Mondiaux dathlétisme en salle : Emmanouil Karalis, le perchiste grec prêt à défier Armand






Emmanouil Karalis : Sous l’ombre d’Armand Duplantis

Avec un record désormais perché à 6,17 m, Emmanouil Karalis est le deuxième athlète à avoir sauter le plus haut dans l’histoire, derrière son rival suédois, avant de se retrouver, samedi, aux championnats du monde, en Pologne.

Une Progresion Éclair

Vingt et un jours d’écart sur la carte d’identité et encore 14 centimètres de différence sur le sautoir. En franchissant 6,17 m aux championnats de Grèce en salle le 28 février dernier, soit neuf centimètres de plus que son précédent record, le Grec Emmanouil Karalis a nettement réduit le fossé qui le sépare du meilleur perchiste de la planète et de l’histoire, Armand Duplantis, avec ses 6,31 m. Les deux athlètes se retrouvent une nouvelle fois, samedi 21 mars, aux Mondiaux en salle en Pologne (jusqu’au dimanche 22 mars).

Depuis le 25 août 2024 et son premier saut à 6 mètres, Emmanouil Karalis connaît une progression rapide. En plus de cette première barre atteinte, le vice-champion du monde en titre totalise depuis cet examen 15 concours à 6 mètres ou plus, sur un total de 37, et est aujourd’hui l’un des seuls à pouvoir titiller le Suédois.

La Confrontation à Venir

Emmanouil Karalis peut-il priver Armand Duplantis d’un nouveau sacre dans une salle où le Suédois avait réalisé son premier record du monde en 2020 ? “Je vais devoir être encore plus concentré, plus motivé, et je serai peut-être un peu plus stressé. Je vais devoir être à mon meilleur niveau car il saute à un niveau que personne d’autre n’avait encore atteint, à part moi”, a réagi le double champion olympique auprès de l’AFP. Bien qu’il dispose encore d’une marge d’avance, Mondo Duplantis doit donc minimiser ses erreurs en Pologne.

Issus de la génération dorée de 1999, qui compte cinq perchistes à 6 mètres ou plus, Emmanouil Karalis et Armand Duplantis se côtoient depuis leur enfance. Aux championnats du monde des moins de 18 ans en 2015 à Cali (Colombie), le Suédois prenait l’or, tandis que le Grec s’adjugeait le bronze. Neuf ans plus tard, lors des Jeux olympiques de Paris, leur classement reste identique.

Emmanouil Karalis a d’ailleurs détenu, un temps, la meilleure performance de l’histoire des U18 dans la discipline, avant de se faire devancer par son rival suédois. Toutefois, il a vu son niveau stagner à 5,80 mètres entre 2018 et 2022, progressant de seulement un centimètre sur cette période, contre 16 centimètres pour Armand Duplantis.

Personnalité et Résilience

L’athlète ne fait pas mystère de ces années difficiles. Né d’un père grec ancien décathlonien et d’une mère ougandaise spécialiste de la longueur, Emmanouil Karalis a souffert de racisme de la part d’un ancien coach et également de dépression. “Il s’est un peu cherché. Il a collaboré avec différents entraîneurs. Sa progression s’est réenclenchée depuis fin 2024,” précise Philippe d’Encausse, entraîneur du Français Thibault Collet. “Il a été blessé et a eu des problèmes de santé qui ont affecté sa régularité et ses progrès,” ajoute Marcin Szczepanski, l’actuel entraîneur du Grec.

Un Nouveau Départ

Depuis décembre 2023, Emmanouil Karalis a engagé un jeune entraîneur polonais, qui a auparavant coaché Piotr Lisek, multiple médaillé mondial. Il collabore également avec George Pomaski, entraîneur du sauteur en longueur grec Miltiadis Tentoglou, pour améliorer sa technique de course et son explosivité. Son père, Harris, coordonne l’ensemble du projet sportif et supervise la préparation physique.

Les résultats commencent à payer depuis l’été 2024. À la veille des JO de Paris, il améliore à trois reprises son record avant de décrocher la médaille de bronze. Vingt jours après ses succès olympiques, Emmanouil Karalis devient le 29e homme dans l’histoire à franchir les 6 mètres. “C’est quelque chose dont j’ai toujours rêvé. Je l’ai fait et maintenant je me sens plus confiant que jamais. Je sens que je peux dorer penser à des hauteurs plus importantes,” déclarait le Grec, plaçant cette performance au-dessus de son podium olympique.

Un Futur Prometteur

La médaille et cette barre mythique font office de déclic. Un an plus tard, Emmanouil Karalis franchit 6,08 m. “Tout a changé ou presque après les JO. Au pays, je suis soudainement devenu très connu. Mon parcours a pris de l’ampleur, et j’ai enchaîné rapidement avec de très bons sauts, qui ont continué en 2025,” a-t-il confié. “Le changement a surtout été mental. Gagner une médaille aux JO a été un déclic, je n’ai plus aucune barrière, je ne veux pas me fixer de limites,” a-t-il déclaré à L’Equipe.

Pour son entraîneur, ces progrès s’expliquent par “un travail sur tous les aspects de la performance.” “Il mûrit en tant qu’athlète et gagne en professionnalisme chaque jour. Nous nous sommes principalement concentrés sur les aspects techniques, comme le décollage et l’accélération de la course d’élan. En parallèle, nous avons amélioré ses capacités physiques, qui soutiennent sa technique et lui permettent d’atteindre un niveau de performance supérieur,” détaillent les entraîneurs.

“Il prend des perches plus longues et plus dures, et il a le cran de les utiliser, même si parfois, ce n’est pas l’assurance tous risques.”

Philippe d’Encausse, entraîneur du perchiste français Thibaut Collet

L’entraîneur français n’a pas noté d’évolutions frappantes quant à la technique du Grec. “La différence se fait au niveau physique.” En revanche, il souligne qu’avec une perche longue de 5,25 m et une position des mains tout en haut de l’engin, Emmanouil Karalis utilise un “levier jamais vu dans l’histoire de ce sport” : “Renaud avait un levier de 5,20 m, Bubka de 5,15 m.”

Encore loin d’atteindre les vitesses d’Armand Duplantis lors de la course d’élan, le Grec se distingue par sa puissance (1,86 m, 80 kg). “Il est capable de transmettre toute son énergie à la perche,” explique le technicien, qui voit encore Emmanouil Karalis capable de progresser. Son entraîneur polonais l’imagine capable de franchir “autour de 6,30 m ou plus.”

“Je pense qu’avec le bon état d’esprit, une bonne santé et un développement continu de ses capacités physiques, il n’y a pas vraiment de limites pour lui.” Samedi soir, face au recordman du monde, mais aussi au Norvégien Sondre Guttormsen (record à 6,06 m) ou encore l’Américain Zachery Bradford (6,01 m), il sera dans des conditions propices pour faire grimper une nouvelle fois la barre.



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