De la fabrique d’articles pour fumeurs fondée par Angèle Lancel aux sacs transmis de mère en fille, la maison parisienne célèbre 150 ans d’histoire et revendique plus que jamais un luxe du quotidien.
À la recherche du sac parfait
Pour l’anniversaire de sa femme qui fête ses 35 ans, Antoine s’est vu récemment confier une mission : « Elle m’a demandé un nouveau sac à main, raconte ce cadre supérieur dans la banque. Mais elle en a déjà bien une dizaine et a juste précisé “un sac pour tous les jours mais qui change un peu”. Ça reste très vague comme information, mais je n’ai pas voulu en savoir plus pour lui garder la surprise. »
Démoralisé, le trentenaire s’est rendu dans un grand magasin parisien. D’un côté, les griffes de luxe, hors budget. De l’autre, une multitude de nouvelles marques dont il ne connaît ni l’histoire ni la qualité. Il est donc reparti bredouille.
Un matin, en sortant du métro Opéra pour aller travailler, toujours avec cette quête du sac parfait en tête, il lève le nez devant l’immense boutique Lancel, au coin du boulevard des Italiens : « Je n’y connais pas grand-chose en mode, mais ce nom illustre, très français, m’a rassuré. »
Une rencontre qui change tout
Conseillé par une vendeuse, il repart avec un Ninon, un modèle à rabat structuré, lancé en 2018, devenu depuis l’un des best-sellers de la maison. Finalement, si la couleur kaki choisie n’a pas totalement convaincu son épouse, la marque, elle, a fait mouche.
« Sûrement parce qu’elle a été influencée par sa mère qui a toujours trouvé Lancel très chic (rires) ! Nous sommes retournés en magasin ensemble pour l’échanger. » Contre un Premier Flirt noir, un sac seau souple, reconnaissable à son cordon coulissant, sa poche latérale, son charm en forme de L et ses pompons de cuir, qui fête ses 20 ans. Mais cet anniversaire est loin d’être le seul pour Lancel cette année.
« Beaucoup connaissent notre maison sans forcément savoir qu’elle célèbre ses 150 ans », rappelle fièrement Marine Olivier, directrice marketing et communication. Jusqu’à la fin de l’année, Lancel consacre d’ailleurs l’étage supérieur de sa boutique historique du quartier de l’Opéra à une exposition, « Lancel, toujours », retraçant un siècle et demi d’une success-story à la française.
Une histoire ancrée dans le temps
Tout commence en 1876 avec Angèle et Alphonse Lancel. L’entreprise ne naît pas autour du sac à main mais d’une fabrique d’articles pour fumeurs. Angèle, dont les parents travaillent déjà dans le domaine du cigare, tient la boutique tandis qu’Alphonse développe le réseau commercial.
Dans le Paris de la Belle Époque, l’adresse devient vite une destination cadeaux où l’on trouve aussi bien des parapluies que des bijoux, des jeux de société, des objets de voyage élégants ou encore des souvenirs. En moins de sept ans, elle possède déjà plusieurs adresses dans la capitale et cinq succursales en région. Pionnière du commerce moderne, Angèle, selon ses mots, a à cœur « d’amener Paris en France ».
« À l’heure où de nombreuses clientes se détournent du luxe démonstratif, Lancel revendique une élégance plus discrète »
Marine Olivier, directrice marketing et communication
La maroquinerie ne devient centrale qu’au début du XXe siècle, lorsque l’Orient-Express transforme les habitudes de voyage. Lancel accompagne ce mouvement. Albert, le fils des fondateurs, qui a repris l’entreprise en 1898, lance un premier sac à main en cuir en 1901.
L’ouverture d’une boutique rue de la Paix, alors épicentre mondial de la haute couture, contribue à installer la maison dans un univers plus féminin. Joséphine Baker compte parmi ses fidèles clientes.
« Lancel s’est toujours adaptée aux usages de son époque. C’est probablement ce qui explique sa longévité », analyse Marta Franceschini, curatrice au Victoria & Albert Museum de Londres, qui a participé aux recherches pour la rétrospective dans la boutique parisienne.
Innovation et adaptation
Le lancement du modèle Premier Flirt en 2006 a été une étape décisive dans l’histoire de l’entreprise. À une époque dominée par les logos et les it-bags des grands noms du luxe, la marque française propose autre chose : une silhouette arrondie inspirée des courbes du corps féminin, des détails reconnaissables mais jamais ostentatoires, un prix plus accessible.
« Il se reconnaît sans avoir besoin de hurler ! Ce sac, c’est la force tranquille, le juste équilibre entre désir, usage et personnalité », résume Marine Olivier. Vingt ans après son lancement, il figure toujours dans le trio de tête des ventes. Mille cinq cent quinze déclinaisons depuis sa création, en plus de 30 matières et 311 couleurs. Si l’on empilait tous les Premier Flirt vendus depuis vingt ans, la pile dépasserait de plus de 380 fois la hauteur de la tour Eiffel.
Autre fait d’armes de Lancel, sa première ambassadrice : Isabelle Adjani. En 2008, l’actrice dessine un sac à son nom et rencontre un succès considérable. Deux ans plus tard, Brigitte Bardot réitère avec le BB et provoque un véritable raz-de-marée en boutique.
Au tournant du millénaire, sous l’ère Richemont marquée par des ambitions trop haut de gamme éloignées de son ADN historique, la maison perd de l’élan face à ses concurrents. Adossée au groupe italien Piquadro en 2018, Lancel retrouve un positionnement plus fidèle à son histoire.
Des créations modernes, résolument élégantes
« La renaissance de Lancel passe également par la création », explique Marine Olivier. Sous l’impulsion de Valeria Vigorelli, directrice du studio depuis 2024, les collections sont rajeunies sans renier leur héritage. Un important travail est mené sur la qualité. Les prototypes sont toujours réalisés à Paris tandis que la production est assurée à Scandicci, en Toscane, l’un des berceaux historiques du cuir italien.
Les archives restent un point de départ, à l’image des récents sacs seau Elles, descendants du best-seller Elsa, ou du bowling BCBG, inspirés des malles historiques de la maison. Des créations plus épurées, plus décontractées aussi, mais toujours élégantes pour séduire une nouvelle génération de clientes. Et ça marche. La maison de maroquinerie renoue avec le succès et un chiffre d’affaires en hausse (68,8 millions d’euros en 2025).
« À l’heure où de nombreuses clientes se détournent du luxe démonstratif, Lancel revendique une élégance plus discrète, s’enorgueillit la directrice marketing. Nous sommes une marque de luxe du quotidien, avec un panier moyen de 650 euros. Nos clientes cherchent des produits authentiques, qui rassurent, qui durent, et leur donnent confiance. »
Un lien fort avec les clientes
Justement ce qui frappe ici, c’est le lien avec les clientes. Tel cette Française qui a transmis son Premier Flirt à sa fille. Ou encore cette autre qui a utilisé le grand fourre-tout de sa grand-mère comme sac de maternité pour son premier enfant. Autant de témoignages à retrouver dans le catalogue de l’exposition. Marine nous confie d’ailleurs, émue, que le jour de son arrivée chez Lancel, sa mère lui a envoyé une photographie de ses grands-parents sortant d’une boutique dans les années 1960. « On
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