Des récits choquants et des plaignantes intimidées : Lessentiel à savoir avant le procès pour






Tariq Ramadan jugé pour viols dans le cadre du mouvement #MeToo

C’est une des affaires emblématiques du mouvement #MeToo dans l’Hexagone. Pour la première fois, Tariq Ramadan va être jugé en France, devant la cour criminelle de Paris, pour des viols sur trois femmes qu’il est accusé d’avoir commis entre 2009 et 2016. L’islamologue suisse de 63 ans doit comparaître du 2 au 27 mars, après une procédure de huit ans, dans un dossier tentaculaire, jalonné d’offensives procédurales de la défense.

Demande de huis clos

Christelle*, l’une des victimes, a d’ores et déjà annoncé qu’elle allait solliciter un huis clos « afin de protéger son identité et ne pas aggraver l’acharnement et les menaces qu’elle subit depuis l’ouverture de l’information judiciaire », explique l’une de ses deux avocates, Laura Ben Kemoun, à franceinfo. Dans un dossier de viol, le code pénal prévoit que ce huis clos est « de droit » si une partie civile le demande.

Condamnation en Suisse

Tariq Ramadan a déjà été condamné en Suisse en appel en septembre 2024 à trois ans de prison, dont un an ferme, pour le viol d’une femme : il a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et a déposé une demande de révision du procès, en cours de traitement par la justice genevoise. En France, le théologien encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Accusations initiales

La première accusation de viol formulée publiquement à l’encontre de l’intellectuel controversé remonte à octobre 2017 : l’affaire Weinstein vient alors d’être révélée par The New Yorker et The New York Times, provoquant une onde de choc mondiale et une libération de la parole sans précédent sur les réseaux sociaux via #MeToo et #BalanceTonPorc.

C’est ce hashtag que reprend Henda Ayari le 20 octobre sur les réseaux sociaux lorsqu’elle annonce avoir déposé plainte pour viol contre Tariq Ramadan. « Je vais vraiment avoir besoin de soutiens, mes ami(e)s, car en balançant le nom de mon agresseur, qui n’est autre que Tariq Ramadan, je sais les risques que j’encours », écrit alors l’ancienne salafiste, devenue militante féministe et laïque, sur Facebook.

Profil de Tariq Ramadan

L’islamologue, petit-fils d’Hassan El-Banna, fondateur des Frères musulmans, jouit à l’époque d’une grande notoriété. Professeur universitaire, auteur d’une trentaine d’ouvrages, conférencier prolifique, il sillonne « depuis vingt-cinq ans la France, la Belgique, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, drainant à sa suite des disciples qu’il impressionne tel un gourou », rappelait Le Monde au moment de la publication de ce premier témoignage.

Déclarations des victimes

Avant les faits dénoncés, Christelle comptait parmi les admiratrices du prédicateur et l’avait contacté à l’approche d’une conférence qu’il devait donner à Paris au printemps 2012. Selon son récit, Tariq Ramadan lui donne rendez-vous à son hôtel puis l’invite à monter dans sa chambre. « Il s’est jeté sur moi d’une façon très violente et ça a été très traumatisant. Je me suis sentie en danger de mort », relate-t-elle à l’époque sur franceinfo, affirmant qu’il l’a giflée, lui a crachée dessus et l’a étranglée, se disant « persuadée qu’il [la] tuerait ce soir-là ». Tariq Ramadan nie alors catégoriquement les faits et dénonce une « campagne de calomnie ».

Christelle situait d’abord ces faits en mars 2012, à l’Holiday Inn de la gare de l’Est. Elle a par la suite fait évoluer sa version, parlant d’un viol en mai 2012, à l’hôtel Crowne Plaza, place de la République à Paris. « On change d’hôtel, on change de date, bientôt, on changera aussi d’auteur des faits », ironisait alors Emmanuel Marsigny, l’avocat de Tariq Ramadan à cette époque.

