Ce thriller troublant, qui mélange sexe, drogues et meurtres sadiques, nous immerge dans la vie d’un groupe d’adolescents richissimes du Los Angeles de 1981 sur fond d’une fabuleuse bande-son. « The Shards » (en français « Les Éclats »), adaptée du roman éponyme de Bret Easton Ellis, raconte en neuf épisodes la dernière année de lycée de l’écrivain et son quotidien dans un établissement huppé de Los Angeles avec sa bande de copains des beaux quartiers. Issu de la société californienne dorée, Bret, 17 ans, voit son quotidien bouleversé par une série de crimes qui se rapprochent progressivement de son petit groupe, alors qu’un nouvel élève au passé obscur a fait son apparition. Mais la série, diffusée sur Disney+ à partir du 6 août 2026, n’est pas seulement une autobiographie : elle apparaît plutôt comme une mise en abîme fictionnelle du romancier, doublée d’un formidable thriller.
1. « The Shards » est issue de la collaboration de deux enfants terribles de la culture américaine
L’écrivain Bret Easton Ellis a publié son premier roman en 1985, et c’est justement cette période de gestation que raconte la série « The Shards ». Paru alors que son auteur n’avait que 21 ans, « Less Than Zero » fut un succès immédiat, presque générationnel. Sa marotte : le récit du quotidien de la jeunesse fortunée de Los Angeles, qui se déroule entre violence et excès, avec un détachement émotionnel qui fait sa marque de fabrique. En 1991, son roman « American Psycho » provoque le scandale avant même sa parution, à tel point que sa publication est compromise et qu’il doit changer d’éditeur. Ellis devient aussi controversé que ses livres. Cependant, ses œuvres nourrissent une partie de la culture populaire américaine des années 1990 et 2000 : « Less Than Zero » fut d’ailleurs adapté au cinéma. « The Shards », long roman de 900 pages qu’il a mis treize ans à écrire, revient sur ses années d’adolescence, et a été d’abord un feuilleton audio sur son propre podcast en 2020 et 2021 avant d’être imprimé en 2023.
Quant à Ryan Murphy, prolifique réalisateur de séries et films à succès depuis quarante ans (« American Horror Story », « The Assassination of Gianni Versace »), il est qualifié par la presse britannique de « roi hollywoodien de l’horreur, du kitsch et du crime ». On se demande comment ces deux-là n’ont pas collaboré plus tôt. D’ailleurs, Ryan Murphy dit lui-même dans une interview à « Vogue » qu’il admirait Bret Easton Ellis depuis longtemps : « J’ai toujours adoré, voire vénéré, le travail de Bret, » raconte-t-il. « Nous avons à peu près le même âge et j’ai grandi avec ses livres. Il s’intéresse aux mêmes choses que moi. » On retrouve dans « The Shards » les thématiques qui obsèdent les deux co-créateurs de la série : le culte des apparences, la violence derrière le luxe, la sexualité cachée, et une jeunesse privilégiée, mais livrée à elle-même dans ces communautés fermées cultivant l’entre-soi.
2. C’est une fidèle reconstitution du Los Angeles de 1981
Alors qu’un tueur en série surnommé « le Chalutier » terrorise les beaux quartiers de Los Angeles, Bret voit arriver dans son lycée un nouvel élève au passé trouble dont il est persuadé qu’il cache quelque chose. C’est dans ce climat de paranoïa que Ryan Murphy reconstitue un Los Angeles de 1981 d’une remarquable précision. Cette plongée dans la Californie du début des années 1980 est une vraie réussite sur le plan esthétique, et ce n’est pas le moindre mérite de la série, tournée entièrement dans la ville d’aujourd’hui avec des décors reconstitués. La caméra suit un groupe d’adolescents chics qui se déplacent en Porsche ou en BMW décapotable entre leur lycée, un prestigieux établissement privé, et leurs propriétés dont les parents sont souvent absents, ou qui sont tellement grandes qu’ils ne les croisent pas. Propriétés bien évidemment toutes dotées de piscines gigantesques et de jacuzzis. Ce cercle social, où l’argent coule à flots, doit accueillir en son sein Robert Mallory, un adolescent nouvellement arrivé, sombre, mystérieux et totalement magnétique. Bret devient paranoïaque et obsessionnel par rapport à Robert, dont il veut absolument prouver la culpabilité, tant il est certain d’avoir affaire au meurtrier.
