Emin devant ces œuvres.
L’intime fait éminemment partie de l’œuvre d’Emin. Elle a défrayé la chronique dans les années 1990, avec My Bed, une installation brute inspirée de son lit, illustrant une rupture amoureuse difficile. Ou encore avec Everyone I Have Ever Slept With, une tente où l’artiste a inscrit 102 noms de personnes avec qui elle a partagé un lit. Elle prend la parole, notamment via son œuvre, sur les violences sexuelles dont elle a été victime. Sans la résumer à cela, on perçoit un rapport au corps ébranlé. Ces trois corps de bronze paraissent aussi puissants que vulnérables, aussi exposés qu’inébranlables. À voir jusqu’au 1er novembre.
Geste de Consolation par Alice Diop, au Palais d’Iéna
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La cinéaste Alice Diop présente Geste de Consolation, au Palais d’Iéna. Conçue avec Miu Miu, l’exposition interroge le fameux gaze – le regard – porté sur les femmes noires. Abondante, l’installation multiplie les supports, de la photo à la vidéo, en passant par la danse et la sculpture.
Elle s’ouvre sur un autoportrait de l’artiste sud-africaine Zanele Muholi : allongée, on capte son regard via un miroir. Elle ne nous regarde pas, mais se regarde, elle, comme une consigne pour mieux appréhender la suite de l’exposition.
S’ensuit une installation vidéo composée d’images d’archives tirées d’expéditions « scientifiques » coloniales, racistes et essentialistes. Mais aussi des captations de chants, des portraits de femmes à fière allure, à tout âge. « Une archéologie visuelle subjective, face à laquelle je souhaite provoquer chez le spectateur une sorte de trouble émotionnel », raconte Diop.
« Une archéologie visuelle subjective, face à laquelle je souhaite provoquer chez le spectateur une sorte de trouble émotionnel. »
Alice Diop
L’invitation est réelle, il est possible de s’asseoir, de feuilleter une sélection de livres importants dans la vie intellectuelle de la cinéaste. Juste à côté se tient une sorte d’estrade, où se jouent des performances entre danse et théâtre, de Nadia Beugré (Prophétique), musicales, avec le groupe Sistazz of the Nitty Gritty, ou encore des lectures issues des livres de la bibliothèque.
Enfin, Geste de consolation se termine par une œuvre de cinq mètres de haut, Sentinel (Mami Wata) (2020) de Simone Leigh, artiste américaine exposée pour la première fois en France. Ce bronze noir monumental, inspiré de la figure divine Mami Wata, représente un corps féminin, enroulé d’un serpent. Il manque une tête, remplacée par une sorte de récipient.
Tout le long de l’exposition, Alice Diop expose un regard colonial glaçant posé sur les femmes noires, et y appose directement le soin, le « geste de consolation » : le regard sur elles-mêmes de toutes ces femmes artistes qu’elle invite. À voir jusqu’au 25 octobre.