Quelques jours après ce premier témoignage, une autre femme dépose plainte le 26 octobre 2017. Christelle, Française convertie à l’islam, dénonce des faits remontant au 9 octobre 2009. La plaignante, d’une quarantaine d’années, qui souffre d’un handicap aux jambes, entretient alors une correspondance teintée de messages sexuels avec le théologien, avant de le rencontrer pour la première fois à Lyon. Lors de son audition, elle affirme que l’intellectuel l’invite à le rejoindre dans sa chambre d’hôtel, en plein après-midi, juste avant une conférence qu’il doit donner le soir-même.

Christelle livre aux enquêteurs un récit d’une violence inouïe, affirmant que Tariq Ramadan lui a d’abord asséné un coup de pied, fauchant sa béquille, et la faisant chuter au sol. Il l’aurait ensuite attrapée par les cheveux en lui lançant : « Toi tu m’as fait attendre, tu vas prendre cher », avant de la forcer à une fellation et une sodomie. Il lui aurait asséné de nombreuses gifles et des coups, et l’aurait ensuite violée une nouvelle fois à l’aide d’un objet, avant de lui uriner dessus. La plaignante raconte être restée longuement prostrée et avoir fini par s’enfuir au petit matin, alors que son agresseur présumé était revenu dans la chambre.

Mises en examen et nouvelles plaintes

Placée en garde à vue le 31 janvier 2018, Tariq Ramadan conteste l’intégralité des faits reprochés, jusqu’à l’existence même d’une rencontre privée en chambre d’hôtel avec les deux plaignantes. Mais concernant le récit de Christelle à Lyon, son alibi invoqué dans un premier temps tombe rapidement. Le théologien est mis en examen le 2 février 2018 pour « viol » et « viol sur personne vulnérable » avant d’être incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) pendant neuf mois.

Au printemps 2018, une troisième plainte pour viol le vise : elle émane de Mounia Rabbouj, qui affirme avoir subi des actes sexuels d’une très grande violence, entre février 2013 et juin 2014. Cette femme, alors âgée de 45 ans, l’accuse de l’avoir violée à neuf reprises, en France, à Londres et à Bruxelles. Ancienne escort, elle fait partie des femmes rémunérées pour avoir des relations sexuelles avec Dominique Strauss-Khan dans l’affaire du Carlton de Lille.

Son témoignage s’avère déterminant puisqu’elle livre aux enquêteurs une robe lui appartenant, tachée du sperme de l’islamologue : jusqu’ici, aucune victime n’avait fourni de preuve matérielle. Ces éléments forcent le prédicateur à admettre pour la première fois des relations extra-conjugales.

Mounia Rabbouj décrit aux enquêteurs le même modus operandi que les autres plaignantes : une phase de séduction sur les réseaux sociaux, puis des échanges sexuels très crus et injurieux, pour finir par des rencontres tournant au viol. Comme elles, l’ex-escort affirme avoir été sous l’emprise du prédicateur. En réponse, la défense verse pas moins de 300 vidéos et 1.000 photos pornographiques de la plaignante, ainsi que des échanges Facebook entre eux, pour convaincre les juges qu’il s’agissait d’une relation consentie.

Évolution des témoignages

En octobre 2018, l’ancien universitaire sollicite un nouvel interrogatoire et revient sur l’ensemble de ses dénégations concernant Henda Ayari et Christelle. Tariq Ramadan reconnaît désormais qu’une relation sexuelle a bien eu lieu avec les deux femmes « mais dans une complicité réciproque ». Sur Twitter, il admet « ses erreurs, ses fautes » mais dénonce toujours « des accusations mensongères ».

Au printemps 2019, une quatrième victime, Nina*, mère de famille d’une trentaine d’années, est contactée par les enquêteurs qui ont retrouvé des photographies d’elle sur les supports numériques de Tariq Ramadan. Entendue d’abord comme témoin, elle explique avoir entretenu
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