On se souvient que ces années ont été marquées en Californie par les assassinats terrifiants de la secte de Charles Manson. Douze ans après ces crimes, leur ombre continue de planer sur Los Angeles, et la série s’inscrit dans l’atmosphère étouffante de cette période, rendant parfaitement bien la schizophrénie entre horreur et insouciance, voire déni de ces adolescents hors sol. Même si le récit de Bret Easton Ellis est fictionnel, il retranscrit avec justesse cette ambiance aussi fascinante que dérangeante, et la série de Ryan Murphy, grâce à une photographie très léchée, mélange également parfaitement le glamour et l’angoisse.
3. Le casting est lui-même une mise en abîme de cette jeunesse dorée
Ils ne s’étaient jamais croisés avant le projet de série, et pourtant, leurs parents ont formé l’un des couples les plus célèbres de Hollywood au début des années 1990. Parmi les acteurs principaux, on retrouve Kaia Gerber, la fille de Cindy Crawford (qui joue Susan), et Homer Gere, le fils de Richard Gere (qui joue l’inquiétant Robert). Homer Gere raconte dans la presse américaine que leur première rencontre était « drôle », parce que « l’éléphant dans la pièce » était évidemment l’histoire de leurs parents. Kaia Gerber explique qu’ils sont ensuite très vite devenus amis et qu’Homer était « le meilleur partenaire de jeu » qu’elle pouvait espérer.
L’équipe a auditionné pendant six mois des comédiens plutôt inconnus, car elle cherchait de nouveaux visages plutôt que des jeunes stars déjà identifiées comme telles. Ryan Murphy a fait le pari de faire jouer la jeunesse dorée de Hollywood par les enfants de cette même aristocratie hollywoodienne et il faut bien l’avouer : ce casting est une réussite. On y retrouve également Hayes Warner qui joue la blonde peroxydée Debbie. Cette jeune femme, une artiste pop qui a été désignée par le magazine « People » comme « artiste montante », a aussi composé quelques titres inédits de la bande-son et a déjà plusieurs millions d’écoutes à son actif sur les plateformes. Enfin, celui qui joue Bret est un jeune acteur, Igby Rigney, qui parvient totalement à instiller au personnage principal un attelage de charme, d’assurance et de fragilité qui n’est pas pour rien dans la crédibilité de la série. La dimension troublante des personnages fonctionne donc très bien : le doute et le malaise alternent en permanence dans l’esprit du spectateur.
4. La bande-son de la série est une réussite de bout en bout
La partition accompagne chaque bascule émotionnelle avec une précision d’orfèvre, changeant de seconde en seconde au gré des humeurs des personnages, et parvient à transmettre précisément leurs états d’âme. Un tour de force réalisé entre autres par Troye Sivan et son complice Leland, qui n’ont pas du tout cherché à imiter la musique des années 1980, mais au contraire ont apporté une touche électro totalement contemporaine, faisant ainsi vaciller continuellement la série entre fantasme adolescent et cauchemar. La bande-son ne sert pas seulement à recréer les années 1980, mais rappelle en permanence que derrière les chemises Ralph Lauren et les Ray-Ban Wayfarer se cache parfois l’horreur. Car « The Shards » n’est pas seulement un exercice nostalgique : c’est surtout le récit contemporain d’un narrateur qui revisite son adolescence, il y a quarante ans, et la musique suit précisément cette trame.
Les années 1980 sont bien évidemment représentées, avec des chansons comme « Moving in Stereo » de The Cars, sorti en 1978, ou encore « Vienna » d’Ultravox, sorti le 1er janvier 1981
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