Enhanced Games : entre ambition de transparence et protocoles secrets, qui surveille vraiment les






Enhanced Games : le nouveau défi sportif et médical

Deux commissions indépendantes, médicale et scientifique, composées d’une dizaine de médecins et professeurs chacune, ont été créées afin d’encadrer le protocole médical chez les athlètes des Enhanced Games. Ces Jeux améliorés, qui débutent dimanche 24 mai à Las Vegas (Nevada), se distinguent par une approche unique où le dopage est autorisé, offrant ainsi à 42 athlètes l’occasion de rivaliser pour un prize money de 21 millions d’euros et potentiellement battre des records du monde.

“Ces Jeux améliorés marquent un tournant pour passer de la sanction à la protection, du secret à la transparence, et de la peur imposée à la liberté d’information”. C’est sous cette forme que les Enhanced Games se présentent dans une vidéo pédagogique publiée sur leur chaîne Youtube. Entre janvier et mai, la plupart des participants, âgés de 25 à 41 ans, ont accepté de suivre un protocole médical d’amélioration de la performance aux Émirats arabes unis, dont le sprinteur français Mouhamadou Fall. Toutefois, peu d’informations précises concernant le protocole médical et l’encadrement des participants ont été dévoilées au grand public, malgré la promesse de transparence des organisateurs.

Sur le site officiel des Enhanced Games figure néanmoins une page intitulée “science” qui détaille la composition des deux commissions “indépendantes”, l’une médicale, l’autre scientifique, censées garantir “une utilisation sûre, responsable et sous surveillance clinique des moyens d’amélioration des performances”. Le premier visage de chacune de ces deux commissions est le professeur Guido Pieles, un cardiologue ayant travaillé comme consultant auprès de la FIFA et du club de Manchester United.

“C’est un clinicien-chercheur spécialisé. Son profil est sérieux”, observe un scientifique aguerri engagé dans la lutte antidopage. Il y a quelques semaines, Guido Pieles n’affichait pas publiquement ses liens avec les Enhanced Games sur son compte LinkedIn, pourtant très actif. Il y relayait ses activités avec la clinique réputée d’Aspetar au Qatar, qui aide de nombreux sportifs dans leur rééducation. Son profil sur le site d’Aspetar a d’ailleurs disparu en début d’année, après qu’il ait quitté ses fonctions, le management n’ayant pas vu d’un bon œil son engagement avec les Enhanced Games.

Pieles est l’une des deux têtes pensantes du fameux protocole médical, aux côtés du Britannique Dan Turner. Ce dernier, qui n’hésite pas à mettre en avant ses accomplissements sur les réseaux sociaux, se présente comme un “spécialiste de la performance”, ayant collaboré avec l’équipe olympique de Grande-Bretagne et Red Bull. Il se vante d’avoir épaulé “310 athlètes et olympiens”, ainsi que des “acteurs hollywoodiens”. Il figure sur son site internet aux côtés de la championne du monde de VTT marathon, Kate Courtney.

Contrôles et surveillances médicales

« La valeur première c’est la sécurité avant la performance,” assure Turner dans une vidéo aux côtés du nageur Marius Kusch. “On a un grand nombre de médecins, des scientifiques de renommée mondiale qui regardent son sang, son cerveau, son cœur, ses os, jusqu’au niveau cellulaire. L’athlète a le dernier mot. Je n’aurais jamais signé pour une expérience en mode Wild West avec aucune règle ou limite”. Tous les participants sont suivis par le Sheik Shakmout Medical Center (SSMC) d’Abu Dhabi, “un des premiers centres de médecine de longévité au monde”, dans le cadre d’une étude clinique validée par le comité d’éthique de la recherche et des technologies de la même ville.

En choisissant les Émirats arabes unis, les Enhanced Games ont déterminé un cadre juridique particulier, n’étant pas signataires des standards ICMJE (comité international des éditeurs de revues médicales). L’organisation n’est donc pas tenue de rendre public l’enregistrement de l’étude avant le début de son protocole. Comme aucun des athlètes recrutés n’est suivi en dehors du pays, aucune autorité occidentale n’a de prise juridique sur le protocole. L’agence européenne du médicament a confirmé qu’elle n’avait “aucun rôle” vis-à-vis de cette étude et “aucune information au-delà de ce qui est publiquement disponible”.

Une sécurité mise en question

Les Enhanced Games assurent que chaque sportif est soumis à une batterie de tests comprenant une “évaluation cardiologique, des tests respiratoires, une imagerie de la santé des organes, une analyse de la composition corporelle, une évaluation musculo-squelettique, un dépistage neurocognitif et une analyse des biomarqueurs”, avant d’être autorisés à concourir. Cependant, les informations concernant les substances sont restées bien gardées jusqu’au début de mai, la publication sur le site ClinicalTrials.org de la fiche concernant l’essai clinique encadrant les Enhanced Games; leur dosage, est resté confidentiel.

On y retrouve des stéroïdes anabolisants, des hormones de croissance, de l’EPO, des stimulants, des modulateurs hormonaux ou des médicaments visant à contrebalancer les effets indésirables des stéroïdes. Plus d’une dizaine de ces substances sont interdites par l’Agence mondiale antidopage. “Ces médicaments sont parfois prescrits parce qu’il y a une indication médicale, curative ou préventive, » assure Hervé Martini, médecin du sport et spécialiste dans la prévention du dopage.

“Nous ne sommes pas du tout dans ce registre-là. On est dans l’augmentation de performance, chez des sujets sains.”

Hervé Martini, médecin du sport, spécialiste dans la prévention du dopage

Dans un communiqué de presse transmis par Enhanced, il est indiqué que l’objectif principal de l’étude est “d’évaluer la sécurité et la tolérance de certains composés médicaux approuvés lorsqu’ils sont administrés à des athlètes adultes à la retraite”, sous surveillance médicale individualisée, pendant une période de traitement pouvant aller jusqu’à 25 semaines. Les objectifs secondaires consistent à évaluer les changements des paramètres physiologiques et liés à la performance à travers des évaluations structurées de référence et de suivi.

Le rôle de l’Agence mondiale antidopage

Si le statut d’athlète à la retraite est une condition pour participer, tous les athlètes enrôlés n’ont pas officiellement mis fin à leur carrière sportive, et il n’est pas rare que certains décident de poursuivre. « C’est pour minimiser un peu la situation, en les présentant comme des personnes qui ont fini leur carrière, qui ne vont pas aller chercher des médailles. C’est un argument pour dire qu’ils ne reviendront pas dans le système”, estime Hervé Martini. L’Agence mondiale antidopage (AMA) souligne que “la plupart des athlètes participant aux Enhanced Games se sont retirés des fédérations internationales signataires de l’AMA et ne seraient donc plus soumis aux contrôles antidopage prévus par le Code mondial antidopage.”

« On parle d’essai clinique, je suis très interpellé, » pointe Hervé Martini. “Je ne veux pas qu’il y ait une confusion avec les essais cliniques qui sont menés pour l’élaboration d’un médicament dans le cadre de pathologie, où nous avons des protocoles très clairs. Ici, on est sur un objectif assez flou, » soulève le médecin, dénonçant un « protocole peu éthique,” sans « vrai sens derrière.”

“Ils mettent le terme ‘essai clinique’ pour dire que c’est médical et que ça va améliorer les choses.”

Hervé Martini, médecin du sport

Normalement, toute étude clinique sérieuse est censée reposer sur une hypothèse de recherche précise, un
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